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Une poignée de porte qui sauve des vies haut la main

© Cyberarchi 2020

L'innovation sans doute la plus formidable du salon Batimat est une poignée - bizarrement appelée béquille - qui permet d'ouvrir une porte avec l'avant-bras. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que l'invention de la société Cyclope (Hall 7.2, Stand J2) ne propose rien moins que la première solution de rupture physique de la chaîne de contamination manu-portée. De quoi sauver des milliers de vies humaines, rien qu'en France.

 
 
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"Au lieu de s'ingénier à tuer les microbes dans les plaies, ne serait-il pas plus raisonnable de ne pas en produire ?" Julien Jonchère (33 ans), directeur commercial de Cyclope, et le designer Richard Houis (35 ans), ni l'un ni l'autre issus du milieu médical, n'ont pas tout à fait résolu le problème posé par Louis Pasteur à la fin du XIXème siècle. Mais, en transformant l'équation en "ne serait-il pas plus raisonnable de ne pas les attraper et de ne pas les transmettre ?", ils ont en 2005 - c'est dire la difficulté du challenge - enfin trouvé une solution.

Leur invention ne paye pas de mine et pourtant. Médaille de bronze du concours de l'innovation dans la catégorie 'menuiserie, fermetures, protection solaire', son libellé officiel - "béquille à double cambrure en propylène pharmacopée, adaptable à toutes les huisseries, permettant d'ouvrir et de fermer une porte en utilisant l'avant-bras" - ne dit rien de l'importance de l'enjeu. Lequel n'est rien moins que la réduction de la diffusion des maladies nosocomiales dont la star funeste - le staphylocoque doré - est un assassin de première classe.


Il s'agit d'une poignée de porte donc. Mais reprenons. Selon le comité des ministres du Conseil de l'Europe (25 octobre 1984), "on appelle infection nosocomiale ou infection hospitalière toute maladie contractée à l'hôpital, due à des micro-organismes cliniquement et/ou microbiologiquement reconnaissables qui affectent soit le malade, du fait de son admission à l'hôpital ou des soins qu'il a reçu en tant que patient hospitalisé ou en traitement ambulatoire, soit le personnel hospitalier du fait de son activité, que les symptômes de la maladie apparaissent ou non pendant que l'intéressé se trouve à l'hôpital". Une infection est dite nosocomiale si elle était absente à l'admission à l'hôpital ; en clair, vous venez à l'hôpital pour un ongle incarné et vous en repartez avec la grippe. Encore s'agit-il là d'une infection nosocomiale - qui concerne chaque année en France plus de 800.000 personnes - bénigne. En effet, le site infirmiers.com estime qu'en France, la mortalité par infections nosocomiales serait comprise entre 10.000 et 20.000 décès par an. La cause du décès étant difficile à établir en cas d'infection de ce type, le chiffre minimum accepté par le ministère de la Santé est donc de 4.000 décès. Sauf que ce type d'infection est redoutable ; si elle ne vous tue pas, elle peut vous laisser infirme à vie. Libre à chacun d'estimer le coût monumental, personnel et sociétal, de ces infections. Mais revenons à notre poignée de porte.

Selon l'institut national de veille sanitaire, la transmission manu-portée (c'est-à-dire effectuée par la main), est responsable de 80% des maladies nosocomiales, mais aussi des intoxications alimentaires et autres épidémies contractées dans les lieux publics. Tout simplement car la main est une zone humide qui retient les microbes et leur offre un environnement de survie adéquat. C'est la raison toute simple pour laquelle il faut se laver les mains avant de manger et pour laquelle le docteur se lave les mains avant de vous examiner. Sauf que, même récurées à l'eau de javel, dès qu'elle va se poser sur une poignée de porte, pour sortir des toilettes par exemple, la main aura récupéré les microbes déposés par un 'client' (pour simplifier) précédent moins consciencieux. L'avant bras, en revanche, est une zone sèche qui ne retient pas les microbes. D'où l'idée d'une poignée de porte à ouvrir avec l'avant bras. "Notre poignée Cytips établit donc une rupture physique dans la chaîne de contamination", se félicite Julien Jonchère. "De plus, pour en revenir à l'hôpital, les infirmier(e)s n'effectuent pas les soins avec l'avant-bras", dit-il.

Il a fallu que ces deux jeunes gens soient convaincus pour passer de l'idée à la réalisation. Il leur a ensuite fallu convaincre pour pouvoir tester leur poignée. Ce fut fait avec la collaboration de l'équipe du service des maladies infectieuses de St Germain en Laye (15 chambres, 40 portes) sous le contrôle du Docteur Séguier. C'est avec les professionnels concernés donc que furent effectués les réglages - (Comment ouvrir avec l'avant-bras quand les bras sont chargés ? A quelle hauteur ? Etc.). C'est ainsi que l'idée de réglage de trois niveaux de hauteur est née, qu'un système de retrait de pêne fut inventé, que le design fut adapté et qu'un nouveau modèle de poignée 'déclipable' fut conçu afin qu'il soit possible d'un geste d'enlever la poignée pour la passer à l'autoclave (stérilisateur).

Bref, le système est désormais au point. Un fabricant a été trouvé, des distributeurs également (Modèle 'inviolable 60,15 euros HT, modèle 'déclipable' 98 euros HT). Le marché potentiel est phénoménal puisque, outre les hôpitaux, tous les lieux publics sont concernés (crèche, école, restaurant, hôtel, etc.).

La poignée Cytips - commercialisée à partir de 2006 - avait déjà gagné cette année le prix de l'innovation Europropre 2005, décerné par la Fédération des entreprises de propreté et services associés. Qu'elle soit primée à Batimat - en regard des économies qui seront réalisées et, surtout, en regard des vies sauvées - n'est que juste récompense. De fait, Pasteur lui-même aurait trouvé Julien Jonchère et Richard Houis gens bien raisonnables.

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