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Un réseau de réadaptation pour les délinquants juvéniles au Koridallos, en Grèce

© Cyberarchi 2019

Le Rébético, ou "blues grec", n'est pas né dans les prisons mais beaucoup de chansons y puisent leur source. Le "baclama", ou le tout petit bouzouki pour jouer le Rébético, lui, vient bien des prisons. Autant dire que la situation déplorable des prisons grecques est telle qu'elle fait désormais partie de la culture. Deux architectes grecques, Despina Girti et Sofia Paisios, tentent de changer cela.

 
 
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Texte de Despina Girti et Sofia Paisios, architectes

La municipalité de Koridallos est située au sud-est à la région d'Attiki (Attique. NdR), à 7 kilomètres du centre d'Athènes. Cette commune est devenue au fil du temps synonyme des équipements pénitentiaires qu'elle accueille. La prison occupe 112.000 m², et se trouve à côté de Gr. Lampraki, qui est la principale artère commerciale de la ville. Cette prison est connue comme la plus grande prison centralisatrice du pays et représente l'un des plus grands problèmes urbains de la région, une relation problématique entre le système urbain et correctionnel dont les média se font souvent l'écho. Les prisons (La ville compte aussi la plus grande prison de femmes de Grèce. NdR) de Koridallos constituent pour la Grèce le symbole du système correctionnel et de son caractère d'incarcération.

Au niveau moral, nous sommes en désaccord avec ce système correctionnel, considéré comme une méthode inadéquate et dépassée pour une société moderne et progressiste. Nous proposons donc la démolition de ces bâtiments qui sont par ailleurs inadéquats pour tout changement de destination. Au lieu de ces bâtiments et de la méthode correctionnelle qu'ils impliquent, nous proposons l'application spatiale d'un nouveau système correctionnel pour les jeunes délinquants qui visera à la coexistence harmonieuse des institutions correctionnelles et de l'environnement social et urbain.

Ce système s'exprime sous la forme d'un réseau, dispersé dans le tissu urbain, à travers lequel les jeunes contrevenants servent leurs peines. Nous croyons que quelle soit la peine à laquelle ces jeunes contrevenants ont été condamnés, elle doit avoir pour objectif leur réadaptation à la société, ce qui n'est évidemment pas la réalité actuelle puisque la société tend à punir plutôt qu'à répondre à son devoir de protection de ces juvéniles. Le système que nous proposons constitue un "réseau de réadaptation" qui est réalisé en deux étapes.

En premier lieu, l'accent est mis sur le soutien mental des jeunes. Cette étape se compose d'espaces de résidence et d'une école spéciale pour jeunes délinquants. Le but de cette étape est de constituer une période d'introspection et de recherche (psychologique, sociologique, etc.) qui aura lieu dans un environnement de type "familial" et dans une école adaptée à leurs besoins. A la deuxième étape, les mineurs passent à la phase de semi détention. Les espaces résidentiels sont incorporés au tissu urbain, compte tenu des bâtiments existants ou des nouvelles constructions qui seront réalisées sur le foncier non bâti de la ville. Les mineurs pourraient ainsi suivre un cursus scolaire et éducationnel sur le terrain même où se trouve aujourd'hui la prison.

Souvent les jeunes délinquants résideront dans leur environnement familial. Nous aimons à penser que, dans la mesure du possible, les mineurs pourront participer au programme tout en résidant dans leur environnement familial. Dans ce projet nous traiterons ces jeunes dont l'environnement familial n'est pas considéré approprié dans l'optique d'une réadaptation à la société.

Le Koridallos et le site de la prison ont été choisis pour l'implémentation de ce réseau et pour l'installation de diverses activités, pour les raisons suivantes :
- Nous croyons que l'expression spatiale de tous les processus correctionnels doit se relier directement avec son environnement social et, en conséquence, avec son environnement urbain.
- Le réseau de la réhabilitation est positif pour la région toute entière. En effet, de cette façon le nombre de contrevenants est amené à diminuer puisque l'utilisation de grandes unités de bâtiments centralisateurs mène invariablement à un renforcement de la mentalité correctionnelle existante.
- En raison du caractère scolaire et éducatif du programme, Koridallos s'inscrit, au travers de ce réseau destiné aux jeunes, dans une volonté d'intégration. Des réseaux semblables pourraient fonctionner dans diverses régions de l'Attique, toujours en accord avec leurs caractéristiques urbaines.
- Le fait que cette commune ait été dévalorisée en raison de la promiscuité avec les établissements correctionnels existants, facilitera l'acceptation du réseau puisque, pour la région et les résidants, un changement d'image perceptible et progressif devrait s'opérer.

