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Wang Shu préconise le 'slow build' dans une Chine effrénée

© Cyberarchi 2018

Le "Prix international d'architecture durable", dédié à une démarche en faveur du développement durable, a été lancé en avril dernier par la Cité de l'Architecture et l'Epamsa*. Cinq architectes, connus pour leur engagement dans ce type de démarche, ont été sélectionnés. Présentation ici (texte et images) du Chinois Wang Shu.

 
 
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Wang Shu, né en 1963 à Hangzhou en Chine du Sud, a fondé en 1997 dans sa ville son agence, "Amateur Architecture Studio" avec sa femme Lu Wenyu. Un tel titre n'est pas neutre : Wang Shu appartient à l'escouade de jeunes architectes chinois qui s'émancipent de ces énormes agences publiques d'architecture héritées de l'époque communiste et qui monopolisent toujours la production. Mais les temps changent. De jeunes architectes, souvent formés aux Etats-Unis, s'inscrivent en contre et créent des agences "à l'occidentale" pour affirmer une nouvelle pratique, inventive et critique, de l'architecte. Ouverts aux échanges, ils animent en Chine un débat indépendant, stimulant et forment une génération "dont on peut tout attendre", selon la belle expression de Frédéric Edelmann.

Le Musée d'Art de Ningbo, superbe démonstration d'architecture contemporaine dans une ville en chantier, la maison de la Céramique, aux lignes "miesiennes", sont pareillement construits avec ce que Wang Shu aime préserver d'une architecture traditionnelle, des matériaux familiers et précieux, remis en oeuvre avec soin. La présence de la matière est profondément émouvante, la proposition esthétique est puissante car Wang Shu est aussi un grand scénographe qui sait poser une architecture sur son socle, orchestrer les relations avec le paysage. Son installation à la Biennale de Venise 2006, un champ de tuiles, récupérées dans les démolitions de Hangzhou, était l'un des grands moments de cette session.

Partout ailleurs dans le monde, un architecte peut ainsi rendre hommage au passé mais dans la Chine contemporaine, il ne faut pas sous-estimer la charge critique d'une telle démarche. Wang Shu, qui est aussi théoricien, plaide dans son pays pour le 'slow build', une course au progrès qui ralentisse pour que l'urbanisation soit plus attentive aux populations, pour qu'une culture qui recèle des trésors d'art de vivre ait le temps "d'infuser" dans le projet. "J'étais écrivain avant de devenir architecte et l'architecture n'est qu'une part de mon travail. Pour ma part, l'humanité est plus importante que l'architecture, et l'artisanat plus important que la technologie".

La sérénité de cette position est d'autant plus convaincante qu'elle s'exprime par une architecture qui évite toute facilité dans sa propre rhétorique. Ces matériaux anciens qu'on pourrait sur-représenter sont mis en oeuvre avec sobriété, dans le respect des savoir-faire. Le propos pourrait être bavard, il est médité. D'un acte profondément critique surgit la poésie.

Wang Shu dirige le département de l'école nationale des Beaux-Arts de Hangzhou. Parmi ses oeuvres, le nouveau campus de cette école, le musée d'Art contemporain de Ningbo, des maisons en terre à Hangzhou et Ningbo, une bibliothèque à Suzhou. Il construit, actuellement 5 tours de 100 m de haut à Hangzhou où il superpose des maisons à cour traditionnelle sur deux niveaux.

Son travail a été présenté dans plusieurs expositions en Europe (NAI à Rotterdam, Congrès de l'UIA à Istanbul en 2005, "Alors la Chine ?" à Beaubourg en 2003...).
Il a publié The Beginning of Design en 2002.

M.H. Contal

Consulter également notre album-photo ' Wang Shu construit sur des champs de tuiles'

* Etablissement public d'aménagement du Mantois Seine-aval


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