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Un siège social contemporain dans un immeuble du XVIIIème siècle

© Cyberarchi 2020

Pour un premier chantier d'importance, l'architecte Grégoire Dumont et l'architecte d'intérieur Thibault de Montmarin ont fait montre d'une étonnante maîtrise (d'oeuvre). D'une part, ils ont su remarquablement bien s'entourer. D'autre part, ils sont parvenus à s'affranchir d'un esprit patrimonial auquel ils témoignent pourtant un très grand respect.

 
 
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Le projet en question consistait à réaménager l'Hôtel des Gabelles, situé à quelques centaines de mètres du château de Versailles, pour le compte d'une agence de communication en pleine croissance - Groupe Action d'Eclat -, dont l'objectif était de valoriser son image et son fonctionnement.

La façon dont Grégoire Dumont et Thibault de Montmarin, jeune architecte de 32 ans pour le premier, architecte d'intérieur de 33 ans pour le second, ont "hérité" de ce projet est cocasse puisque c'était la volonté des maîtres d'ouvrage (un couple) de faire travailler de jeunes architectes locaux. Thibault de Montmarin, qui a installé sa société (Montmarin Interior Design) à Versailles, et son ami parisien Grégoire Dumont ont donc été retenus parmi quatre agences non pas tant sur leurs quelques références mais plutôt sur leur capacité à comprendre l'enjeu du projet et à y apporter des réponses adaptées. La confiance de ces maîtres d'ouvrage audacieux ne s'est jamais démentie.

Ce projet n'allait pas de soi : comment traiter un hôtel particulier du XVIIIème siècle, situé en secteur sauvegardé et donc soumis au Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Patrimoine de Versailles, pour le compte de maîtres d'ouvrage collectionneurs d'art contemporain et souhaitant faire de cet édifice un immeuble de bureaux et un siège social ? La contrainte, liée au secteur sauvegardé, de pouvoir, quels que soient les aménagement, restituer le cas échéant le bâtiment en l'état n'était pas la moindre des gageures. Pas question par exemple d'abattre des murs, de remplacer les tomettes détériorées ou les pavés de la cour. Impossible encore de toucher aux portes cochères. "Le défi a donc été de mettre en valeur le bâtiment abîmé par les années dans un esprit 'monument historique', d'installer une trentaine de salariés dans les meilleures conditions possibles (climatisation, courant faible, lumière) et faire une place importante à la création contemporaine", résume Thibault de Montmarin.

Pour l'intérieur, au-delà des contraintes citées ci-dessus, il a fallu que les deux jeunes gens élaborent un projet qui puisse articuler aussi bien les conditions de travail des salariés, le désir et les références des maîtres d'ouvrage que la mise en scène un espace sensé avoir également une importante fonction de représentation en tant que siège social. L'un des principes guidant leur démarche sera l'usage de la lumière, artificielle et naturelle, permettant de laisser apparaître ou d'occulter les espaces.

Pour compenser leur manque d'expérience, ils ont su s'entourer, en toute modestie, d'artistes et de professionnels chevronnés qui ont su donner corps à leurs idées tout en maîtrisant la cohérence générale du projet. "C'est un projet table ronde dans lequel tout le monde, y compris le client, s'est énormément impliqué", se félicitent-ils, rendant hommage d'ailleurs aux entrepreneurs qui ont "joué le jeu de ce projet expérimental dans une démarche de recherche".

Ils ont commencé par travailler sur trois niveaux de lumière : la lumière ponctuelle de travail, la lumière de l'espace proche et la lumière de l'espace lointain et général. Pour concevoir une véritable scénographie lumineuse tant côté cour que côté jardin, les concepteurs lumière Emeric Thiénot et Georges Hladiy leur ont apporté leur collaboration. "Nous avons développé des jeux de couleurs évoluant au fur et à mesure que l'on avance dans les pièces", explique Grégoire. Ainsi chaque espace de travail et de réception a fait l'objet d'une mise en lumière indépendante mais s'inscrivant toujours dans le cadre général. Ils sont même allés, emportés par leur fougue, jusqu'à concevoir un éclairage extérieur rouge avec projection de calligraphie en façade, avec le secret espoir que le maire en permette l'installation pérenne. En clair, leurs espaces de bureaux sont sertis de références issues de la muséographie ou de l'agencement de galerie d'art. Ou du moins apparaissent-ils comme tels.

Les maîtres d'ouvrage avaient manifesté un intérêt pour la haute couture. L'inspiration pour la création des espaces est venue du château tout proche puisque c'est le concept de 'galerie des voiles' qui a guidé leur aménagement. "Ainsi, sous la verrière elle-même transformée, nous avons conçu des voiles de métal perforés et dorés à la feuille de cuivre qui viennent travestir l'espace d'accueil. Aux étages, nous avons conçu de grands luminaires en papier translucide réalisés par Béatrice Desrousseaux", souligne Thibault. C'est encore en référence à cet esprit 'couture' que fut dessiné l'escalier à double volée bois et métal à structure invisible qui amène au premier étage. L'esprit contemporain du lieu s'exprime également au contact direct de l'esprit patrimonial. Ainsi le portail en fer forgé et verre coloré dans la masse de Florence Valay, sculpteur, ne remplace pas les portes cochères existantes, toujours en place, mais il marque l'entrée tout en mettant en valeur ces portes anciennes. Idem avec l'oeuvre d'Eric Théret, autre sculpteur, qui a sans avoir l'air d'y toucher transformé la cour avec des pavés gravés qui rendent hommage à l'amour de la calligraphie des maîtres d'ouvrage. L'occasion pour les maîtres d'ouvrage de faire un clin d'oeil au jardin que leur a refusé l'ABF en faisant graver... des noms de plantes.

Depuis novembre 2004, l'hôtel particulier, dont tous les éléments historiques ont été conservés (un plancher en parquet fut posé par exemple sur les tomettes), remplit la fonction qui lui était demandée, à la satisfaction, selon eux, des maîtres d'ouvrage. La preuve en est peut-être que l'Hôtel des Gabelles a été retenu pour les visites organisées lors des Journées de la Maison contemporaine en juin 2005. Surtout l'un et l'autre se félicitent d'avoir mené à bien leur premier projet d'envergure dans des délais étonnants d'ailleurs puisque le chantier de 850m² n'a duré que huit mois. Une collaboration qui en appelle d'autres tant les deux hommes semblent avoir apprécié de travailler ensemble.

Christophe Leray

Découvrez l'album photo de cette réalisation en cliquant ici.

Un siège social contemporain dans un immeuble du XVIIIème siècle
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