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Recette n° 7 : poser des compteurs à déchets

© Cyberarchi 2021

Un geste important, car il faut bien mesurer les consommations. La planète comme nos porte monnaies en ont besoin. Si on veut parvenir à maîtriser nos consommations sans se serrer la ceinture, il va falloir comprendre précisément en quoi elles consistent et comment elles se constituent. Chronique du développement durable de Dominique Bidou.

 
 
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Il y a beaucoup d'économies à faire, qui ne coûtent rien si ce n'est un peu d'attention, ou un petit matériel de régulation, ou encore une organisation adaptée. Des économies à moindre coût en termes de mode de vie, de plaisir. Cela conduit souvent à compter les dépenses poste par poste, pour les analyser et en déduire les améliorations à apporter, les gisements d'économies faciles à exploiter. Il faudra ensuite aller plus loin, chercher d'autres économies, mais ce sera toujours plus facile une fois les premiers résultats engrangés.

Dans une maison, dans une ville, on va placer des compteurs partout où il y a des unités bien identifiables, tel appareil ou tel équipement par exemple, de manière à suivre les consommations et vérifier qu'elles sont bien utiles. C'est en examinant les compteurs d'eau au milieu de la nuit, à un moment où il n'y a pas de consommation, sauf exception, que l'on repère s'il y a ou non des fuites, que l'on va ensuite cerner plus précisément pour les trouver et les réparer.

On admet volontiers qu'il y ait un compteur pour l'essence ou l'électricité, ou encore pour l'eau. Il est fortement envisagé d'en avoir aussi pour les déchets. Au lieu de payer forfaitairement en fonction de critères généraux, comme la valeur locative, on payera au poids, chaque poubelle étant identifiée et pesée au moment de la collecte. D'autres pays que la France le font déjà sous des formes diverses, comme les sacs d'une contenance limitée, obligatoires pour présenter ses déchets, et pour lesquels on acquitte d'une taxe en les achetant.

Sortir du forfait, pour que chacun se rende compte de sa contribution à l'empreinte écologique (1) ou à la pression qu'il fait subir à la planète et puisse participer à la réparation dans un esprit pollueur payeur, qui pourrait alors être nommé usager des ressources - payeur, est à l'évidence un progrès, mais les effets pervers guettent, auxquels il faut faire attention. Il y a les tricheurs, qui jettent leurs déchets dans la poubelle du voisin, il y a ceux qui bourrent les sacs jusqu'à les faire craquer, sans parler des surendettés qu'il n'y a pas de raison de rendre irresponsables, mais qui ne peuvent pas assumer cette charge supplémentaire. Autant de précautions à prendre, mais l'expérience montre qu'il n'y a pas d'obstacle majeur sur cette voie, incontournable, vers le développement durable.

Le problème est sans doute plus compliqué là où il n'y a pas de compteur. Il y a un compteur à la pompe où vous prenez votre essence, mais il n'y en a pas sur votre pot d'échappement. Il y a un compteur sur votre arrivée d'eau, chez vous, mais il n'y en a pas sur les tuyaux d'évacuation des eaux usées. S'il y a une cotisation à payer pour la pollution de votre voiture ou les eaux que vous rejetez, c'est en mesurant la consommation qu'elle vous est affectée. Si vous réglez avec soin votre moteur pour polluer au minimum, ou si vous faites attention à ne pas évacuer dans les égouts de produits toxiques ou difficiles à éliminer, vous n'en serez pas récompensé et vous ne serez pas non plus pénalisé si vous faites n'importe quoi. Payer pour les rejets uniquement en fonction de votre consommation est injuste pour ceux qui polluent peu, ceux qui font attention et deviennent par symétrie des aubaines pour les insouciants ou les tricheurs.

Et pourtant, en matière de ressources, de cadre de vie, de santé, les rejets (les émissions de gaz à effet de serre, la pollution des nappes phréatiques, etc.) sont aussi importants que la fourniture. Nous vivons dans des systèmes naturels qui fonctionnent souvent en boucles, les rejets devenant des matières premières, à l'issue d'un parcours parfois long, parfois court selon les cas. Les efforts pour réduire l'impact des rejets devraient donc être valorisés, ce qui n'est guère possible sans suivre de près les rejets de toutes natures. La manière dont un déchet est renvoyé dans le milieu est également très importante et sans comptage, on peut craindre le pire : les écarts de prix, entre un déchet toxique traité convenablement ou évacué en douce là où on ne regarde pas, entraînent des tentations fortes.

Les rejets des uns pouvant devenir les matières premières des autres, un marché s'est progressivement créé pour certains d'entre eux. Ce sont des bourses des déchets, qui offrent parfois un débouché intéressant. En poussant cette logique, on a imaginé des parcs éco-industriels, où sont regroupées des entreprises qui se nourrissent ainsi les unes les autres. Bonne idée, qui fonctionne mais crée des liens de dépendance entre les entreprises d'un même site, la déconfiture éventuelle de l'une d'elle risquant de fragiliser les autres.

D'une manière plus générale, les rejets n'étant pas tous des matières premières en puissance, et notamment le gaz carbonique, il va bien falloir faire entrer les rejets dans une économie consciente, avec ses acteurs et ses règles du jeu. Rejeter dans la nature, c'est accaparer une capacité de régénération ou de stockage, prélevée sur un potentiel limité, celui de la planète.

Payer pour ce service n'est pas scandaleux et il vaut mieux le faire sur des bases objectives et transparentes que de manière très grossière, forfaitaire et occulte. Que les produits de consommation fassent l'objet d'un marché, régulé quand c'est nécessaire, est une chose couramment admise. Elle permet d'opérer des ajustements entre l'offre et la demande, de mieux apprécier la valeur que la société accorde à telle ou telle consommation. Il va falloir s'habituer à ce que les rejets fassent eux aussi l'objet d'un marché, également régulé, avec évidement des compteurs. Ainsi valorisés, les rejets feront l'objet de toutes les attentions de la part de ceux qui les produisent. C'est un nouveau pan de l'économie qui se crée ainsi sous nos yeux, avec en vedette le gaz carbonique.

Il y a donc ce qui se compte depuis toujours, la ressource, ce qui se comptera de plus en plus, les rejets, mais on ne peut conclure un billet de ce type sans un mot sur ce qui ne se compte pas du tout. La qualité fonctionnelle, l'esthétique, l'agrément d'un lieu, le paysage, sont autant de qualités qui ne se peuvent faire l'objet d'un comptage. Il faut bien, pourtant, les intégrer dans les critères de choix, les bilans politiques au sens large. Ce qui se compte devient parfois dominant du seul fait que l'on peut comparer des chiffres. La référence au moins-disant est à ce titre incontournable.

Il faut donc se donner une discipline, des règles de fonctionnement, qui ne se réduisent pas à des comptages, même si ceux-ci permettent d'éclairer les décisions et l'évaluation des opérations. Il ne faut pas abandonner l'idée d'évaluer la qualité (voir 'Recette n°4 : la recherche de la qualité'), mais nous savons que ce ne sera pas uniquement à base de comptages.

Gardons l'évaluation pour une prochaine recette.

(1) Surface nécessaire pour produire les ressources que nous consommons, et digérer les rejets qui découlent de ce métabolisme. Voir la chronique n°30 de 'Coup de shampooing sur le développement durable' aux éditions IbisPress (www.ibispress.com). Consulter la présentation de cet ouvrage.

Dominique Bidou

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