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Une tour audacieuse révèle la base sous-marine de La Rochelle (17)

© Cyberarchi 2019

Simon Clémencin (ENSA Paris Val-de-Seine) a choisi pour son PFE de proposer la réhabilitation de la base sous-marine de La Rochelle. Le jeune architecte a pris le parti de "rentrer en conflit avec ce monument pour le révéler, en assumant un geste architectural fort". Le résultat est un nouveau quartier spectaculaire à deux pas du centre ville. Découverte.

 
 
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La base sous-marine, construite pendant la Seconde guerre mondiale par les Nazis pour y stocker et y réparer leurs sous-marins (appelée U-bunker), est ancrée dans le quartier de La Pallice, quartier portuaire à l'ouest de La Rochelle. Elle profite d'un emplacement privilégié dans la ville, à seulement 2km du centre historique, directement sur la mer, face à l'Ile de Ré. Abandonnée dès la libération de La Rochelle (1945), elle s'est complètement fondue dans ce paysage. Ce patrimoine est devenu public car racheté par l'Etat mais demeure inaccessible car délégué au port autonome, situation plus que paradoxale. A l'image du quartier après la désindustrialisation, elle est devenue invisible, insignifiante aux yeux des gens du quartier mais aussi de ceux de La Rochelle.

Comment faire alors pour réhabiliter un monument de cette ampleur, lui redonner de l'importance au sein de la ville et du quartier, le faire redécouvrir à la population et surtout comment effacer son passé douloureux tout en conservant sa symbolique première pour finalement lui offrir une seconde vie ?

Après avoir étudié les reconversions faites dans les bases de Bordeaux, Saint-Nazaire ou Lorient, d'aucuns constatent que toutes ces interventions se sont faites à l'intérieur de celles-ci, en essayant de retranscrire les ambiances fortes dégagées par l'édifice, mais n'ont pas vraiment exploité tous les potentiels offerts par ces masses de béton. Bien que réhabilitées, les bases sous-marines demeurent le même objet mystérieux, ancré, étendu, sombre et surtout d'une horizontalité déconcertante dans leur contexte urbain.

Je me suis donc demandé, pour la base sous-marine de La Rochelle, s'il ne pouvait pas y avoir une autre solution que la simple intervention dans la base, surtout au vu des autres potentiels offerts par celle-ci, à savoir son squelette de béton, son toit, son environnement incroyable... S'il n'était pas possible de casser la douleur qu'elle suscite en conservant sa symbolique. Une autre hypothèse est alors survenue, celle de rentrer en conflit avec ce monument, pour le révéler en assumant un geste architectural fort.

Dans ce contexte, la base sous-marine s'est révélée sous trois angles fondamentaux : sa massivité, son opacité et surtout son horizontalité (192m pour seulement 19m de haut). Il fallait trouver le geste architectural fort et assumé, rentrant en conflit avec ces trois aspects...


La verticalité est alors apparue comme le geste architectural recherché, permettant de faire rentrer la base sous-marine dans une nouvelle ère, de la faire revivre aux yeux des Rochelais mais aussi au sein de la ville en tant que signal fort de celle-ci. En effet, la verticalité était l'opposé direct de la caractéristique première de la base sous-marine, son horizontalité. Cela permettait également de profiter d'un environnement exceptionnel en offrant des vues à 360 degrés sur tout le site et, finalement, de retrouver une typologie de phares comme le port de La Pallice en avait à son origine mais qui a été détruit. La base sous-marine pourrait alors reprendre de la valeur aux yeux des Rochelais mais aussi aux yeux de la ville en en devenant un signal fort.

Après avoir décidé de prendre de la hauteur par rapport à la base, il fallait trouver une forme architecturale définie surtout par son lien avec la base sous-marine existante mais aussi par un environnement fort, ou encore par les problèmes de vent dus à la position de celle-ci...


Le lien avec la base sous-marine est évidemment le problème central du projet et la tour a donc commencé à se dessiner doucement par rapport à celle-ci, à la manière dont la tour pouvait se raccrocher à la base, à sa portée symbolique, à la manière dont le toit pouvait être percé etc.

