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Un hôtel de police en 2010, 'ou comment gérer l'impossible'

© Cyberarchi 2021

Au 22 avenue Victor Cresson à Issy-les-Moulineaux (92) se dresse le nouvel hôtel de Police conçu par l'agence Valero & Gadan. Lors d'une visite de presse contrariée, Frédéric Gadan précise le parti architectural d'un programme complexe. Aux exigences du ministère, l'architecte répond par l'ingénieuse articulation des espaces. Explications.

 
 
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Depuis 2003, le département des Hauts-de-Seine a engagé la création de six nouveaux commissariats, la plupart sur des sites d'anciennes gendarmeries. A Issy-les-Moulineaux, en centre-ville et, par conséquent, dans un contexte urbain contraignant, il s'agissait d'ériger un hôtel de police répondant au programme 50/500*, "une opération délicate à réaliser" selon Frédéric Gadan, architecte de l'agence Valero & Gadan.

L'opération est conduite par la SEM 92 en qualité de maître d'ouvrage délégué. "Les utilisateurs ne financent pas le projet à l'inverse du département et du Conseil régional. Notre rôle est donc de faire le lien entre le payeur et l'utilisateur", indique Hervé Gay, directeur général de la société d'économie mixte, précisant que le projet émane du département des Hauts-de-Seine en accord avec l'Etat et le ministère de l'Intérieur.

Sylvie Sauvage, chef de projet à la SEM, revient sur la complexité d'un tel programme. "Le poste au rez-de-chaussée, local clef, doit avoir des vues sur l'entrée, le hall, la cour, les gardes-à-vues. La réussite du candidat se mesure à sa capacité d'offrir l'ensemble des vues", résume-t-elle. "Ou comment gérer l'impossible", sourit l'architecte.

"Le programme est une base commune. Le travail de l'architecte est un travail d'adaptation du programme à un site donné", résume-t-il. Un hôtel de police est "un bâtiment administratif avec une gestion pointue des accès. L'accueil est important et le ministère met l'accent sur la qualité de cet espace. Il faut pouvoir recevoir le public et offrir au personnel un hall avec des accès maîtrisés", explique-t-il.

Une visite de presse, organisée par la maîtrise d'ouvrage, est donc l'occasion idéale d'expérimenter les préceptes du ministère et d'observer, de l'intérieur, l'ingénieuse organisation des espaces. Nenni. "Beauvau"**, in extremis, refuse l'entrée. "Pourrions-nous au moins voir l'accueil ?" questionne l'un des journalistes. Direction l'entrée et son interphone.

Porte close. Journalistes, photographes et représentants de la maîtrise d'ouvrage formaient alors un petit attroupement... une bande ? Emissaire choisi, la SEM obtient l'autorisation de pénétrer dans l'espace d'accueil uniquement. Effroyable frilosité. Mais que la police veut-elle donc cacher à la presse spécialisée ? Nous ne parlons pourtant que d'architecture !

Déception donc. Il ne sera notamment pas permis de juger de l'ingénieuse proposition de vestiaires unisexes en sous-sol à cloison mobile variant selon les effectifs changeant de la police nationale. Un aménagement d'autant plus pertinent à l'heure où les femmes sont toujours plus nombreuses à revêtir l'uniforme.

Retour à la visite. L'architecte, depuis le hall, précise son parti, notamment le sous-bassement de l'édifice, opaque. "Nous avons réalisé un barreaudage pour inspirer la sécurité et que chacun puisse se sentir ici protégé", explique-t-il. L'expérience précédente laisse à penser que, ironie de l'époque, ce besoin n'est autre que celui de la police...

"Le hall est traité comme un meuble", reprend Frédéric Gadan soulignant l'utilisation de matériaux raffinés, "plus chic que la normale". Carrelage et faïence italienne agrémentent un espace confortable. L'architecte est amené à développer sa stratégie face à un programme strict. "Nous sommes partis de l'organigramme, en somme, très schématique. Nous élaborons un tableau de surfaces et nous organisons des rectangles sur le site. Les locaux prennent progressivement forme. Puis, nous élaborons le bâtiment comme une masse de bureaux autour d'un noyau central épais. Enfin, nous disposons les locaux pivots pour placer le reste", résume-t-il clairement.

Chaque projet, ici son cinquième commissariat, est donc l'occasion de "perfectionner un système". Aussi, Frédéric Gadan montre qu'il a su comprendre et se saisir des interstices de liberté permis par le programme. Sauf que chaque choix doit être rigoureusement validé.

"Après le concours, il y a une étape de validation avec la police, puis une étape de validation avec les syndicats, enfin le préfet entérine officiellement le projet avec l'assentiment des services", indique Antoine Brillaud précisant que "si le ministère impose des niveaux de qualité, ce dernier demeure assez ouvert sur la logique architecturale. Les municipalités jouent de leur côté un rôle important, entre autres, dès qu'il s'agit d'une recherche d'identité".

Aussi, Frédéric Gadan revient sur la façade de l'édifice. "J'ai travaillé avec une plasticienne et nous avons défini un camaïeu de couleurs que nous avons présenté au maire ainsi qu'une sélection de matériaux. Au départ, nous souhaitions de l'inox mais la ville a posé la question de l'entretien et de la pérennité. Nous avons dès lors opté pour du cuivre", dit-il. Un choix au caractère plus noble selon la SEM.

Dehors, sur le trottoir d'en face, Frédéric Gadan explique le parti adopté en façade. "Ceci n'est pas un mur rideau", explique-t-il évoquant "une façade traditionnelle traitée comme une façade de bureaux". Rien ne vient par conséquent distinguer le commissariat ou signaler même sa fonction dans le paysage urbain. "Nous voulions mettre des ouvertures dans les parties pleines pour libérer les baies vitrées de toute altération". L'effet est saisissant d'élégance.

A première vue, le programme semble contraindre la création architecturale et étouffer toute force de propositions. A l'inverse, Frédéric Gadan témoigne par son approche d'une habileté à se saisir d'un projet pour y insuffler un esprit. Avec un peu de recul, il est permis de déceler dans cette réalisation une architecture de l'interstice.

Demeure cette interrogation, à laquelle il ne fut pas demandé de réponse aux architectes : de quoi un interphone, dans un lieu - le commissariat - sensé symboliser l'espace public de l'ultime refuge du citoyen, est-il le nom ?

Jean-Philippe Hugron

Consulter également notre album-photos 'Rythme cuivré pour le nouvel hôtel de police d'Issy-les-Moulineaux (92)'.

* Programme de référence technique pour les commissariats de police comptant entre 50 et 500 agents
** 'Place Beauvau', adresse du ministère de l'Intérieur

Fiche technique

Acteurs du projet
Investisseurs : Conseil général des Hauts-de-Seine, Etat, Région Ile-de-France, Ville d'Issy-les-Moulineaux
Mandataire de Maîtrise d'ouvrage : SEM 92
Architecte / Maître d'oeuvre: Valéro Gadan
Chefs de projet : Fabrice Lagarde et Héloïse Delagarde
Plasticienne et coloriste : Frédérique Thomas
Entreprise générale : Francilia
Bureaux d'études techniques : SNC Lavalin
Localisation : 22 avenue Victor Cresson

Chiffres clés
Investissements : 8,8M€
Surface : 2.614m² SHON
Capacité d'accueil : 120 personnes
Stationnement : 41 places

Calendrier
2007 : choix du maître d'oeuvre
Septembre 2008 : début des travaux
Avril 2010 : mise en service

Un hôtel de police en 2010, 'ou comment gérer l'impossible'
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