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Une canopée en béton "propre à la discussion, à l'échange et à la flânerie" ?

© Cyberarchi 2019

L'architecte David Serero a remporté en 2007, avec un projet audacieux et un maître d'ouvrage inspiré, le concours pour l'Auditorium et salle vidéo transmission haute résolution (VTHR) de Saint Cyprien (66). Et ce, malgré l'avis des architectes du jury. Où les maths au service d'un parti pris forestier pour un architecte qui vient de passer sept ans à New York.

 
 
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Lors du concours pour le VTHR, l'architecte lauréat David Serero, 34 ans, se souvient qu'aucun des architectes du jury ne soutenait son projet. Le président de la communauté de communes, maître d'ouvrage lui a demandé :
- "Avez-vous déjà construit un bâtiment comme celui-ci ?"
- "Non", dut répondre David Serero qui, pour tout dire, n'avait encore pas de référence construite en France.
- "Avez-vous déjà vu un bâtiment comme celui-ci ?"
- "Non", répondit à nouveau l'architecte.

Rétrospectivement, il a trouvé une explication aux réticences des premiers et au choix du second.

Avec un intérêt marqué pour les mathématiques, la dynamique des fluides, la cristallographie, l'acoustique, la génétique, la manipulation topographique et les nouveaux processus de fabrication informatisés, il tente d'explorer de "nouvelles directions pour la conception architecturale", l'idée étant pour lui de développer "des projets qui allient recherche et design dans les champs de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage". Le projet de Saint Cyprien est directement issu de ces années de recherche sur la génération numérique de formes architecturales et sur le contrôle bioclimatique des bâtiments.

"Ce n'est qu'une fois que nous sommes parvenus à intégrer le travail sur la structure et l'outil informatique que nous avons pu générer le projet", explique David Serero. Ce qui explique en partie les réserves des architectes du jury, sans doute inquiets de la capacité du matériau à se plier à la liberté formelle du projet, d'autant plus que ce projet leur était présenté hors du cadre de leur environnement technique, culturel et réglementaire habituel.

Le maître d'ouvrage fut lui plus sensible aux idées qui sous-tendent ce travail de génération. "Le projet doit être édifié sur un site boisé, à côté du jardin des plantes, avec de grands arbres qui filtrent la lumière du soleil, ralentissent les vents qui balayent leur cime et génèrent une ambiance de sous bois propre à la discussion, à l'échange et à la flânerie. Il nous fallait donc imaginer une relation entre le milieu naturel et le nouveau bâtiment", souligne David Serero, pour lequel il s'agissait moins de s'inspirer de l'image de l'arbre que de sa capacité à générer "une ambiance, une émotion", qu'il a traduit dans le titre du projet : canopée. "Il nous semblait pertinent d'étendre ce paysage naturel exceptionnel à l'intérieur du bâtiment en proposant une architecture inspirée par la cime des arbres de ce site", dit-il.

"Les arbres ont souvent été une source d'inspiration pour moi ; je les vois comme des structures complexes élaborées à partir de règles simples qui se déploient de manière continue et cohérente dans le temps et dans l'espace. L'efficacité de ces structures est basée sur la notion de redondance et de différentiation, à l'inverse des concepts de l'ingénierie moderne d'optimisation et de répétition", explique David Serero. Ainsi la toiture, en dépit de son apparente irrégularité, est générée à partir de règles géométriques simples. Ensuite, à partir de ces formes complexes, fut conçue la double peau en béton ajouré. Qu'il ait fallu un travail quasi mathématique et extrêmement rigoureux pour inventer "un script permettant de générer une surface composée d'éléments non répétitifs et non-standards" n'intéressait sans doute guère le maître d'ouvrage, aussi longtemps que c'était maîtrisé. Sans doute plutôt fut-il sensible à ce "large parasol" extérieur, inspiré par l'ombre porté par les feuilles du sous bois, qui protège du soleil la zone d'accueil et le foyer de la salle.

L'auditorium n'est pas conçu en 'autarcie' avec son contexte mais comme un grand hall qui incorpore le paysage extérieur à l'intérieur du bâtiment, l'effet de superposition des deux peaux lui donnant de la profondeur. "A l'intérieur du bâtiment, les colonnes répondent au rythme des arbres à l'extérieur", souligne David Serero, qui aime à rappeler que les premiers rites grecs se déroulaient en forêt (il a par ailleurs gagné le concours international pour la restructuration de l'aéroport Hellenikon à Athènes. NdA). "La peau intérieure, elle, est étanche à l'eau et à l'air par l'intégration de sheds en verre, utilisés notamment pour le contrôle de ventilation et le rafraîchissement passif du bâtiment", précise-t-il.

