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Une profession assaillie de toutes parts

© Cyberarchi 2020

C'est sous le signe de l'inquiétude face à une évolution programmée de la profession, aussi profonde qu'inéluctable, que s'est tenu le 35ème Congrès de l'UNSFA à Nancy (54). La place de l'architecture aujourd'hui, thème de ce congrès, a permis de se demander quelle place aura l'architecte demain.

 
 
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C'est dans un vieux fort d'allure martiale, isolé en pleine cambrousse, que les architectes de l'UNSFA (Union nationale des syndicats français d'architecture) se sont retrouvés pour la soirée de gala de leur Congrès annuel, le 35ème, qui s'est déroulé le 30 septembre et les 1er er 2 octobre 2004 à Nancy (54). Le thème de ce congrès était 'la place de l'architecture aujourd'hui', un jeu de mot en rapport avec la magnifique Place Stanislas, en cours de rénovation d'ailleurs, sise au coeur de la capitale lorraine. C'est pourtant bien l'image d'une profession retranchée dans un fort Alamo, encore trop souvent éloignée des demandes et besoins de la ville et soumises à tous les assauts, qui se dégage de ce congrès tant l'inquiétude des architectes y était palpable.

«Profession sinistrée», «notre profession est plus mal que jamais», «nous allons être anéantis et/ou disparaître», «j'avais un beau projet, on me l'a démonté», «l'architecte est marginalisé», «si les architectes ne jouent pas collectifs, on ne pourra pas se défendre», «ce sont les architectes qui sont toujours (ou presque) sanctionnés pour non-conformité quand 95% des malfaçons sont liées à la mise en oeuvre», etc. sont autant de choses entendues, souvent, durant ces trois jours.

Et même quand André Rossinot, maire (UMP) de Nancy, s'attache à leur faire part de toute sa sympathie, ce n'est pas sans une nuance d'ironie et, en creux, une critique. «Tout le monde vous aime. Les maires des grandes villes vous aiment ; le gouvernement, c'est une autre affaire», dit-il. Avant d'ajouter, comme si cela ne coulait pas de source : «Votre profession a une responsabilité sociétale, il faut donc un esprit de partenariat, d'écoute et d'ouverture sur la société». La société écoute-elle les architectes ? Les malentendus vont en effet dans les deux sens. Ainsi l'Est républicain, le quotidien local, parlait dans ses colonnes, le lendemain du discours du maire, d'un Congrès de l'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) (sic), ce qui n'a vraiment rien à voir. Coquille ou ignorance, peu importe. Ce fut l'une des rares mentions, si ce n'est la seule, du congrès des architectes dans la presse locale. Et nationale d'ailleurs.

La liste des ateliers est d'ailleurs singulièrement représentative des menaces qui planent au-dessus de la tête des architectes. «Nos confrères doivent comprendre que la maîtrise d'oeuvre va prendre à l'avenir des formes nouvelles auxquelles les architectes sont peu habitués», explique ainsi Gilbert Ramuz, président de la commission juridique. Furent en effet débattus au congrès, entre autres, la formation des architectes au travers de la formation continue et de la réforme LMD, la réforme du permis de construire, les partenariats public-privé (PPP), les nouvelles pratiques numériques, les nouveaux critères de sélection des architectes, etc.

Autant de sujets d'inquiétude donc. Et des réformes qui transforment radicalement la façon de travailler et de se former sur lesquelles pourtant les architectes n'ont en définitive que peu pesé. Le mot 'architecte' lui-même risque d'ailleurs d'être bientôt source d'ambiguïté puisque, à l'issue de la réforme de l'enseignement d'ores et déjà engagée dans certaines écoles, dont celle de Nancy, les étudiants, au terme de cinq années d'études, seront «architectes diplômés d'Etat» ainsi que l'a assuré Ann-José Arlot, Directrice, chargée de l´architecture, adjointe au Directeur de l´architecture et du patrimoine, durant les débats.

Significative à cet égard est la scénographie choisie pour illustrer ce congrès. En effet l'accès à la salle 'impériale' où se tenaient les ateliers en assemblée générale était balisé par des échafaudages et des panneaux indiquant 'Attention chantier', 'casque obligatoire', etc. Le but était de rappeler, comme l'a d'ailleurs redit clairement l'un des cadres de l'UNSFA, qu'en France au moins, derrière le mot 'Architecte' il y a un acte de construire et que la connivence entre les maîtres d'oeuvre et les entreprises existe de fait. Mais le décor pouvait aussi bien signifier qu'un gros chantier de rénovation était en cours - le congrès avait lieu sous les ors du magnifique et grandiloquent hôtel de ville de Nancy - et qu'il n'en était qu'à la première phase de mise en oeuvre.

Pour être mené à bien, ce chantier nécessite l'union de toutes les forces disponibles, ce que, depuis fin 2003 et la rédaction du Livre blanc des architectes, les organisations professionnelles ont tenté d'achever. Mais il ne fut que de constater les différences d'opinion et de méthodes, sur le fond, exprimées par l'UNSFA d'une part et Jean-François Susini, président du Conseil national de l'Ordre des architectes (CNOA) d'autre part lors du débat concernant les PPP, d'entendre les piques adressées ici ou là à «l'autre syndicat», ou plus simplement de relever que le recours devant le Conseil d'Etat contre l'ordonnance créant les PPP a été déposé le 11 août dernier par la seule UNSFA, pour s'apercevoir à quelle point cette union est fragile.

«Nous avons besoin d'un véritable accord sur les objectifs», déclarait en souriant Jean-Marc Zuretti, architecte conseiller de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, en ouvrant l'atelier sur la formation. Le sourire du bourreau à sa victime ?

Lire également nos articles 'L'UNSFA tient à l'architecte maître d'oeuvre, la DAPA impose l'architecte générique' et 'Les architectes n'ont pas grand-chose à attendre de la réforme du permis de construire'.

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