L'application spatiale de ce réseau est réalisée avec trois actes.

Premier acte :
L'expression spatiale de la première étape est réalisée dans le quartier de Chomateri, où se trouvent aujourd'hui deux écoles et une école maternelle ainsi que le... dépotoir municipal. En raison de la topographie montagneuse, la région crée une caresse naturelle. Le quartier de Chomateri est constitué par deux sites plats insérés dans le tissu urbain et en même temps à la limite de la ville. Le caractère scolaire du quartier et le paysage avoisinant rendent ce quartier approprié pour l'implantation de l'étape de l'introspection mentale. Le principe pour le règlement spatial de ces usages du quartier, qui constitue le point du départ du réseau, est la création d'une Zone Verte qui embrassera et lissera la rudesse du paysage naturel et urbain, en y renforçant donc sa nature protectrice.

Deuxième acte :
L'expression spatiale de la semi détention est réalisée avec l'intégration des espaces résidentiels dans le tissu urbain par l'exploitation des bâtiments existants et par l'exploitation des parcelles de foncier non bâti de la commune. Lors de cette étape, les jeunes commencent à établir des contacts vers l'extérieur et sont ainsi préparés à leur intégration. La coexistence harmonieuse du secteur résidentiel et de l'environnement urbain est essentielle et, en outre, c'est ce que proposent déjà des organismes internationaux tels l'ONU, Amnistie Internationale, etc.

Troisième acte :
Le troisième acte spatial traite sensiblement le vide naturel et urbain que créent les équipements correctionnels. Dans ce vide urbain, les activités éducatives et professionnelles pour les jeunes délinquants seront accueillies, ainsi que d'ailleurs les équipements publics et sportifs destinés à l'ensemble de la population du Koridallos. Le principe pour la restauration urbaine de cet espace vide est la restitution du paysage naturel. La topographie montagneuse de la région est une source importante d'inspiration et un lien connectif entre l'espace vide et son environnement urbain.

Basé sur ces principes, l'idée est de créer un nouveau paysage urbain et naturel qui remplit le vide. De nouvelles limites urbaines sont illustrées et relient le nouveau paysage naturel (la terre et la végétation) et artificiel (constructions) - à la région environnante.

La recomposition du tissu urbain commence avec l'étude du caractère de la région avoisinante.
En premier lieu, les trois réseaux urbains existants dans la région ont été illustrés. La couture du tissu urbain est réalisée en choisissant les axes fondamentaux et en les tissant. Ainsi le vide est rempli avec un nouveau tissu urbain. Lequel est accompli via de nouvelles rues qui suivent la topographie (chemins hypsométriques).

La décision d'abolir les établissements correctionnels existants et, en même temps, leur mentalité pénitentiaire nous a mené à la recherche d'un lien qui pourra serrer le vide et l'environnement urbain. Cette liaison est illustrée avec la création d'une grande Route, étroite et décisive. Cette Route-section condense les activités différentes accueillies à la deuxième étape du système de la réadaptation et rejoint le paysage urbain existant.

Le tissu urbain créé accueille des secteurs d'activité qui sont inclus à la deuxième étape du système de réadaptation : l'espace public - place publique, l'espace de résidence, l'espace des laboratoires et de culture, l'espace d'éducation scolaire, l'espace éducatif et culturel et quatre espaces verts qui fournissent aux régions avoisinantes oxygène et secteurs des loisirs.

Tous ces espaces se réunissent sur la Route-section. Ils sont reliés entre eux et aux espaces avoisinants par de nouvelles routes, les chemins hypsométriques mentionnés ci-dessus. L'application spatiale et l'efficacité des principes théoriques qui ont été mentionnés ont été soumis à l'épreuve, lorsque leur application pour régler des utilisations et des mouvements du site voisin, où quatre écoles et le Centre des Sports sont situés. Leur incorporation dans le nouveau réseau était problématique parce que les plans de ces bâtiments suivent les axes des établissements pénitentiaires. Le nouveau réseau est crée sur un nouvel axe qui supprime ceux de la prison, afin de réunir le tissu urbain endommagé.

