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Promouvoir la qualité architecturale... Rien n'est moins simple

© Cyberarchi 2021

Lors de la remise de l'Equerre d'argent 2007, le 28 janvier dernier à la Cité de l'architecture à Paris, Jacques Guy, président du Groupe Moniteur, est revenu longuement sur la polémique qui a suivi l'attribution du prix 2007. Sans pour autant en résoudre les contradictions. Ce prix est utile et mérite de poursuivre son histoire. Mais quelle doit être sa portée ? Retour.

 
 
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"Question difficile que cette cohabitation de la modernité avec les tissus urbains anciens. Le risque est de voir une architecture un peu fade se répandre, nos villes devenir banales et les habitants perdre le sens et le goût de la modernité. La tâche pédagogique est, en la matière, immense. D'autant que le phénomène est à double tranchant : il ne faudrait pas non plus que l'attention soit trop braquée sur l'exceptionnel, alors que, bien évidemment, c'est dans le quotidien que le besoin d'architecture est le plus grand. Une architecture de dimension internationale peut cependant servir de tête de pont pour la qualité architecturale au quotidien. Il faut l'encourager mais il n'y a pas de solution toute faite. Cela suppose de vraies convictions du côté des décideurs politiques et des maîtres d'ouvrage et une forte capacité d'écoute et de dialogue du côté des architectes", a déclaré Jacques Guy, président du Groupe Moniteur, lors de la remise de l'Equerre d'argent... 2004 (Annette Robain et Claire Guieysse).

"Ce prix a pour première ambition de permettre une sélection des meilleures réalisations architecturales de l'année", a déclaré Jacques Guy lors de la remise de l'Equerre 2007. Il n'a pas expliqué ce qu'il entendait par "meilleure" mais le fait est que toute référence à la portée internationale du prix a disparu, alors même qu'il s'interroge, s'adressant à Christine Albanel, de "Comment favoriser la reconnaissance internationale des architectes français et une plus grande ouverture à l'exportation de leurs compétences ?". Par ailleurs, l'évolution sémantique quant à ce qu'est la portée de ce prix, déjà perceptible en 2004, est désormais plus affirmée puisque le débat de cette année a clairement porté sur le fait de récompenser ou non "un grand geste architectural ou une architecture du quotidien", le jury choisissant in extremis "l'architecture du quotidien".

Il faut rappeler ici que l'indépendance des jurys de l'Equerre ne saurait être mise en doute mais ces jurys n'évoluent pas dans un vacuum. Le malentendu à l'origine de la polémique* évoquée par Jacques Guy à la Cité de l'Architecture n'est que le résultat de crispations antérieures qui se sont accentuées ces dernières années, que la perte de définition claire de ce prix annuel très attendu par la profession a contribué à renforcer. Du coup, les mots sont malheureux les uns après les autres. Des architectes peuvent être modestes mais l'architecture, en soi, ne l'est jamais car toujours, quelle que soit l'échelle, issue d'une réflexion pointue d'intellectuels confirmés. Du quotidien ? Mais, pour faire vite, la tour Eiffel fait partie du quotidien des parisiens, comme les tours du 13ème arrondissement ou des bureaux mal aménagés d'un immeuble haussmannien. Geste architectural ? On peut le trouver dans une formidable réalisation à deux francs six sous ou le déplorer dans un repère olympique de sinistre mémoire.

Preuve sans doute de son inconfort, Jacques Guy ne sait pas trop lui-même comment repositionner le débat et encore moins le trancher. Voici un extrait de son dernier discours : "Architecture 'du quotidien' ? Est-ce qu'il s'agit de cette architecture qui répond aux usages, qui s'inscrit avec qualité dans notre environnement urbain et qui souvent est réalisée avec des moyens... très quotidiens ? Architecture 'spectaculaire' ? Est-ce que l'on parle de l'architecture qui crée, qui innove, qui prend des risques,... et qui est nécessaire à la dynamique et à l'image de nos villes ? Quel est donc ce débat ? Comment peut-on vouloir opposer deux formes d'architectures alors que le seul débat qui vaille est celui de la qualité architecturale ? Ne serait-il pas plus pertinent d'opposer la vraie architecture dans sa diversité de style et de contexte, celle qui donne du sens et la non-architecture qui, trop souvent, envahit notre espace urbain ? Et puis, quitte à pétitionner, ne devrions-nous pas tous pétitionner sur des sujets plus justes et plus forts ?".

On pourrait objecter que, pour n'en citer qu'un, le Pavillon noir de Rudy Ricciotti, à 1.340 euros HT/m², finaliste en 2007, répond à sa définition de l'architecture du quotidien et que nombre d'architecte créent, innovent et prennent des risques au quotidien sans volonté d'architecture spectaculaire. Promouvoir la qualité architecturale, opposée à la non architecture, fait consensus et c'est en partie le rôle des media, notamment professionnels. Mais cela ne dit rien quant au rôle de l'Equerre d'argent. Jacques Guy assure que la vingtaine de réalisations nominées sont "représentatives de la qualité architecturale, sans considération de localisation, de taille et de nature de programme, de style et de tendance". Mais cela est-il réellement possible ? Ne faudrait-il pas au contraire prévoir des catégories ? Préciser les critères de sélections ou d'attributions ? On peut choisir, pour le dire vite, la meilleure poire ou la meilleure orange mais il est quasi impossible, sur des critères objectifs, de choisir la meilleure entre une poire et une orange.

Enfin, peut-être est-il nécessaire de rompre les liens entre la sélection de l'Equerre d'argent et le contexte de l'annuel de AMC puisque les nominations au prix sont aujourd'hui issues d'une première liste essentiellement destinée à cet ouvrage ? En effet, Jacques Guy, reconnaît qu'"il y a des réactions et des critiques que nous devons entendre et nous ne ferons pas l'économie d'une réflexion sur le rôle de la presse professionnelle, sur la place de la critique en architecture, sur le soutien nécessaire à la création et à l'innovation...". Très bien, et c'est à son honneur, mais cela ne résout en rien les contradictions liée à la sélection des lauréats de l'Equerre.

Peut-être peut-on imaginer qu'une commission de personnalités, comptant pourquoi pas des membres du Moniteur, pourrait établir, selon des conditions parfaitement définies en amont et connues de tous, sa propre liste de nominations à l'Equerre d'argent comme cela se fait au cinéma, au théâtre ou dans la plupart des domaines culturels où un prix est attribué, quitte à ce que les bâtiments et maîtres d'ouvrage récompensés soient ceux de l'année n-1, que les membres de cette commission aient eu le temps de visiter les bâtiments en question. Un jury pourrait ensuite choisir parmi cette ou ces liste (s) restreinte(s), quitte encore à ce qu'il y ait moins de nominés mais quelques catégories supplémentaires. Cela n'empêcherait ni le Groupe Moniteur de poursuivre l'attribution d'un prix important en France ni AMC de réaliser son annuel.

Christophe Leray

* Lire à ce sujet notre article 'A 100 ans et plus, Le Moniteur, une institution en question'.

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