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«Votez Metek»

© Cyberarchi 2019

Sarah Bitter et Nathalie Blaise, deux jeunes architectes parisiennes, forment une équipe «vieille» de 12 ans. Un parcours exigeant, une amitié qui résiste au temps, une «farouche» envie de construire, de l'ambition tapie derrière des cache-pots. Une saga contemporaine et architecturale, ou l'inverse.

 
 
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«Metek est une jeune agence d'architecture innovante basée à Paris et à New York». La première ligne du CV laisse pantois. Pour Metek, l'explication est simple : du grec meta : parmi, et oikos : les maisons ; Metek (métèque) signifie donc «l'étranger domicilié dans la ville» et correspond à la volonté d'aller vivre et découvrir «physiquement» les lieux.

Mais 'Jeune' ? 'Innovante' ? Il ne peut s'agir d'un seul manque de vocabulaire ? «Cette phrase est destinée au grand public car elle permet de nous distinguer de l'architecte traditionnel», assure Sarah Bitter, 33 ans, riant aux éclats. «C'est redondant car l'architecte doit être innovant», convient Nathalie Blaise, 34 ans, l'autre moitié de Metek, «mais cela nous permet d'annoncer la couleur ; si vous souhaitez la copie de la maison d'à côté, vous perdez votre temps avec nous. Avec nous vous allez prendre des risques». Ne s'agirait-il donc plutôt que d'un langage 'politiquement correct' apte à dissimuler (contenir ?) une véritable ambition ?

Voyons. Des risques certes, mais toute proportion gardée. De fait, les rires fusent facilement dans l'agence/atelier/maison niché sur une petite voie privée des hauteurs de Belleville à Paris. Mais le discours des deux jeunes femmes est loin de la galéjade. A l'image de cette 'maison' remarquable, et remarquée, au nom barbare 'Le projet MK/3-VA' (il s'agit en réalité de l'adresse du projet), à l'univers marqué de béton et d'acier qui dégage pourtant une chaleur et une sensation de confort non factices.

«Stratégie» est l'un de leurs mots clefs, «Envie» en est un autre. Quand elles rencontrent un client, elles lui demandent de se «livrer» et pour concevoir la «dramaturgie» que sera la mise en espace de sa façon de vivre, elles passent allègrement les bornes de «l'indiscrétion». Pourtant, «séduites assez tôt par le système anglo-saxon»(Nathalie), elles sont «très rationnelles» (Sarah). «Nous allons au bout des plans d'exécution», disent-elles, péremptoires.

C'est l'histoire de deux rencontres. La première sur les bancs de l'école d'architecture. Toutes deux viennent de zones pavillonnaires, classe moyenne, et ont partagé le même décor de «carton pâte», l'une à Toulouse, l'autre en banlieue parisienne. Elles se construisent ensemble au fil des études en travaillant, «in situ» donc, sur de grands projets urbains à Barcelone, Séville, Marseille avant de «s'échapper» de l'école d'archi de Versailles.

Sarah part faire ses gammes pour l'architecte Zvi Hecker à Berlin. De retour en France elle est en charge de l'appel d'offre d'un show room pour Peugeot (Atelier de la plage à Nice) puis travaille sur la phase projet de la mairie de Valbonne (Brante et Vollenweider). Elle s'installe à New York en 1999. Nathalie, qui a besoin de quelque chose de «concret» se spécialise dans la mise en oeuvre et le management de projet. Conducteur de travaux chez Campenon Bernard, elle s'occupe en particuliers de la gestion des interfaces maîtrise d'oeuvre / entreprises. Elle en garde le goût du contact avec les entreprises.

Un peu moins de cinq plus tard, elles sont toutes deux au rendez-vous. C'est la seconde rencontre. La phase 2 de la stratégie peut se mettre en place. Puisqu'il s'agit de «construire avant 30 ans», elles s'embarquent avec l'argent des amis et de la famille dans la construction de leur atelier de Belleville sur une toute petite parcelle, 57m² dont seulement 45m² au sol constructible. Elles affirment non seulement leur «volonté de s'inscrire dans la ville de façon contemporaine et de mettre en oeuvre une architecture ambitieuse (tiens, tiens !) dans un projet pourtant de modeste envergure», mais construisent au final une maison dont l'étage est loué et rembourse le crédit. «C'était stratégique, pour voir si l'endroit est vivable». Rires, évidemment. Il l'est, vivable, c'est du moins ce que racontent leurs locataires qui doivent accepter, dans le contrat de location, le principe d'un entretien serré... avant leur départ.

La petite maison au nom barbare est une réussite, publiée partout, de Libération à Madame Figaro en passant par AMC. Rien à redire sur la stratégie donc.

Encore que ! Les projets affluent certes, beaucoup sont sérieux, quelques-uns construits. Mais la France, où l'architecte n'existe que sur le terreau de la commande publique, se dérobe à leur esprit 'Anglo-saxon', où c'est le client privé et ses 'envies' d'architecture qui commande. Quelques NAJA plus tard, (elles ne sont pas primées) le constat, rationnel forcément, est sans appel pour cette «équipe vieille de 12 ans». «On s'aperçoit qu'il vaut mieux des concours perdus que des petites choses réalisées, pourtant de vraies commandes ; plus c'est grand, plus c'est reconnu», explique Sarah. Aucune amertume dans ces propos. «Nous avons une démarche très empirique, si on se casse les dents, on change de stratégie», assure Sarah, riant, encore, sans fausse pudeur. Va pour les concours donc.

N'empêche, les petits projets qui témoignent d'une 'envie', quels que soit le prix et la taille, ne sont pas boudés pour autant. Ainsi leur projet MK / 48-PA ne propose rien d'autre que de créer une terrasse de 20m² sur le toit d'un immeuble haussmannien en plein Paris tout en conservant la vue aérienne des toits de Paris, soit «créer un objet hybride qui soit la combinaison du toit en zinc d'origine et de son évolution possible». Des mots qui, cette fois encore, traduisent à peine l'audace de jeunes architectes qui se définissent pourtant comme 'ultra-raisonnables'.

En attendant les futures réalisations, petites ou grandes, leur maison atelier a été retenue pour participer à l'édition 2004 du Prix Grand public de l'Architecture parmi les cinq nominés d'Ile de France dans la catégorie Maison Individuelle. A ce jour, le projet MK/3-VA l'emporterait largement (consulter à ce sujet le site du ministère de la culture) puisqu'il recueille plus de 40% des suffrages. Comme deux précautions valent mieux qu'une, alors que le journaliste s'apprête à prendre congé, une injonction résonne dans les ruelles de Belleville : «Votez Metek !». La stratégie n'est jamais loin.

Christophe Leray

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