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Une réforme en questions

© Cyberarchi 2019

Dix questions ouvertes au ministère de la Culture à propos de la réforme de l'enseignement de l'architecture. Une tribune signée par les étudiants élus au conseil d'administration de l'Ecole d'architecture de Paris La Villette.

 
 
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Une partie des écoles d'architecture de France est inquiète ; résultat d'une réforme de l'enseignement dont certaines propositions sont longtemps restées floues.
Nous aimerions préciser par avance que nous sommes conscients de la nécessité d'une réforme de l'enseignement d'architecture en France et de ses enjeux.
Il nous parait en effet nécessaire d'instaurer une lisibilité des diplômes en Europe ainsi que de permettre aux écoles d'architecture d'intégrer l'enseignement supérieur, la création d'un doctorat en étant le symbole. Par ailleurs, nous nous félicitons de la volonté prise par le ministère de ne pas créer de véritable licence d'exercice.
La plupart de ces points découlent d'ailleurs d'une volonté commune exprimée à Bologne par tous les gouvernements européens.

Nous nous proposons d'exposer ici ces inquiétudes ainsi que quelques questions y ayant trait :

2) Plusieurs professions (ingénieurs, maîtres d'oeuvre) pratiquent ou prétendent pratiquer la maîtrise d'oeuvre. Qu'en est-il de cette notion ? Pourquoi avez-vous pensé opportun de reprendre une notion apparemment floue ? Pourquoi les architectes seraient-ils les seuls à devoir obtenir une capacité ou une habilitation à la maîtrise d'oeuvre ?

3) Vous affichez votre volonté de ne pas céder aux exigences des professionnels réclamant la mise en place d'une licence d'exercice qui leur permettrait de contrôler l'accès à la commande. Pourquoi dès lors avoir choisi de dissocier le diplôme d'architecte de la capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre ; dissociation qui ouvre la porte, en cas de changement politique, à la mise en place d'une licence d'exercice effective ?

4) Pourquoi avez-vous préféré attribuer un diplôme d'architecte conférant le grade de Master au terme de la cinquième année d'étude, au risque de créer un sous diplôme d'architecte et non un Master ? Ce titre ne risque t-il pas de pérenniser la situation de ces jeunes diplômés comme dessinateurs qualifiés des agences privées, voire à stabiliser et institutionnaliser le statut de sous traitants des architectes dépourvus de commande directe ?

5) Cette disposition ne va-t-elle pas dans le sens d'un article récemment paru dans Die Zeit ainsi que dans le Courrier international du 28 avril, qui dénonce ces entreprises préférant n'embaucher que des stagiaires au détriment des véritables diplômés ?

6) Pourquoi le projet d'arrêté accompagnant le projet de décret parle-t-il «d'habilitation à exercer en propre la maîtrise d'oeuvre», alors que le décret parle de «capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre» ?

7) Le diplôme DPLG correspondait à la polyvalence du métier d'architecte permettant une grande diversification des métiers pouvant s'exercer en parallèle ou en alternance. Pourquoi vous a-t-il semblé nécessaire de le supprimer ?

8) Pourquoi avoir choisi de réduire les études proprement dites à 5 ans au risque de diminuer le volume d'heures consacrées aux disciplines dites «pour l'architecture» et ainsi de réduire de façon très importante le Travail Personnel de Fin d'Etude (TPFE), qui permettait à l'étudiant de manifester sa capacité d'autonomie dans le travail de projetation, par un Projet de Fin d'Etude (PFE) dont l'ampleur sera nécessairement réduite ?

9) Lors de notre entrevue du 19/04/05 (entre les étudiants de Paris-La Villette et messieurs Derey, Zuretti et Kjnop), vos représentants ont admis que l'un des buts poursuivis par cette réforme était de réduire le nombre d'architectes en France, en ne «lâchant pas dans la nature des hordes d'étudiants incapables de travail sérieux» (sic). Les limites dans les temps (voire l'âge) afin de passer ses diplômes vont dans ce sens, de même que la multiplication des étapes intermédiaires et des phases de la formation. Or la circulaire du 30/06/04 relative à la mise en oeuvre de la réforme précise que son premier élément fondateur repose «sur le constat d'un déficit d'architectes dans notre pays et d'un insuffisant recours aux compétences qui leurs sont propres», cependant que le rapport Dauge va jusqu'à s'interroger sur «l'avenir d'une profession qui enregistre une telle hémorragie de jeunes diplômés, au risque de compromettre son renouvellement démographique».
N'y a-t-il pas contradiction entre ces constats et la création d'un nouveau palier sélectif pour pouvoir devenir architecte au sens complet du terme?

10) Enfin, il semble que cette réforme modifie le rôle de l'étudiant lui même dans la société. Elle le place dans une situation d'adaptation conjoncturelle à une profession en crise plutôt que de permettre aux écoles de mettre en place une réflexion critique à même de transformer la vision de l'architecte.
Etre un bon professionnel s'acquiert en pratiquant la profession, l'étudiant doit, lui, être préparé à s'y confronter. Ne confondons-nous pas aujourd'hui études et profession, formation initiale et formation continue ?
Pourquoi dès lors valider le dernier échelon d'un cursus universitaire par une évaluation professionnelle d'aptitudes purement techniques ?


Les étudiants élus au conseil d'administration de l'EAPLV

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