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Un ruban qui se balade dans la pente

© Cyberarchi 2019

Proposer aujourd'hui des barres d'habitations, à deux pas de la ville médiévale de Fribourg (Suisse) qui plus est, est gonflé. C'est pourtant ce qu'ont fait trois jeunes architectes. Avec succès puisqu'ils ont obtenu le deuxième prix du concours Europan Suisse.

 
 
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«C'est un ruban de huit mètres de large qui se balade sur la pente», explique Kristell Piau, 28 ans. «Ce n'est pas une barre pour moi, plutôt un travail dans la pente», assure Sidonie Joly, 29 ans. Olivier Malclès, 31 ans, est plus prosaïque, plus brutal?, qui n'hésite pas à parler de «barre du fond» ou «barre du haut», de «barre intermédiaire», le soin porté aux pieds d'immeuble solutionnant les problèmes de ce type d'opération.

De fait, au-delà des circonlocutions, la première chose qui frappe en découvrant le projet, deuxième prix de Europan 7 Suisse, proposé par ces trois jeunes architectes, c'est leur volonté de se coltiner avec un concept (une image) - la barre de logement collectif - qui souffre d'une connotation négative, pour le dire gentiment.

«La réponse pour nous est paysagère car elle permet d'offrir une lecture du terrain naturel doté d'une végétation qui foisonne, la barre de huit étages en haut permettant de rattraper l'échelle des immeubles existants, les autres barres s'écrasant dans le fond du terrain pour dégager les vues des logements au-dessus», explique pour sa part Kristell. Pour ce programme de 80 logements, moyen et haut de gamme (plus quelques logements étudiants), ces amoureux de l'architecture suisse («épurée, minimaliste, qui va à l'essentiel», dixit Sidonie) sont donc partie sur l'idée «d'un Z qui s'inscrit dans les courbes de niveau du terrain, une idée forte évidente dès le départ pour être efficace», assure Sidonie. Des barres donc.

«Nous souhaitions faire quelque chose d'unitaire pour rassembler des logements très différents ; plus on monte et plus on a du collectif ; plus on descend et plus on a du logement individuel en bande», décrypte Olivier. Logements transversaux Nord/Sud en collectif, duplex et deux jardins dans la barre intermédiaire, duplex et jardin dans la barre inférieure du Z. Un chemin et un parc urbain paysager rejoignent la vieille ville et font le lien entre ces différents «fragments résidentiels». Une crèche, un bar, des commerces (car la 'banlieue' attenante sur les hauteurs en manque) et quelques équipements publics complètent le programme. L'ensemble du stationnement prend place sous la barre du haut.

Les projets Europan tendent à s'échapper vers l'utopie. C'est le cas du projet lauréat de Europan 7 Suisse qui propose une plate-forme s'appuyant sur les deux versants du vallon. Un projet suffisamment cohérent pour retenir l'attention du jury mais qui pose quelques problèmes quand il s'agit de le réaliser car il plonge dans l'ombre tout le fond de la vallée et les logements qui seraient éventuellement édifiés sur ce plateau, tournées sur eux-mêmes, n'offriraient que peu de vues particulières.

Or, insistent Olivier, Kristell et Sidonie, après avoir pris bonne note de l'implication du maître d'ouvrage dans ce concours, leur but était de proposer un projet «constructible», pour citer Sidonie, «concret à défaut d'être tendance», pour citer Kristell, «réalisable», pour citer Olivier. Même si cette dimension ne leur était pas expressément demandée dans l'intitulé du concours. «Le maître d'ouvrage est sans doute plus rassuré par notre projet», note Kristell avec satisfaction.

A noter également que tous les trois, dont c'est la première collaboration hors de l'école, travaillent depuis leur diplôme (quelques années au plus) dans des agences impliquées sur de grands projets de marchés publics. «Ce n'est pas un chantier qui nous fait peur», déclare en riant Kristell. Ils ne furent donc pas effrayés de concevoir un tel objet, important par son échelle et audacieux dans sa volonté d' «analogie avec la muraille médiévale qui lui fait face». «Nous sommes prêts à assurer la maîtrise d'oeuvre si un tel projet venait à se réaliser», disent-ils en choeur.

«Ce projet est simple dans la forme mais riche dans la diversité des logements ; chaque appartement à des vues magnifiques, c'est ce qui a probablement séduit une partie du jury», conclut Sidonie. Le maître d'ouvrage se laissera-t-il convaincre ?

Christophe Leray

Pour découvrir l'album photo du projet, cliquez ici.


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