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Livres : Philosophie, portrait et scénographie

Cette quinzaine, L'oeuvre et le temps une collection de cinq ouvrages philosophiques du même auteur, l'architecte Stéphane Gruet, "About C+D", un portrait décrivant l'univers de deux architectes et Explosition, une scénographie d'expositions.

 
 
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L'oeuvre et le temps (1)

L'oeuvre et le temps, composé de cinq ouvrages, est "un texte explosif qui montre la modernité à la croisée des chemins. Tout le texte de l'oeuvre et le temps oppose une philosophie organique et donc chaleureuse, capiteuse même à une théorie mécanique et froide" (l'Abstraction).

Livre I (méta-physique) (a)
Le mouvement et la forme

Si notre philosophie et nos sciences se sont longtemps érigées contre le devenir Ñ, "si tout est en devenir, comment une connaissance est-elle possible ?" demandait Socrate à Héraclite, c'est aujourd'hui à ce même devenir qu'elles doivent se ressourcer pour dépasser cette impuissance congénitale à comprendre la nature et l'art, la vie et l'histoire. Penser l'oeuvre appelle à une philosophie du devenir et de la morphogenèse qui refuse toute séparation et toute domination de l'intelligible sur le sensible.

De même alors que l'individualité, la localité et la mortalité sont les limites du monde physique (voir la physique quantique), l'altérité, la matérialité et la temporalité sont à l'échelle de notre monde sensible les conditions de toute oeuvre réelle, physique, naturelle ou humaine. Cette nouvelle métaphysique affirme que toute forme a pour origine un mouvement. La perception esthétique sera alors la perception dans la forme du mouvement qui la détermine, mouvement qui lui donne son sens, particulier et universel à la fois.

Livre II (poïétique) (b)
L'art et le temps

L'art quel qu'il soit relève d'une négociation avec l'altérité d'un monde, avec un "autre" irréductible à soi-même, avec une "matière" inerte ou vivante, qui pâtit ou réagit, résiste à notre action, et conserve la trace de cette rencontre, de cette négociation et de cet accord dans le temps sous la forme d'une oeuvre, une forme temporelle qui nous parle d'un monde perdu dont elle est l'enfant et la mémoire vive.

Nous dirons alors qu'il y a art lorsque les forces en jeu, active et réactive, sont à la mesure l'une de l'autre. Aussitôt en effet que la puissance agissante perd cette mesure, aussitôt que la résistance est écrasée, aussitôt que ce qui agit oublie ce qui pâtit, alors cesse l'art et commence la violence. L'industrie de ce point de vue est comparable au totalitarisme en politique.

L'équilibre du jeu est au contraire la condition de toute invention, car elle suppose l'écoute, la négociation, et l'imprévisibilité toujours de l'accord qui en résulte. C'est là la source de toute nouveauté, de toute création et le principe de la liberté même qui n'est pas d'agir avec arbitraire mais d'agir selon la nécessité de l'instant, en accord avec le monde. C'est cette liberté et l'intensité de cette action qui donne alors à l'oeuvre d'art cet air plus que réel, cette présence singulière à nulle autre pareille, qui traverse le temps comme gravée pour l'éternité dans la pierre, vivante comme au premier jour.

Livre III (génétique) en souscription automne 2006 (c)
Nature, art et technique

Nature et technique se distinguent par leur processus de production. Tandis que la nature procède continûment et sans but prévisible, la technique, elle, procède par actes séparés et toujours en vue d'une fin à atteindre. Dans la nature (physis) le sujet et l'objet sont confondus et sa finalité est dite interne, la vie n'a pour fin qu'elle-même. Au contraire la technique suppose un sujet et un objet distincts, sa finalité est dite externe : la machine n'existe jamais pour elle-même. De même si la Nature confond les moyens et les fins, la technique les distingue et subordonne toujours les premiers aux seconds. L'art relève alors de la technique en ce qu'il procède selon ses moyens qui sont ceux de la fabrication, mais ne cesse de vouloir imiter la nature dans son apparence en vue de satisfactions esthétiques. Toutes nos oeuvres, jusqu'à nos villes mêmes, relèvent à la fois de formations par croissance continue et de constructions par actes séparés.

Rien dans la nature n'est prémédité, elle ne connaît ni la géométrie ni les nombres, tout en elle est action immédiate, lutte imprévisible, mouvement éternel ; elle est une oeuvre sans projet. Au contraire les produits de notre industrie, dans la mesure où l'exécution y est entièrement subordonnée à un projet, tendent à n'être plus que des projets sans oeuvre. L'abstraction, la désincarnation ou déréalisation de nos productions industrielles, dont on a fait une esthétique, tiennent alors à ce qu'elles ont été conçues, grâce aux moyens modernes de conception, hors de la matière et des heures : le projet fait alors l'économie de sa rencontre avec le monde, il n'est plus l'oeuvre d'une multiplicité dans le temps, il prend l'apparence d'une image sans présence au monde.

"Nulle conception n'est oeuvre", disait Alain ; l'art conceptuel qui tend comme l'industrie à subordonner toute réalisation à une idée formelle, réalise au terme de deux millénaires et demi la quête de l'idéalisme platonicien.

