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Voyage au passé, Renzo Piano, architecte du XXe siècle

© Cyberarchi 2019

Bordeaux, jeudi 18 février 2010, 18h00. La nef d'Arc en Rêve est 'archi' comble. Dans le cadre des grandes conférences d'architecture et parallèlement à l'exposition 'Répons'*, Renzo Piano présente quatre décennies de réalisations. Le célèbre architecte, homme de mots, se prête à l'exercice en usant d'un verbe raffiné. Compte-rendu.

 
 
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"Pourquoi Renzo Piano? Ca n'a pas besoin de s'expliquer". Ainsi François Barré, président d'Arc-en-Rêve, inaugure-t-il cette rare occasion d'entendre le célèbre architecte génois s'exprimer publiquement.

"L'art de la désobéissance est une ruse de l'intelligence et de l'affectivité. Il témoigne d'une alchimie extraordinaire entre la maîtrise d'ouvrage et l'architecte". D'un ouvrage publié il y a huit ans, La Désobéissance de l'Architecte, l'orateur opère un rebond et de justifier en conséquence l'intitulé de l'exposition, 'Répons'*. Emprunté au compositeur Pierre Boulez, le terme choisi est une manière de souligner l'architecture en tant qu'oeuvre chorale. "La désobéissance est une manière d'écouter et d'entendre en renvoyant à la maîtrise d'ouvrage un miroir", précise François Barré en guise de propos liminaire.

L'audience est calme, recueillie. Soudain, Renzo Piano se lève du premier rang sous une salve d'applaudissements.

"C'était bien de passer rapidement des images... Cela aide à comprendre ce qu'est une carrière", débute l'architecte, un temps spectateur de son oeuvre. Il invite alors son auditoire à refaire le parcours iconographique.

Diaporama rembobiné, la première image, une photographie ancienne, en noir et blanc, s'expose, géante. Un cargo, des grues : "Gênes, une ville de mer dont le port est resté dans mon coeur", confie Renzo Piano. L'emploi du passé détonne. Le ton est dès lors à la rétrospection et décline toute actualité du propos... Et pourtant. L'image éveille alors les souvenirs d'une enfance ligure aux côtés d'un père artisan de la reconstruction d'après-guerre, une époque dont il retient la philosophie de faire toujours plus avec le moins de matière.

De Gênes, Renzo Piano embarque pour Paris. Filant la métaphore, Beaubourg est présenté sous les atours d'un paquebot urbain. "L'idée était de construire quelque chose qui appartient aux gens. Il n'était pas question d'intimider mais d'éveiller la curiosité". Renzo Piano saisit l'occasion pour ouvrir une parenthèse et donner sa définition de l'architecture comme un art de frontière mais aussi comme un art contaminé suggérant les influences multiples dont l'architecte doit être le réceptacle.

A l'écran, un cracheur de feu sur la piazzetta Beaubourg. "La foule, les gens, le rapport à la ville ; sans cet aspect, l'architecture plonge dans le plaisir formel", indique Renzo Piano. La critique est implicite, l'architecture dépourvue d'attaches sociales s'appauvrit d'autant plus qu'elle s'épanche dans un formalisme gratuit. "La beauté n'est pas dans la forme mais dans la légèreté", ajoutera plus tard l'architecte.

Les diapositives se mélangent, l'ordre n'est plus apparent. Le tracas informatique déconcerte mais l'architecte, perdant ainsi le fil chronologique de sa présentation, poursuit sans ambages. L'exposé s'émancipe du temps, atténuant le propos d'une rétrospective anthume, pour emprunter les voies d'un voyage dans l'espace.

D'Italie au Japon, d'Allemagne en Nouvelle Calédonie, les réalisations se succèdent. Le stade de Bari se résume en une volonté de défier la gravité, l'aéroport d'Osaka comme la capacité de bouger, d'être flexible, l'auditorium de Rome comme un espace guidé par le son.

"Je suis convaincu qu'être architecte c'est avant tout pour construire des abris solides. Mais il n'y a pas uniquement en jeu la capacité de répondre à des besoins, il y a aussi celle de satisfaire des désirs", énonce Renzo Piano. L'architecture est une aventure éloignée de tout académisme. "Il faut un entêtement sublime pour que les choses se fassent", affirme-t-il.

La Potsdamerplatz s'affiche. Photographie nocturne et hivernale à l'appui, Renzo Piano rappelle que les chantiers sont également des aventures. La diapositive suivante étonne. Un plongeur dans l'eau glacée revient du fond où il réalisait quelques instants plus tôt les fondations du futur quartier berlinois. Renzo Piano dénonce alors un "priapisme médiatique [qui] pousse toujours à faire des choses plus extraordinaires".

Destination la Nouvelle Calédonie où les éléments naturels émeuvent l'architecte, comme au Japon où la terre bouge. En Suisse, le Musée Paul Klee, architecture de l'affection, surgit du paysage. Le site dévoile son génie. "Il faut toujours se promener. Nous n'avons rien fait à l'agence sans nous promener dans le but de voler l'esprit du lieu", précise Renzo Piano.

Outre-Atlantique, l'approche de l'architecture est plus urbaine. Le New York Times Building naît dans un orage. "J'étais le 11 septembre 2001 à New York. Le lendemain nous discutions de ce qu'il fallait faire. Nous ne voulions pas d'un bâtiment fermé. Au contraire, nous souhaitions jouer sur la transparence. New York est une ville hautement atmosphérique. Le bâtiment se devait d'être métamorphique. La transparence est beaucoup plus sûre que l'opacité", raconte-t-il.

Sur les bords du lac Michigan, Renzo Piano se montre plus encore à la poursuite de la transparente. Chicago est "un lieu d'inspiration 'merveilleuse'". Le faible accent de l'architecte italien trompe peut-être l'auditoire, mais la formulation n'est pas pour déplaire.

Après un bref détour par San Francisco, Renzo Piano achève son exposé sur les images de son agence. A travers les larges baies du workshop génois, la Méditerranée est omniprésente. "Elle nous appartient, c'est ce qui est miraculeux", dit-il. Apparaît alors l'ultime photographie : L'architecte sur un voilier. Pour lui de conclure : "C'est une mer qui est riche qui nous tient ensemble, cette photo pour vous prouver que je suis sincère".

Une nouvelle salve d'applaudissements remercie l'architecte. Moment rare, ce passionnant exposé laisse l'image étonnante d'un Renzo Piano sans actualité. L'avenir, riche de projets et de réflexions, s'efface au profit d'une vision rétrospective. L'événement adopte les atours d'un vibrant hommage, justifié, retraçant la carrière d'un architecte du XXe siècle, pourtant toujours en activité.

Jean-Philippe Hugron

Lire également notre article ''Répons' : une exposition moderato cantabile sur Renzo Piano' et consulter notre album-photos ''Répons' : L'architecture est une oeuvre chorale'.

* Pour en savoir plus, lire l'article sur l'exposition 'Renzo Piano Building Workshop - Répons', à l'Entrepôt, Bordeaux (33)

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