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Chronique de l’intensité : L’affaire des lièvresIl faut courir plusieurs lièvres à la fois. Sans hésiter si l’on veut devenir durable. Adieu le bon sens populaire, plongeons avec délices dans le chaudron de la complexité, des interférences, des dimensions croisées et des enchaînements. "L’intensité, c’est la somme de toutes les utilités satisfaites par une opération", estime Dominique Bidou.publié le 25/09/2008Un des classiques du développement durable se nomme double dividende. Les anglais disent win-win. Il s’agit de faire en sorte de gagner sur plusieurs tableaux à la fois. Je fais un effort pour l’environnement et, en plus, je gagne plus d’argent ! C’est le cas bien connu dans le bâtiment, avec les économies d’énergie. Je m’isole mieux, je remplace mes vieux appareils et la chaudière ancestrale par des équipements récents et haut de gamme, résultat : je consomme moins, je rejette moins et je dépense moins. La balance des paiements tout comme mon porte-monnaie se portent mieux, ainsi que les ressources de la planète et son atmosphère. Ce genre de convergence n’est pas automatique. Laissons de côté pour l’instant la question de la trésorerie et restons sur un plan technique. La bonne combinaison est à rechercher, car elle ne vient pas toute seule : des équipements peuvent s’avérer inadéquats, comme le débat sur les triples vitrages l’a montré. Aucune solution technique ne vaut pour le monde entier et ce qui nous vient de pays aux climats plus rudes n’est pas pour autant intéressant dans nos contrées. Il faut à chaque fois trouver la bonne réponse et c’est heureux car nous évitons ainsi une bien triste uniformité.
publicité Les exemples de double dividende sont nombreux. S’ils sont parfois des aubaines, tant mieux pour leurs bénéficiaires, ils résultent le plus souvent d’un travail fin, abordant tous les aspects d’une question. Le concept d’études d’impact éclaire la question. Il s’agit au départ de ne pas saccager un milieu au motif que l’on court un lièvre donné, si beau soit-il. Telle route, telle ligne nouvelle de TGV, ne doit pas se construire au détriment des territoires traversés et de leur environnement. Pour des raisons historiques hélas bien claires, les impacts envisagés dans la loi de 1976 qui importe le concept en France, en provenance des Etats-Unis, sont par nature négatifs. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. C’était une vision bien défaitiste. Pourquoi un impact sur l’environnement ne serait-il pas positif ? La main de l’Homme serait-elle maudite ? L’exemple des grands travaux accomplis par les moines qui nous ont donné les Dombes, la Brenne et autres étangs pour les poissons du vendredi montre que l’on peut créer de la diversité biologique. En langage moderne, on parle de génie écologique. Ca ne tombe pas du ciel, il faut le vouloir, mais un impact sur l’environnement peut être positif. Le double dividende prend ainsi naissance ; il ne s’agit plus seulement d’éviter les impacts négatifs mais aussi de concevoir le projet de manière à ce qu’il produise le maximum d’impacts positifs. On a quitté progressivement une vision linéaire - un objectif, une solution - pour une vision systémique où l’on cherche à optimiser un ensemble de paramètres liés entre eux. Il ne s’agit pas que des impacts environnementaux, le mot s’est élargi à tous les aspects collatéraux d’une opération, dont la qualité dépend en fin de compte de la combinaison de tous ces facteurs. L’intensité, c’est la somme de toutes les utilités satisfaites par une opération. Elles sont, de nature, diverses, ne s’évaluent pas de la même manière. Certaines sont éphémères, d’autres permanentes ; il s’agit ici de bilans matières et là de besoins d’ordre social ou culturel. Selon le contexte, le lieu, l’histoire du moment, les préoccupations dominantes des acteurs, leur agencement varie. Point de mesure commune, pas de possibilité de moyenner et de donner une note unique, mais l’obsession de charger la barque au maximum, de combiner des avantages, d’obtenir le maximum de dividendes, dans tous les domaines. Construire une maison répond en premier lieu à un besoin, de logement par exemple. Nous savons tous que ça ne suffit pas. Elle doit en plus contribuer à l’enrichissement de son quartier, de son paysage et de sa vie sociale. Il y a quelques années, on aurait dit qu’elle ne doit pas consommer trop d’eau, trop d’énergie. Aujourd’hui, on dit qu’elle doit produire de l’énergie, plus qu’elle n’en consomme, qu’elle doit participer à la régulation du régime des eaux. On pourrait évoquer la richesse biologique, les filières professionnelles locales, etc. De nombreuses utilités qui s’ajoutent à la première et qui intéressent d’autres acteurs, les voisins, le territoire d’accueil, la planète. Courir plusieurs lièvres à la fois, chercher résolument le beurre et l’argent du beurre, nous voilà en pleine transgression, ce qui est excitant mais bien dangereux. Une telle attitude ne s’improvise pas, elle a besoin de ses points d’appui, de ses références. Ce sera le thème de cette chronique que de tenter une exploration de ce nouvel univers, en espérant que l’affaire des lièvres fera de nombreux petits, comme les lapins ! Dominique Bidou
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