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Jean Levain, maire de Chaville (92) lance le débat, des architectes s'en emparent

© Cyberarchi 2021

"[En France], on a, depuis quelques années, rarement aussi mal urbanisé et parfois aussi mal construit". Le constat est de Jean Levain, maire de Chaville qui, "sans aucune prétention sur le fond" offre sur son blog le ressenti d'un maire sur une activité à la fois "fondamentale dans sa fonction et difficile à bien maîtriser". Isabelle Coste et David Orbach lui répondent.

 
 
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@ Monsieur Jean Levain, Maire de Chaville.
Conseiller régional d'Ile-de-France
Vice-Président de la Communauté d'agglomération Arc de Seine

Monsieur Levain,

Parce qu'Internet nous permet aujourd'hui de nous exprimer publiquement, nous nous en voulons d'avoir lu le chapitre sur l'urbanisme de votre livre*, sans l'avoir commenter. Car ce droit nouveau de vous répondre qui nous est octroyé par la technique, nous apparait à nous comme un devoir, un devoir de participation citoyenne à cette discipline si importante pour tous: l'urbanisme.

Et disons aussi, même si nous savons que cela sera mal compris: un élu qui réfléchit à l'urbanisme est une chose si rare qu'il en devient d'autant plus coupable pour nous de ne rien dire.

Voici donc quelques remarques non exhaustives prises dans notre lecture. Elles ne sont pas rangées et sont un peu à l'emporte-pièce, veuillez nous en excuser.

Vous semblez être contre la densité dans votre ville. Vous vous employez donc naturellement à la freiner. Nous ne partageons pas votre point de vue parce que votre combat nous semble perdu d'avance et va faire hélas plus de mal que de bien. Pourquoi? Simplement parce que la population française ne cesse d'augmenter mais pas notre sol! Nous pensons donc contrairement à vous qu'il serait grand temps de commencer à gérer la densité plutôt que d'avoir à la subir plus tard. Heureusement il y a de la place pour tout le monde pour une vie ensemble! Il faudrait commencer par lever le tabou de la densité : celle-ci n'est pas forcément un mal. Remarquons par exemple que certains quartiers très denses de Paris ont atteint un équilibre dont les habitants ne semblent pas souffrir, au contraire! On n'y constate pas de délinquance particulièrement élevée, les prix des logements sont hauts, les rues sont pleines, les commerces abondent : ces quartiers ont même beaucoup de charme! On pourrait les reproduire, non pas partout, mais à des endroits très localisés pour en maîtriser la croissance et n'en avoir que les bénéfices. Cela serait mieux à notre avis que cet urbanisme de densité uniforme et déprimante que l'on voit partout. Mieux vaudrait un quartier très peuplé, même trop, et à coté de grands espaces verts et aérés qui seraient de vraies respirations pour se promener, jouer, se détendre, ou simplement, voir loin.

Et vous parlez des architectes ! Notre situation est "délicate", comme vous le dites page 8 avec autant de délicatesse que l'est notre situation en effet.

Ah ça Monsieur le Maire, mais vous dites que les architectes seraient "individualistes" ! Notre sang ne fait qu'un tour. Nous voyons bien là que notre profession est mal connue, aussi allons-nous vous raconter ce que l'on ne vous dit jamais : Le métier de l'architecte.

