• Accueil
  •  > 
  • Une ordonnance qui rend malade ses patients
Rejoignez Cyberarchi : 

Une ordonnance qui rend malade ses patients

© Cyberarchi 2019

Le cataclysme du NON au référendum suffira-t-il à remettre en cause la réforme de l'enseignement telle qu'elle est prévue aujourd'hui ? Rien n'est moins sûr. En attendant, le projet d'ordonnance du ministère de la Culture règle la question du titre et de la 'licence d'exercice' et offre au CNOA des moyens supplémentaires d'affirmer son autorité. Les étudiants l'ont mauvaise.

 
 
A+
 
a-
 

"Les étudiants ne veulent pas de cette réforme, les professionnels non plus, pour d'autres raisons. Nous allions dans le mur, nous y sommes". Une pointe de fatalisme transparaît dans les propos de François Pélegrin, président de l'UNSFA. "Je n'y crois plus beaucoup", dit-il. "Nous sommes extrêmement déçus", lui répond en écho Jean-Paul Scalabre, du Syndicat de l'Architecture. Quant aux étudiants en architecture qui se sont mobilisés durant tout le mois de mai contre la dissociation du 'diplôme d'Etat d'architecte' et d'une 'capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre', ils commencent aussi à accuser le coup.

Concernant la dissociation et le titre d'architecte en premier lieu. Dans un courrier signé Renaud Donnedieu de Vabres adressé à l'Ordre (seulement à l'Ordre d'ailleurs. Quid des syndicats ?) et publié sans autres commentaires dans les cahiers de la profession (daté du 1er trimestre 2005), le ministre écrit : "J'entends également le souci que vous exprimez d'une meilleure préparation des architectes à l'exercice des responsabilités de la maîtrise d'oeuvre et c'est aussi une des raisons qui justifie la création d'un diplôme d'architecte après cinq années d'études suivi d'une formation complémentaire spécifique à laquelle les professionnels en activité se doivent de concourir". Ce qui traduit dans le projet d'ordonnance donne l'article 10 suivant : "...Etre soit titulaire du diplôme d'Etat d'architecte, ou titulaire d'un autre diplôme d'architecte reconnu par l'Etat, et titulaire du certificat de capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre en France...". Le mot clef étant la conjonction de coordination 'et'. Les titulaires du diplôme d'Etat, en cinq ans (idem en huit ans d'ailleurs), ne seront donc pas architectes.

Les étudiants pourront se consoler en se disant que ce qui apparaît ainsi comme une victoire des organisations professionnelles concernant une 'licence d'exercice' (pour simplifier) qu'elles réclamaient de leurs voeux ne l'est en rien. En effet le ministre précise plus loin que "la direction de l'architecture et du patrimoine (DAPA) réfléchit au nouveau statut des architectes stagiaires dans les agences". Cette fois, le mot clef est 'stagiaire'. En clair, aucune des propositions des organisations professionnelles ne fut retenue, si ce n'est la seule protection du titre. D'où le désenchantement, si l'on songe à l'enthousiasme qui prévalait en février 2004 lors de la présentation du Livre Blanc, exprimé par les syndicats. "Nous proposions d'embaucher de jeunes diplômés au SMIC+40%, nous accueillerons des stagiaires au prix du marché. Les étudiants finiront bien par réaliser qui joue quel jeu dans cette affaire", explique François Pélegrin.

Par ailleurs, le projet d'ordonnance confirme ce qui était indiqué dans le courrier du ministre : d'une part, l'Ordre des architectes sera représenté au Conseil d'administration des écoles et, d'autre part, l'Ordre sera représenté dans les jurys qui délivreront la capacité à la maîtrise d'oeuvre. Chacune de ces deux dispositions, en soi, n'est pas forcément choquante. Mais, additionnées aux précédentes, les risques de caricature dans l'esprit des étudiant sont réels. Ces derniers ont d'ailleurs vite fait l'amalgame, même si c'est regrettable et hors de propos, dénonçant ainsi les "origines vichystes" de l'Ordre dans un communiqué de presse daté du 18 mai dernier. Ambiance. En tout état de cause, "cela met en pièce notre volonté de cogestion de la formation des architectes dans un système de partenariat", se désole Jean-Paul Scalabre.

Le renforcement du pouvoir de sanction de l'Ordre pour "tout défaut de paiement des cotisations" et "défaut de production de l'attestation d'assurance" vient renforcer auprès des étudiants ce sentiment d'une main mise symbolique et politique de l'Ordre sur la formation et, plus largement, sur la profession. L'Ordre ne sera donc pas surpris qu'en retour des voix commencent à s'élever pour une attention accrue à son fonctionnement. "Faut-il 10 millions d'euros pour tenir un tableau au XXIème siècle ?", s'interroge l'un d'eux.

Christophe Leray

Une ordonnance qui rend malade ses patients
Une ordonnance qui rend malade ses patients
Une ordonnance qui rend malade ses patients
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER