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Vous avez dit fractal?

© Cyberarchi 2019

La mutation de la métropole parisienne aux 10 millions d'habitants vers plus de qualité de vie, avec une accélération du développement économique et une meilleure gestion environnementale est-elle possible ? C'est ce que pense Alain Renk, architecte-urbaniste, et animateur de la structure de recherche urbaine Host.

 
 
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Alors que les déséquilibres augmentent, la capitale parisienne est confrontée à la méfiance persistante de ses partenaires naturels, communes périphériques et région Ile-de-France, envers toute idée conduisant vers la création d'un Grand Paris. L'histoire récente d'un Paris dominateur peut expliquer les réticences, mais les responsabilités politiques des partenaires pourront-elles longtemps s'abriter derrière le tabou du Grand Paris pour éviter une réflexion de fond ? Au-delà de la quasi sidération provoquée par l'effet Grand Paris se dissimule au moins deux a priori:
1. La modification des structures administratives de la Région Ile-de-France serait un préalable à la réalisation du Grand Paris. Or les rapports de forces politiques figent la situation.
2. La définition d'une échelle pertinente pour le Grand Paris (première couronne ou deuxième couronne?) serait un autre préalable. Cependant, l'enjeu posé par les limites n'a pas de solution politique aujourd'hui. Il existerait ainsi au moins deux raisons évidentes et suffisantes pour ranger le Grand Paris parmi les utopies.

Peut-on, pour autant, se satisfaire de la situation actuelle?

Un Grand Paris inventé par la société civile peut-il devancer l'organisation administrative? Puisque les représentants politiques ne comprennent pas l'urgence des populations et des entreprises à vivre dans une métropole délivrée d'une coupure aussi arbitraire que le périphérique, la prise en main par la société civile de son devenir est-elle si absurde ? Les internautes ont-ils attendu des modifications législatives pour télécharger ? Les communautés de communes elles-mêmes ont souvent commencé sur des bases informelles avant de préciser leur fonctionnement, et ceci en découplage total avec les divisions administratives établies. Une structure surplombante n'a plus, aujourd'hui, la capacité d'inventer des solutions définitives pour un sujet aussi complexe que l'espace d'une métropole. Quand bien même elle aurait cette lucidité extraordinaire, elle n'aurait pas les moyens d'imposer ses propositions. Le précédent schéma directeur de la région Ile-de-France, avec ses bonnes idées restées lettres mortes, l'illustre parfaitement. Pourtant, en passant d'une organisation pyramidale à une organisation plus horizontale, la société contemporaine a produit les moyens de dépasser ses propres contradictions. Le Grand Paris administratif existera un jour, non pas comme organisateur ou décideur tout-puissant, mais comme accélérateur et facilitateur du projet de coélaboration de la métropole, initié par ses habitants, et des structures de conceptions décentralisées.

Un Grand Paris à dimension évolutive est-il possible ? Poser la question de la taille de la métropole parisienne, c'est un peu comme poser la question de la taille de l'Europe à sa création. L'échelle de la métropole est multiple. C'est justement ce qui différencie une grande ville (structure urbaine déterminée) d'un système métropolitain (organisant des relations vivantes entre des territoires).

Vers le Grand Paris Fractal. Imaginons un instant que la frontière Paris banlieues disparaisse, non pas dans l'intégration des banlieues à un majestueux et unique Grand Paris, mais qu'à l'inverse la multiplicité inventive des banlieues rejoigne la ville historique, pour donner naissance à une nouvelle entité, constituée par exemple d'une quinzaine de quartiers métropolitains, organisés à partir des bassins de vie parcourus quotidiennement par les habitants. Certains quartiers métropolitains regrouperaient sans distinction communes de la première couronne et arrondissement parisien. D'autres seraient plus extérieurs et intégreraient des espaces de nature ou agricoles. L'autonomie ainsi organisée des nouveaux quartiers garantirait toute tentation de retour à un Grand Paris unitaire. L'évolution serait ainsi définitive vers une métropole fractale vivante et expérimentale, aux multiples facettes, constituées de l'identité différenciée des territoires. L'équilibre global de l'écosystème urbain sera lié à l'équilibre de chacune de ses parties. Ainsi, au sein de chaque quartier métropolitain, un atelier d'urbanisme aurait la mission d'inventer un futur urbain singulier, avec les élus, les habitants et les acteurs de l'aménagement public et privé, les programmistes, géographes, ingénieurs, sociologues, paysagistes, artistes, musiciens, philosophes, passants, skateurs et architectes... L'ensemble construisant par touches ce Grand Paris Fractal qui aurait le mérite de redistribuer les cartes. Nous pourrions ainsi construire le monde commun en jouant notre avenir sur l'intelligence collective et concrète du territoire.

Alain Renk
Dernier ouvrage paru: Construire la ville complexe? Editions JM Place.
© Libération. Jeudi 6 juillet 2006

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