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Le nouveau Palais de justice de Douai (59), signé Anne DemiansComment inscrire ce nouveau Palais de justice dans le centre, quartier remarquable, de Douai ? Comment représenter la symbolique judiciaire ? Comment concilier la pérennité de la justice tout en soulignant l’adaptation de la justice aux changements de la société ? Tels étaient les enjeux du concours. Les réponses de Anne Demians lui ont valu l'unanimité du jury. Découverte.publié le 07/03/2007Le texte ci-dessous a été écrit par Anne Demians "Sur le thème dialectique de la pureté et de l’impureté de l’eau, on peut voir cette loi fondamentale de l’imagination matérielle agir dans les deux sens, ce qui est une garantie du caractère éminemment actif de la substance : une goutte d’eau pure suffit à purifier un océan, un goutte d’eau impure suffit à souiller l’univers. Tout dépend du sens moral de l’action choisie par l’imagination matérielle : si elle rêve le mal, elle saura propager l’impureté, si elle rêve le bien, elle saura faire rayonner la pureté bienfaisante". Présentation architecturale urbaine Le concours a pour objet l’implantation le long de la Scarpe, dans le centre ville de Douai, d’un nouveau Palais de Justice regroupant le Tribunal de Grande Instance et le Tribunal d’Instance. La réalisation de ce nouveau Palais de justice répond à la volonté de regrouper les juridictions douaisiennes. Cette nouvelle juridiction se trouve ainsi à équidistance de la Cour d’appel située sur le site de Pollinchove, sur la rive opposée du canal de la Scarpe, et du tribunal de commerce situé sur la rue Saint-Julien.
publicité Un premier enjeu urbain : l’intégration du Palais de justice dans le site Dans ce quartier résidentiel, à proximité immédiate du centre ville de Douai, le projet inscrit le nouveau Palais de justice de Douai en symbiose avec son environnement. Sur des fractures historiques encore perceptibles, le terrain s’étire en éventail entre la ligne sinueuse de la rue Saint Julien, à vocation de rue urbaine continue dans son front bâti et celle plus fluide et discontinue du bras du quai Bertin. Il s’agit là, plus que de construire un bâtiment isolé, de créer un lieu, de continuer la ville. Le projet s’appuie sur les lignes de forces du site. Il les décline selon les différents environnements et constructions existantes. Il révèle leur médiane sous-jacente et englobe dans la composition urbaine l’ensemble des parcelles adjacentes. Le front bâti qui fait face au projet devient élément générateur de cette composition, la vibration de ces alignements en brique vient se refléter dans la Scarpe et contribue à la poésie du lieu. Il s’agit tout à la fois de préserver la vocation de rue urbaine qui longe le quai Bertin, et de se raccorder au canal, à la Scarpe. Pour ce faire, nous intégrons dans un aménagement unificateur les trottoirs, la voirie, la dépose minute pour développer un parvis à l’échelle du nouveau Palais de justice. Cette disposition permet de mettre en scène le Palais de justice et le quartier profite de cette extraversion de l’institution par la constitution d’un espace public remarquable et privilégié par la proximité de la Scarpe. Ainsi nous trouvons comme dispositif urbain représenté sur le plan masse : Par l’agencement de ses masses bâties le Palais de justice apparaît comme un objet autonome vis-à-vis du tissu résidentiel qui l’entoure. Son respect de l’alignement et des gabarits environnants poursuit la formation du quai tel que Auguste Bertin l’avait aménagé à la fin du 19ème siècle. Par son inscription, le nouveau Palais de justice, est tout à la fois singulier comme expression de l’autorité qu’il représente et respectueux de l’échelle du tissu environnant. Par son expression, le nouveau Palais de justice affirme tout à la fois sa singularité et son intégration dans le quartier. Il est revêtu d’une céramique blanche (terre cuite émaillée). Ce matériau traditionnel est ici utilisé dans une facture contemporaine et contribue à instaurer un dialogue, une résonance avec les bâtiments environnants construits en brique. Un deuxième enjeu : la représentation de la symbolique judiciaire Les Palais de justice construits depuis le milieu du XXème siècle se démarquent par l’abandon du répertoire architectonique et de ces silhouettes typiques à colonnes et fronton