Un architecte est une incroyable personne capable de réaliser un projet - son projet dont elle est responsable devant tous - avec en face d'elle :
Le client (public ou privé)
La Mairie (où se trouve le projet)
L'Architecte des Bâtiments de France (quand le projet se situe dans son périmètre).
Les associations de quartier
Les riverains (au terrain du projet)
Les utilisateurs
Le paysagiste
Le scénographe
Le muséographe
L'ingénieur structure
L'ingénieur fluide
L'ingénieur Voirie et Réseaux Divers,
Le spécialiste environnemental
L'acousticien
Le cuisiniste
L'économiste
Le traducteur (pour la traduction des textes quand le projet se trouve à l'étranger)
L'artiste (si le projet le demande)
Le spécialiste incendie SSI
Le programmiste
Le bureau de controle
L'intervenant S.P.S. (sécurité et Protection de la Santé)
Le perpectiviste (pour les dessins en perspective de présentation)
Le maquettiste (réalisant les maquettes de concours ou de certains détail parfois)
Le space-planning
Le pilote de chantier de la maitrise d'oeuvre
Le chef de chantier
Le maçon
Le plombier
L'électricien
Le charpentier
Le couvreur
Le menuisier
Le plâtrier
Le peintre
Le poseur de revêtement de sol
Le carreleur
Les autres corps d'état spécifique
L'entreprise de Voirie et Réseaux Divers
Le fabricant de matériaux
Le photographe (du projet)
Les journalistes
Les éditeurs (pour la publication du projet)
Ceux que nous oublions

Et vous multipliez le nombre de cette liste par autant de bâtiment que vous construisez. Alors si vous pouvez être individualiste avec ça ! Quoi qu'il en soit, après avoir lu cette liste, vous comprendrez qu'il n'est pas possible de demander à un architecte d'être normal. S'il l'est, c'est qu'il n'est pas un architecte, ou alors il ne fait pas bien son métier.

Quand aux "styles" d'architecture des bâtiments dont vous parlez et qui sont souvent si laids, comme vous avez raison! Vous les mentionnez néanmoins dans le passage sur les architectes, leur en attribuant donc en creux la paternité et pourtant...
- le style "aile d'avion" des bâtiments culturels est celui du Ministère de la Culture
- le "faux classique à la Bouygues" est construit par les promoteurs
- le style "minimaliste" est demandé par les offices d'HLM
- et le style "néo-vénitien" demandé par nous ne savons qui (des maires?).

Où est l'architecte là-dedans? Il suit son client, vous le dites vous-même. C'est donc bien devant le maître d'ouvrage qu'il faut se retourner pour avoir une architecture plus authentique. Sans lui, rien n'est possible. Il y a là un véritable problème de "formation et de compétence" de sa part, comme vous l'avez écrit plus haut (pages 2 et 3). C'est pourquoi, bien que nous soyons architectes et que nous ne devrions pas vous le dire, nous pensons : à bon client, bon bâtiment.

Tout votre chapitre sur "les procédés de construction" et "le choix des matériaux" (pages 9 et 10) est parfait: Nous n'en retirerions, ni n'ajouterions une ligne et voudrions l'avoir écrit aussi bien.

Nous voudrions pour finir défendre les entreprises du bâtiment (Elles sont suffisamment puissantes pour se défendre elles-mêmes nous le savons, mais derrière elles il y a les ouvriers et là, cela concerne tout le monde) : on ne dit pas assez leurs conditions de travail incroyablement difficiles traduites par les chiffres d'accident les plus hauts de tous les secteurs professionnels. Vous dites quelque part que les malfaçons seraient dues à la sous-traitance: Nous voudrions là encore lever un tabou: Une entreprise sous-traitante n'est pas forcément une mauvaise entreprise. Simplement, elle est trop petite pour que les maîtres d'ouvrage lui fassent confiance. C'est une erreur: Les plus beaux bâtiments du monde ont été construits avec des entreprises sous-traitantes. Nous ne voudrions plus qu'elles aient à se cacher : cette absence de transparence envers elles est la cause, nous en sommes sûrs, de leur mauvaise conditions de travail, de leur salaires de misère et de leur mauvaise réputation. Cessons de les dénigrer et nous aurons de plus beaux bâtiments.

En vous remerciant de votre attention, veuillez agréer Monsieur Levain, l'expression de nos sincères salutations,

Isabelle Coste, David Orbach

* Consultable à l'adresse suivante : http://jeanlevain.typepad.com/mon_livre/2006/01/chapitre_urbani.html
*La photo d'illustration est issue du blog de Jean Levain : http://jeanlevain.typepad.com/mon_livre/2006/01/chapitre_urbani.html

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