La question de l'autarcie s'est de nouveau posée pour la salle elle-même, "une boîte dans la boîte". Un travail sur des parois en verre s'étant révélé non concluant, David Serero a opté pour un traitement de l'intérieur par des lattes de bois et revêtement absorbant à densité variable. "Ces panneaux permettent de combiner les deux acoustiques de la salle (auditorium et cinéma) pour offrir un environnement très absorbant sur les côtés et au fond de la salle, idéal pour le cinéma", dit-il. Puis, il a repris les motifs du foyer pour le plafond de la salle afin de faire, à nouveau, "rebondir la lumière dans une double peau", laquelle s'est avérée "extrêmement efficace pour diffuser et défracter le son" ; un dispositif qui permet un éclairage de la salle dans la continuité de l'éclairage du foyer. La délicatesse du travail du bois par le luthier s'est révélée source d'inspiration pour insérer l'espace de la salle dans la 'boîte'. A l'intérieur, "les stries de bois, représentant l'écorce de l'arbre et la couleur de feuillage participent d'une nouvelle identification au site. Le travail sur le sol permet d'intégrer les ondulations des murs et d'offrir encore un sentiment de continuité entre foyer extérieur et intérieur de la salle", dit-il.

Il est prévu qu'en été la salle de spectacle soit utilisée deux à trois fois par jour pour des activités variées. Il lui fallait donc être polyvalente. Afin d'obtenir le maximum d'intimité en fonction des spectacles, elle a été divisée en sept zones séparées de sièges qui regroupent un nombre différent de spectateurs. "Cette stratégie permet surtout d'adapter la salle et son éclairage au type d'événement qui aura lieu", explique David Serero. La salle compte 450 places au total dont la disposition permet d'avoir toujours au moins 400 places de visibilité et d'acoustique parfaites. Si dans la configuration salle de cinéma, les 400 sièges sont tous dans l'axe direct de l'écran avec, pour chaque siège, moins de 5 degrés d'angle entre l'axe frontal et le centre de l'écran, dans sa configuration salle de théâtre/auditorium, l'architecte a essayé au contraire de rapprocher les spectateurs au maximum de la scène.

Un mot à propos de l'organisation programmatique. "Les programmes sont organisés en fonction de leur accessibilité au public. Nous avons mis le long de la façade principale la zone d'accueil qui comprend la billetterie, les vestiaires, la buvette, le bloc sanitaire et en mezzanine les deux salles de réunions. Une deuxième bande intègre la salle de spectacle en partie en porte-à-faux sur le foyer. La troisième bande sur trois niveaux intègre les loges, la zone livraison/stockage en accès direct avec l'arrière scène et les locaux techniques du musée", détaille l'architecte.

David Serero, installé désormais à Paris sous les toits d'un immeuble qui domine la rue St Denis, se souvient d'une expérience lors de la construction d'une maison individuelle dans le Connecticut (USA). A se plier à tous les desiderata d'un maître d'ouvrage qui ne comprenait pas son approche, il avait au final livré un mauvais projet. "C'était une perte de temps et d'énergie", dit-il. "J'ai besoin de beaucoup de temps pour développer mes projets. Je ne peux vraiment pas m'engager dans des projets sans avoir une relation de confiance avec le maître d'ouvrage. Je ne vois pas les concours comme de simples incubateurs d'idées mais plutôt comme une manière de stimuler les maîtres d'ouvrage, de leur montrer une attitude singulière et il n'y a pas de place ici pour des compromis".

En l'occurrence, c'est ici le projet le plus audacieux qui a gagné. Le maître d'ouvrage devrait bientôt se féliciter d'un équipement public unique et non étranger au site.

Christophe Leray

Consulter également notre album photo 'VTHR de St Cyprien : une surface composée d'éléments non répétitifs et non-standards'.

Fiche technique

Client : Communauté de Communes du Sud Roussillon
Site : Saint Cyprien (66)
Surface: 1.500m²
Coût de construction : 3.300.000€
Principes HQE : Protection des vitrages par coque en béton ajourée, ventilation passive, éclairage naturel des espaces.
Design : Serero Architectes, David Serero, Architecte mandataire, avec Taichi Sunayama, Lionel Léotardi, Rodrigo Garcia-Sayan, Min-Seung Shin, Fabrice Zaini
Structure/fluides : Beterem Ingénierie
Acoustique : Pierre Pasquini

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