auxquelles la justice était associée dans la cité. Cette représentation aujourd’hui révolue représentait la répression et la sanction. Il s’agit aujourd’hui à travers la construction de ce nouveau Palais de justice de : Il s’agit d’exprimer le Palais de justice tout à la fois comme le lieu de l’autorité et comme le lieu de la médiation. C’est dans l’expression de cette dualité que le projet trouve son fondement. C’est par l’identification de ces deux temps de la pratique de la justice que la visibilité du rôle du juge prend tout son sens. Le juge n’est plus seulement celui qui tranche un conflit selon des règles particulières. Il devient acteur de la régulation sociale, de la prévention. Le projet présente cette dualité dans l’agencement de ses masses bâties, dans une gémellité volumétrique. D’un côté, côté canal nous trouvons les salles d’audiences, temples du droit. De l’autre côté, côté ville nous trouvons les bureaux, lieux de la prévention et de la médiation. L’espace des salles d’audience est un espace dense, plein, profond et digne. Lieu où les tensions de la vie (sociale) s’apaisent mais ne se dissolvent pas, remplissent l’espace mais sont mises en apesanteur par l’ordre (la justice). L’espace des bureaux des différentes juridictions est le lieu de la parole, des échanges. Il s’exprime à travers une échelle moins solennelle plus proche du justiciable. La justice devient pacificatrice et régulatrice de désordre social. Nous avons matérialisé la complémentarité programmatique et institutionnelle des Salles d’audience et des bureaux par l’expression architecturale suivante : Cette complémentarité se décline par la constitution et la réversibilité de l’enveloppe de chacun de ces corps de bâtiments (cf plan schéma). Nous avons choisi d’utiliser la céramique blanche pour affirmer tout à la fois la singularité et l’intégration du Palais de justice dans le quartier construit majoritairement en brique. Coté quai Bertin, le corps de bâtiments des audiences est revêtu d’un parement de céramique blanche qui remplit la fonction de brise-soleil (ajourée à 50%). Ce dispositif est utilisé pour offrir une lumière apaisante toute au long de l’année et exprimer la nature pacificatrice de la justice : le citoyen se met à l’abri de la loi. Le long du quai Bertin le Palais de justice s’ouvre largement. La salle de Pas Perdus prolonge sur toute la largeur de la parcelle le quai puis le parvis pour développer un espace déambulatoire lumineux où les vues sur l’extérieur donne beaucoup d’agrément à cet espace d’accueil, d’information et de rencontre. Cette façade est orientée à l’est, c’est pourquoi nous avons prévu un vitrage à faible émissivité et sérigraphié comme protection solaire complémentaire à l’effet de masque généré par les frondaisons des arbres à hautes tiges existants le long du quai Bertin. Coté ville, le corps de bâtiments des bureaux est également revêtu d’un parement de céramique blanche mais cette fois-ci en retrait de la façade. Sur trois côtés, à l’ouest, au sud et au nord les façades des bureaux développent une double façade ventilée pour répondre aux objectifs suivants : La céramique est ici utilisée pour ses qualités thermiques tout en préservant une homogénéité de coloration entre les deux corps de bâtiments. Un troisième enjeu : l’adaptation du fonctionnement de la justice aux changements de la société Révolution des outils de communication et des usages. La transposition en matière d’architecture de cette ouverture au monde, en s’appuyant sur des textes fondateurs comme la Convention européenne des droits de l’homme, la Déclaration universelle du 10 décembre 1948, est l’occasion pour nous de casser les codes habituels d’aménagement de l’espace judiciaire. Ce parti pris vient enrichir et croiser l’inscription urbaine du projet dans le quartier environnant. Nous avons matérialisé ces intentions : Il s’agit pour le nouveau Palais de justice de Douai de proposer un dispositif architectural remarquable pour sa capacité exprimer la nature pacificatrice de la justice, à s’intégrer localement tout en ayant une résonance à l’échelle internationale véritable HUB du droit. Lire également notre article 'Les bonnes œuvres de Anne Demians' et consulter notre album-photo 'L'indicible atmosphère de l'architecture de Anne Demains' |
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