Livre IV (analytique) (d)
L'architecture, le temps, la ville

L'architecture, régie par la géométrie, intègre d'ores et déjà le temps dans sa composition, par les rapports irrationnels, les rythmes et les ornements... Cette temporalité d'origine subjective et poétique, propre à l'art poïétique, confère à la composition un mouvement de vie, l'expression d'une âme.

Mais c'est par le corps et la mémoire sensible des matériaux et de leur mise en oeuvre, par les traces du travail et de l'usage, que l'architecture déploie sa poésie particulière, jusqu'à la ruine même qui, loin de la faire oublier, magnifie son idée qui est de durer toujours.

Livre V (politique) en souscription automne 2006 (e)
L'oeuvre politique

Ce cinquième et dernier tome de L'oeuvre et le temps traite de la politique. A l'heure où celle-ci est gravement en crise, il nous rappelle qu'elle ne peut être qu'une oeuvre collective, tout comme la ville (polis). Une oeuvre. De même que dans l'oeuvre d'art, la forme nous donne accès au mouvement qui la détermine, de même en politique il ne s'agit pas de flotter au fil de l'eau : le poisson tient sa forme vivante de son corps à corps dans le temps avec l'eau qui résiste. Nous retrouverons ici la thèse du livre en son ensemble : en vie sociale aussi, le type d'organisation (la forme) est fait d'une rencontre, à la fois lutte et accord, avec l'altérité, la matérialité, la temporalité du monde.

Une oeuvre collective. Puisqu'il n'y a forme et oeuvre que par travail et résistance, la meilleure garantie qu'il en va bien ainsi en politique réside dans le fait que tous y participent (démocratie). Tous dans leur pluralisme et leurs contradictions, qui relèvent de leur présence vivante, à la fois commune et diverse, à l'autre, la matière et le temps. Une importante discussion est en ce point inaugurée avec plusieurs courants qui se réclament d'une "post-modernité" de simulacres, de communication sans chair. Souhaitons qu'elle s'étende et qu'elle s'approfondisse.

"About C+D" (2)

Le titre de ce livre n'a jamais voulu sortir autrement qu'en anglais. Snobisme dira-t-on ! Mais About (au sujet de) a immédiatement collé à l'identité de cette publication et aux intentions de ses deux protagonistes, Nicolas Crégut et Laurent Duport. Car dès la préparation de cet ouvrage, ces deux architectes du sud de la France avaient donné le ton. Un livre oui, mais à certaines conditions...

Règles n° 1 : pas d'éloge ! On ne parle pas d'eux ou alors seulement pas bâtiments ou personnages interposés.
Règle n° 2 : il est question d'architecture mais aussi d'art contemporain, de mobilier, de design, de littérature, de jazz et de cigares.
Règle n° 3 : interdiction formelle d'écrire quoique ce soit sur les architectes sans inviter à la fête les ouvriers, les étudiants, les maîtres d'ouvrages, les toreros, Mies Van Der Rohe, Gilles Deleuze et Le Corbusier.
Règle n° 4 : l'architecture a de nombreux caprices et le temps qu'on passe à les lui céder mérite bien une mise en lumière des coulisses de la profession.
"About C + D" est un portrait aux contours incertains qui esquisse l'univers de deux architectes en brassant pêle-mêle, les agendas tyranniques, les nuits sans sommeil, les flûtes à champagne, l'effervescence de l'agence, les chantiers poussiéreux et les blanches maquettes...

Explosition François Confino scénographe (3)

Le mot "explosition", proposé dans le titre de ce texte introductif, est un néologisme dont le but est de préciser le contenu de la méthode de François Confino à l'aide des expressions inclues dans le terme ou évoquées par celui-ci : exposition, explosion, exploration, exploit. Une provocation langagière ? Sans doute. Mais aussi une manière de souligner que son objectif principal, suivant le sens que l'origine attribue au préfixe «ex», est de penser la scénographie "hors de" : hors des traditions sacrales de la muséologie conventionnelle, hors de l'emprise de la collection comme seul instrument de communication avec le public, hors d'une fonction strictement didactique dépourvue de "dérives" vers l'imaginaire, hors de la figure du "commissaire", garant des orthodoxies culturelles...

(1) L'oeuvre et le temps :
(a) L'oeuvre et le temps : Livre I (méta-physique). Editions Poïesis ; Format : 21,9 x 13,6cm ; 150 pages. Prix : 12,00 euros.
(b) L'oeuvre et le temps : Livre II (poïétique). Editions Poïesis; Format : 21,9 x 13,6cm ; 150 pages. Prix : 12,00 euros.
(c) Livre III (génétique). Editions Poïesis; Format : 21,9 x 13,6cm ; 136 pages. Prix : 12,00 euros
(d) L'oeuvre et le temps : Livre IV (analytique). Editions Poïesis; Format : 21,9 x 13,6cm ; pages. Prix : 12,00 euros
(e) Livre V (politique). Editions Poïesis; Format : 21,9 x 13,6cm ; 136 pages. Prix : 12,00 euros
(2) About C+D. Editions Alternatives; Format : 14 x 17cm ; 224 pages, Couverture : Broché; illustrations. Prix : 29,00 euros
(3) Explosition François Confino scénographe. Editions Norma ; Format : 23 x 31cm; 224 pages, Couverture : Relié; Illustrations couleur. Prix : 47,50 euros

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