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Une salle de danse «merveilleuse»

© Cyberarchi 2020

La réhabilitation du centre social et culturel de la Benauge (Bordeaux) est un exemple parfait de l'étroite collaboration entre un architecte, Jean-François Escande, et un acousticien, Didier Blanchard. Le travail sur la nouvelle salle de danse a permis de répondre tant aux exigences architecturales qu'acoustiques du projet.

 
 
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L'architecte Jean-François Escande (Escande société d'Architecture) a remporté en 2001 le concours de restructuration du centre social de la Benauge, dans un quartier un peu isolé de Bordeaux. «La mairie de Bordeaux voulait restructurer ce centre qui avait cristallisé les tensions de la population», précise Jean-François Escande. En effet le bâtiment, recouvert de tags, était le symbole d'un important conflit générationnel qui divisait le quartier. La mission de l'architecte : «effectuer un véritable travail de transmutation du bâtiment pour reconquérir le territoire et pacifier les tensions».

Ce bâtiment de 1.200m² regroupait une salle polyvalente, un foyer pour les jeunes et une salle de musique. Le tout sur deux niveaux dont le premier est semi-enterré. L'ambitieux projet de la mairie s'est articulé autour de la création d'une salle de danse destinée à rapprocher les différents publics et les différentes générations autour d'une même activité. Jean-François Escande a donc réalisé en extension cette salle de danse ainsi qu'une entrée de plain-pied, pour faciliter l'accès aux personnes âgées.

«Lors de la sélection, nous étions la seule équipe à inclure un acousticien, la première fois que je faisais appel à cette profession», se souvient l'architecte qui convient ne pas avoir auparavant «les compétences requises» en acoustique. C'est ainsi que l'acousticien Didier Blanchard, de Synesthésie Acoustique, fut associé dès les premières phases de diagnostic et de conception à la réflexion globale sur l'acoustique du projet. «Avant même les premières esquisses, nous avons travaillé ensemble afin d'associer exigences architecturales et performances acoustiques», explique Jean-François Escande. «De plus, le choix des matériaux devaient répondre à la contingence financière d'un budget de 1,4 millions d'euros».

La salle de danse devant également servir de lieu de répétition pour les danseurs professionnels de l'Opéra de Bordeaux, il fallait donc assurer aussi bien la qualité acoustique que l'insonorisation tout en gardant les bruits d'impact que les danseurs recherchent lorsqu'ils sautent. «C'est un savant équilibre», remarque l'architecte.

Les murs et le plafond de la salle de danse ont donc été recouverts de panneaux de plâtre perforés, posés sur un complexe de laine, des matériaux qui assurent une grande absorption des ondes sonores. De fait, l'acousticien a porté un soin tout particulier au calepinage de ces panneaux, les alternant avec des plaques pleines. Cette juxtaposition hasardeuse donne un «réel dynamisme et une esthétique très forte à la salle», s'enthousiasme l'architecte.

Autre contrainte, la volonté de l'architecte de mettre en oeuvre une grande façade en verre à la place des murs de la salle, afin de «créer une légèreté dans cette grande boîte que constitue le centre social». Une velléité remise en cause par Didier Blanchard car, le verre assurant une trop grande réverbération, la qualité sonore aurait été mise à mal. Au final, l'architecte et l'acousticien ont opté pour une façade de verre de 2m de haut sur un seul pan de mur, façade constituée d'une double paroi de vitres acoustiques totalement indépendantes l'une de l'autre avec un vide de 15cm les séparant. «On réduit ainsi à néant les bruits de la rue sur laquelle donnait la verrière», explique Jean-François Escande. Enfin, des lamelles en bois exotiques ont été placées sur la vitre intérieure selon un angle étudié pour disperser l'onde sonore et éviter le phénomène dit de «l'écho flottant». La pose de ces persiennes a permis de placer la vitre en face du miroir filant de 18m de long et de 2,70m de large.

Enfin, l'architecte et l'acousticien ont joué sur les volumes des différentes salles, un travail, précise Jean-François Escande, qui combine des volumes en équilibre instable «à l'image de l'équilibre sociale qui règne dans le quartier». C'est ainsi que la salle de danse de 170m² a été conçue avec une hauteur sous plafond de cinq mètres, une dimension nécessaire à la bonne qualité acoustique. «Il y a donc une véritable influence de l'acousticien sur la conception», reconnaît volontiers l'architecte.

Même si la salle de danse a été l'objet de toutes les attentions, elle n'a pas été la seule pièce où l'acousticien est intervenu. Celui-ci a travaillé sur l'ensemble du projet, contrôlant et assurant l'isolation et la qualité acoustique de chaque lieu en fonction de l'activité qui s'y déroule et de sa position géographique. L'isolation phonique entre les différentes salles a ainsi été assurée par un ajout de dalles en béton. Celles-ci ne sont pas directement en contact avec les planchers, ce qui permet de diminuer la propagation du bruit. Enfin, une couche d'Assour a été placée pour absorber les ondes sonores. «Le niveau de performance acoustique à atteindre est dicté par l'usage», note l'architecte. La salle de musique a notamment bénéficié d'un système d'isolation phonique efficace, la «boîte dans la boîte», où le vide sépare les murs entre eux.

A en croire les retours positifs lors de sa livraison en 2003, la nouvelle architecture du centre social est une réussite. «C'est une oeuvre utile car le quartier s'est pacifié, les personnes âgées ont pu se réapproprier les lieux aux côtés des plus jeunes», se réjouit Jean-François Escande. Du côté des danseurs professionnels, ces derniers ont qualifié la salle de danse de «merveilleuse», une réflexion qui souligne l'intérêt de la collaboration entre un architecte et un acousticien.

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