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L'antichambre de Nazca

© Cyberarchi 2021

Lauréat du concours d'idées de Nazca au Pérou, Raphaël Gabrion, jeune architecte de 28 ans, a dû gérer la présence énigmatique des géoglyphes zoomorphes du site. Un projet sensible qui entretient le mystère du lieu en évitant de proposer des réponses académiques ou commerciales. Voici l'intégralité de son texte de présentation.

 
 
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Concept : entretenir le mystère de NAZCA

Comment s'insérer sans perturber les lieux ? Comment rendre compte de ce qui est là mais aussi de ce qui est ignoré : les mystères de NAZCA.

Pour échapper à l'évidence et à l'immédiateté du visible, du «j'ai déjà tout vu, il n'y a plus rien à voir», le projet propose d'entretenir le mystère, le doute et créer même l'ambiguïté des choses vues. Ainsi, un monolithe haut de plus de 100 mètres, aux miroirs en guise de surfaces se veut la concrétisation d'une présence énigmatique. Par une mise en scène des choses tantôt cachées, tantôt révélées, il prépare à la redécouverte de la magie et du mystère des lieux.

Parallélépipède parfait, le projet apparaît plus comme un totem aux proportions d'une lame que comme celle d'un bâtiment. Ses surfaces réfléchissantes, lisses et tendues, aux reflets métallisés comme vitrifiées, impropres à toute culture, à toute industrie, sont traversées par des lignes se croisant à l'instar des géoglyphes zoomorphes et semblants sectionner le monolithe en même temps qu'elles le consolident. Utilisant le miroir comme matière architectural, le monolithe semble par moment se dissimuler et disparaître pour renvoyer à ce qui l'entoure. A contre-jour, il assume et affirme au contraire sa présence.

Lobby : un espace vertical en expansion

Comme un monument ou comme une stèle plantée dans un tumulus, son intérieur se présente comme un contrepoint au paysage extérieur : vertical, lumière au compte-goutte, lisse, intime, et en mouvement. Faisant antichambre à l'espace de contemplation, il est vertical au sens haut, ascendant et ascensionnel. Avant d'accéder au lieu ultime de l'espace d'observation, il est proposé une succession des lieux intimes et collectifs du programme en expansion dans un gigantesque lobby se déployant sur 100 mètre de haut dans l'ombre et la lumière.

(Re)decouvrir le désert de Nazca

«Il faut enfouir un trésor pour être sûr qu'il soit découvert» (Jasper Jones)

Inaccessible depuis la surface du talus, le monolithe ne s'approche que par une rampe située à 30 mètres du talus, menant paradoxalement sous terre. Pour mieux voir, il faut occulter, cacher pour mieux imaginer, deviner et (re)découvrir. Pour mieux retrouver le paysage à observer plus haut, il faut au cours de la progression verticale non pas le cacher totalement... mais le montrer très partiellement avec retenue, l'esquisser pour l'apercevoir, l'entrevoir, le deviner, bref pour l'imaginer plutôt que de le voir directement. Ainsi comme un kaléidoscope, à l'aide de nombreux miroirs flottant et pivotant dans l'espace vertical du lobby, l'intérieur joue de la décomposition et de la fragmentation de l'espace, du reflet et de la réfraction de paysage pour laisser imaginer un environnement extérieur perdu de vue et qui sera dévoilé qu'à certains moments stratégiques de l'hôtel. Seuls les lieux atypiques que sont le salon, la salle à manger et le point d'observations constituent des lieux où le désert de Nazca est largement dévoilé. Ils marquent donc les paliers d'une progression verticale. Le point d'observation situé à 105 m constitue après une longue immersion, la dernière douce et lente émergence, dans l'épaisseur du monolithe, vers un désert retrouvé mais différemment : rêvé, mérité, entier et unique.

Raphaël Gabrion

Lire également notre article 'Raphaël Gabrion et le mystère des géopglyphes de Nazca' et consulter également l'album photo des projets des trois lauréats en cliquant ici.

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