Les premiers essais partirent de cette idée que la tour devait véritablement émerger de la base sous marine, comme une pousse de bambou peut émerger du sol, de ce mouvement qui partirait du sol de la base pour s'en extraire, puis pour s'élever tout en perçant le toit de la base. Cette idée d'élévation, de percement, devait expliciter le fait de briser la douleur suscitée par la base sous-marine de par son histoire mais aussi de s'élever vers une nouvelle symbolique, une nouvelle histoire pour ces deux entités (tour + base) qui finalement n'en deviendront plus qu'une...

A partir de cette idée, la forme verticale s'est dessinée par rapport aux cheminements principaux de la base sous-marine d'axes Nord-Sud et Est-Ouest qui servaient aux acheminements de différentes marchandises ; c'était en fait des voies ferrées et le seul moyen de locomotion interne à la base. Pour créer une première esquisse de la tour, ces voies de communication ont été 'relevées' autour d'un noyau (escaliers de secours + ascenseurs) prenant place dans la largeur d'une alvéole (environ 15m). Puis la forme s'est affinée, ajustée par rapport aux contraintes programmatiques qu'elle accueille (un hôtel) mais aussi par rapport aux contraintes que posaient le vent qui peut être assez violent à certaines périodes. Au final, la forme de la tour est comme deux espèces de bras qui émergeraient de la base pour n'en former plus qu'un au sommet.

Pour que cette tour puisse véritablement émerger de la base sous-marine, il fallait évidemment percer le toit de celle-ci. Mais ce percement permet également d'amener de la lumière dans un bâtiment 'noir', lui donnant un caractère plus humain. Il donne aussi accès au toit de la base sous-marine sur lequel on peut découvrir l'environnement proche de celle-ci. Enfin, ce percement libère une partie des voiles de béton de la base sur lesquels viennent s'appuyer l'exosquelette de la tour (composé de poteaux d'environ 1m de diamètre). La tour peut dès lors exister techniquement.

Enfin s'est posée la question du programme qui allait intervenir dans le projet, à savoir à l'intérieur de la base sous-marine elle-même mais aussi dans la tour émergeant de celle-ci.

En ce qui concerne la base sous-marine, un centre de recherches et de développement nautique pour la course au large a rapidement trouvé sa place dans ses alvéoles. En effet, La Rochelle a toujours eu une tradition nautique très forte et développe aujourd'hui les nouvelles 'Formule 1' de la mer (branche du nautisme en plein essor et très pointue techniquement) mais manque, pour cela, cruellement d'infrastructures. La base sous-marine étant immergée sur les deux-tiers de son intérieur et d'une superficie exceptionnelle, elle se prête idéalement à ce type d'importantes infrastructures de développement.

Pour la partie émergente, à savoir la tour, un programme hôtelier de luxe (hôtel, spa, piscine, restaurants, bars...) y trouvera sa place. La Rochelle est une ville très touristique mais manquant d'hôtels haut de gamme. De plus, la base sous-marine jouit d'un environnement exceptionnel ajoutant un cachet particulier toujours apprécié dans ce type de programme. Enfin, la base sous-marine est située au bord de la mer, proche de l'Ile de Ré mais aussi du centre historique.

Un programme fera le lien entre ces deux entités, dans l'épaisseur du toit de la base (7.5m). Il sera constitué de deux salles de conférences (ou de représentations) pouvant accueillir chercheurs ou touristes ainsi que divers autres programmes comme des salles de séminaires, bureaux, réunions, cafés...

Le projet n'a pris place que dans une partie de la base sous-marine car, comme son environnement, la base sous-marine se devait de rester un lieu en mutation, laissant la possibilité à la ville de La Rochelle de venir se rattacher à celle-ci, au quartier de l'apprivoiser. Il fallait laisser la place à l'incertitude, ne pas figer le lieu pour que ce monstre de béton puisse évoluer au fil du temps...

Simon Clémencin

Consulter également l'album-photos 'Réhabilitation de la base sous-marine de La Rochelle (17)'.

Une tour audacieuse révèle la base sous-marine de La Rochelle (17)
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Une tour audacieuse révèle la base sous-marine de La Rochelle (17)
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