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Une perforation des butons, cause possible de l'effondrement de Roissy

© Cyberarchi 2019

Après un mois d'enquête, les experts mandatés par le ministère de l'Equipement n'ont pas encore déterminé avec certitude les causes de l'effondrement du Terminal 2E de Roissy. Ils privilégient cependant plusieurs pistes : effet de serre, butons, bétons, ponts thermiques... Revue des hypothèses.

 
 
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Choc thermique lié à un effet de serre ? Perforation des butons ? Etat du béton ? Malgré les premières constatations des différentes enquêtes en cours (administrative, judiciaire, ADP), le mystère de l'effondrement le 25 mai 2004 du terminal 2E de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle, conçu par l'architecte Paul Andreu, reste entier (voir notre article 'Paul Andreu : une carrière à jamais ternie'). Pour sa part, la commission administrative nommée par Gilles de Robien, ministre de l'Equipement, dès le lendemain du drame, a rendu public quelques hypothèses le 6 juillet dernier lors d'une conférence de presse au ministère de l'Equipement.

Ainsi, après études des photos prises sur place, les enquêteurs mandatés par le ministère se sont tout d'abord intéressés à un élément particulier de l'ouvrage. «Nous avons constaté sur la partie nord des arcs de la jetée effondrée que des butons, un des éléments de soutien de la voûte en béton armé avec les tirants métalliques, étaient plus enfoncés que prévu», explique Jean Berthier, ingénieur spécialiste en ouvrages d'art, président du Comité génie civil au sein du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF) et président de la commission d'enquête administrative. «Ceux-ci sont normalement enfoncés à 11 centimètres à l'intérieur de la voûte de 30 cm d'épaisseur», précise l'ingénieur.

Or, sur les photos, plusieurs de ces butons perforaient plus profondément le béton. A supposer que telle fut la situation avant le drame, c'est-à-dire que les butons ne soutenaient plus les tirants, elle aurait contribué alors à la catastrophe. Encore faut-il déterminer si ces perforations sont bien les causes et non une des conséquences de l'effondrement, point sur lequel la commission ne s'est pas encore prononcée. La perforation de ces butons apparaît néanmoins comme la cause vraisemblable de l'effondrement.

«Cette perforation a pu être facilitée par une dégradation préalable et progressive du béton», estiment les enquêteurs. Interrogés, «les agents de sécurité sur place avant l'effondrement ont parlé de chutes de plaques de béton», rappelle Jean Berthier. De plus, les membres de la commission ont constaté eux-mêmes des dégradations, toujours sur la partie nord de la jetée et notamment sur les points de rupture, c'est-à-dire les poutres séparant les passerelles d'accès menant à l'isthme (la partie centrale du terminal NdR). Il faut dire qu'après quelques calculs techniques sommaires, la commission a constaté que s'exerçait à cet endroit une concentration des contraintes, «jusqu'à plier la structure comme un portefeuille», selon l'expression reprise par Jean Berthier. Dans le même temps, il précise qu' «à ce stade de l'enquête, on n'a aucune raison de penser que la qualité du béton utilisé est en cause». De fait, le cimentier français Lafarge, qui a livré 7.500 mètres cubes de béton nécessaires à la construction du terminal, a assuré dans un communiqué que ce béton «répondait aux normes».

Par contre, le collège d'experts à d'ores et déjà abandonné plusieurs pistes avancées au plus fort de l'événement. Ainsi, les piliers de soutiens de la voûte, dont les fissures constatées à la livraison et les renforcements effectués par la suite ont été abondamment commentés, ont finalement été mis hors de cause. «Les piliers n'ont subi que très peu de dégâts lors de l'effondrement», explique Jean Berthier. Idem pour l'hypothèse de l'affaissement de terrain : «les pieux des fondations sont enfoncés entre 12 et 14 mètres dans le sol et les sondages effectués préalablement à la construction - plus de 60 dont une quinzaine dans la zone de la jetée- faisaient état d'une densité satisfaisante». Ce cas de figure avait d'ailleurs été mis en doute dès le mois de mai (voir notre article 'Paul Andreu : une carrière à jamais ternie').

Reste que si la commission Berthier évacue ces hypothèses, elle reste toutefois mesurée. «Notre rapport d'étape comprend des réserves importantes», admet le spécialiste. En effet, de leur propre aveu, les experts n'ont pu accéder à l'intérieur du site. Pour baser leurs premières conclusions, ceux-ci se sont appuyés sur des photos prises sur place, ainsi que sur les documents rédigés lors de l'élaboration du projet en 1996, à savoir les DTU ou encore le cahier des clauses techniques particulières et sur de rapides calculs techniques. En l'état des choses, le panel ne peut que répondre à la question 'comment ?' et reconstituer la chronologie des événements qui ont provoqué la mort de quatre personnes et blessé trois autres.

«Lorsque nous avons vu les premières photos de la jetée du terminal effondrée côté sud avec la voûte tombée en avant de sa ligne d'appui, nous avons tout d'abord pensé que les causes proviendraient de cette partie», raconte Jean Berthier. Hypothèse simple, presque évidente, mais qui sera très vite infirmée. Il est vite apparu que tout commence avec la partie nord de la jetée. Alors que la poutre sablière nord, qui maintient l'édifice sur les piliers, n'a pas bougée, «la partie nord de la jetée s'est pliée en deux puis s'est effondrée», estime Jean Berthier. «Celle-ci a entraîné la partie centrale qui s'est affaissée presque à la verticale et qui a finalement entraîné la partie sud». De plus, les experts sont intrigués par une des caractéristiques de la jetée dans ce scénario : «l'endroit où la voûte s'est effondrée était dissymétrique, ce qui a pu jouer un rôle», précise Jean Berthier.

Par contre, à la question 'Pourquoi deux ans après sa construction, un tel ouvrage s'est effondré ?', ainsi qu'aux questions 'erreurs de conceptions ou de construction ?' ou encore 'quel est le niveau de responsabilité ?', les réponses devront encore attendre. Concernant cette dernière, Jean Berthier renvoie à l'instruction judiciaire en cours. Pour les autres, «il faudra accéder à l'intérieur du site, prélever des échantillons, effectuer de nouveaux tests», explique-t-il. Bref, le rapport définitif ne devrait pas être publié «avant plusieurs mois». Ce délai reporte de facto toute décision de démolition du terminal, envisagée tour à tour par ADP, propriétaire du site, fin mai, et le préfet de Seine-Saint-Denis un mois plus tard.

Christophe Leray

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