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Une collection estudiantine raconte Sao Paulo en cent projets

© Cyberarchi 2017

Un étudiant en architecture nous présente son diplôme, encadré par Djamel Klouche et Ido Avissar. Pas de proposition architecturale proprement dite, mais une scénographie, où il expose une collection de projets récoltés à Sao Paulo. La métropole sud-américaine et ses gated communities, la ville hors-sol, les microcosmes... sont autant de sujets d'étude passionnants. Extraits.

 
 
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A chaque fois que j'ai été confronté à cette ville et à ses mystères, une question m'occupait l'esprit. Comment parle-t-on d'une mégalopole infinie de vingt millions d'habitants? Comment rendre compte, à travers un diplôme d'architecture, de ma fascination pour cette ville?

J'ai aimé explorer São Paulo, m'y perdre comme on se perd dans une forêt. En revenir le dos chargé de merveilles. Cette quête de prophétie pour la ville de demain possédait à la fois une dimension prospective mais aussi une visée opératoire évidente dans le projet architectural. C'est dans l'investigation que réside tout l'enjeu de ce travail. Découvrir du sens dans le désordre ambiant de cette mégalopole. Révéler la ville sans jamais nier son paysage. Montrer ma collection, c'est se perdre dans toutes les histoires que ces objets ont à raconter sur cette infinie mégalopole. Montrer ma collection, c'est se perdre dans São Paulo.

Un horizon de tours

São Paulo c'est d'abord une image, fascinante et inédite: un paysage bâti, sans fin. Cette vision m'est apparue étonnante, car en effet, je ne me faisais à priori pas de représentation de ce que pouvait être une ville comme São Paulo, juste un nom de plus sur la carte. De fait l'image première ne donne pas beaucoup d'indices non plus, hormis la présence d'un horizon de tours. Depuis la toiture terrasse de l'immeuble COPAN de Niemeyer: ces milliers de tours, de tunnels, de passants, de marchés ambulants, de voies express aériennes, d'héliports sur les toits, et dans le ciel, toujours menaçant, des avions, des dirigeables et des hélicoptères partout, partout...

Au début de ma réflexion, j'ai cherché à établir une grille de lecture et définir un thème de compréhension de la ville: que ce soit la ville et l'espace public, la verticalité et la densité, la violence urbaine, les inégalités socio-économiques et les gated communities, mais face à la multitude de thématiques possibles, j'ai vite compris que la question principale pour moi était de comprendre la monstruosité de São Paulo et surtout son caractère unique mais aussi son intérêt comme projet.

Se perdre pour raconter

Le meilleur moyen pour comprendre cette métropole imperceptible était peut-être finalement de s'y aventurer et de récolter tous les éléments qui semblaient en parler d'une manière ou d'une autre: les situations qui racontaient une histoire sur la ville de São Paulo. La collection comporte aujourd'hui cent cas architecturaux.

Lors de mon exploration urbaine, trois curiosités ont attirées mon attention. L'abandon du sol, le rapport à l'eau et les microcosmes.

-ABANDON DU SOL: Il apparaît clairement qu'ici la tour est une façon de se dégager d'un sol impropre. Cette obsession pour la multiplication de tours révèle un mépris évident de la terre. Se dégager du sol devient une manière de se soustraire à la réalité.

-EAU: En dehors des jours de beaux temps, le climat tempétueux de la ville lui confère tantôt un aspect londonien ou parfois même une atmosphère apocalyptique. Ce caractère indomptable du climat rend la ville soudainement sauvage. Parfois aussi, les pluies diluviennes provoquent des glissements de terrain assassins dans les zones les plus mal construites de la région.

-MICROCOSMES: La juxtaposition d'univers introvertis et relativement autonomes garantit une certaine limitation du transit. On pense toujours que ces «gated communities» seraient seulement ces riches communautés fermées et protégées pour quelques privilégiés. Mais en réalité, cette préférence pour l'entre-soi gagne également de plus en plus les faveurs des classes moyennes et modestes, qui aspirent et choisissent aussi de vivre dans des communautés fermées, harcelées par la violence et les dangers dans la ville normale.

Compresser pour raconter

Révéler à travers l'exploration certains aspect de São Paulo aura permis de commencer à spéculer ou en tout cas à réintérroger certains lieux. Peu à peu ces fenêtres sur la ville constituées des éléments spécifiques, se sont transformées. Ils sont devenus des cadrages dans lesquelles on pouvait raconter des histoires, inventer de nouveaux paysages métropolitains, fictifs, et redessinés sur la carte.

Le projet final s'il n'est pas architectural sera alors scénographique. Il est conçu comme un espace d'exposition, un espace qui ouvre les portes de mon cabinet de curiosité. Un espace qui donne à voir l'ensemble de ma collection et l'histoire que chaque projet collectionné raconte sur la ville. La scénographie de l'exposition de la collection est un espace narratif qui compresse en un seul lieu clos toute la collection et ses curiosités. Le spectateur est invité à se perdre dans ma ville de Sao Paulo. L'espace d'exposition cristallisant une collection à l'instant présent, dans une ville ou la quête de prophétie est finalement infinie. Chaque petit cadre représente un projet, chaque petit cadre est une nouvelle histoire métropolitaine de la ville de Sao Paulo.

Martin Gillot

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