De plus, l'accès à ces espaces était problématique quand, en raison des grands bâtiments scolaires, leur taille était disproportionnée, comparativement aux espaces créés dans l'emplacement vide de la prison. L'utilisation de la topographie était inadéquate pour l'organisation du plan et des mouvements d'espace des écoles. La solution au problème de l'accès est accomplie avec l'inclination de l'axe urbain existant. Les rues choisies, situées sur les côtés opposés du site, sont reliées mais en raison des bâtiments existants, les nouvelles routes tournent, afin de servir l'accès et les mouvements de la région. Le problème du gigantisme des bâtiments scolaires est résolu avec l'invention d'un rythme spatial qui assure une relation appropriée entre les blocs urbains. Au site vide de la prison, la façade du pâté de maisons et celle des blocs à l'avenue G. Lampraki ont été "branchés" ensemble. Sur le site des écoles, la façade du pâté de maisons situé à l'ouest du site a été reliée aux façades latérales du pâté de maisons situé à l'est du site (en raison de la forme excessivement allongée des pâtés de maisons de la région).

Notre proposition comprend la traduction spatiale du réseau de réhabilitation, la correspondance des étapes du réseau aux espaces proposés. Pas à pas, la marche des mineurs vers la liberté est illustrée.

L'espace protégé du quartier de Chomateri constitue le point de départ du réseau. Subséquemment, les espaces de semi-liberté se réalisent au moyen des espaces existants dans l'environnement urbain. Ces espaces en se réunissant autour d'un axe de circulation, mènent à la Route centrale, qui permet d'offrir spatialement aux jeunes les outils essentiels pour leur réinsertion dans la société. L'entrée des mineurs dans la société, qui constitue la fin du réseau de réhabilitation, se réalise sur la place publique.

Le procédé de réhabilitation est exprimé spatialement par l'existence de la Route centrale. Elle constitue la colonne vertébrale du système en liant les trois actes d'organisation spatiale. Sa forme illustre le chemin et les étapes importants qui mènent graduellement les jeunes à la société. Les croisements de chaque étape et de la Route centrale, transforment et établissent sa figure :
au point de départ, de l'espace protégé de Chomateri, la Route centrale est divisée en deux rues, permettant ainsi de combiner le caractère urbain et naturel de la région: un chemin naturel suit le paysage, en embrassant la région résidentielle et en soulignant la zone végétale, et une rue conforme aux axes urbains illustre l'entrée et les circulations essentielles.

En second lieu, la Route centrale est incorporée au tissu urbain, en se fondant dans une rue existante, la rue Ag. Lavras. C'est la distance la plus courte entre Chomateri et le site pénitentiaire et celui avec la plus petite inclinaison. Autour de cette rue les résidences de semi liberté sont organisées.

En se mêlant au site vide, où sont situées aujourd'hui les maisons d'arrêt, la Route centrale suit un axe urbain existant : elle branche la rue Ithaki, coupée en deux à cause du site pénitentiaire. La fin de la Route s'accomplie par l'élargissement de sa forme, pour créer un espace public où sont réalisés l'incorporation à la vie collective et la socialisation des jeunes délinquants.

Un point important et déterminant de la figure de la Route centrale est le virage qui est réalisé entre la deuxième et la troisième étape du réseau. Ce point ne constitue pas la fin de la Route centrale, mais relie le secteur des activités avec le secteur résidentiel. Ainsi le tour de l'axe principal de circulation de la Route centrale est illustré et soutenu par de nouveaux bâtiments, qui établissent des formes existantes dans l'environnement urbain avoisinant.

La forme de la Route centrale représente le croisement avec chaque secteur d'activité. Des espaces semi publics pour chaque secteur d'activité ont été créés pour faciliter l'entrée de chaque espace. Les espaces semi publics adressent principalement le secteur correspondant. Ainsi la Route centrale est divisée en espaces publics et espaces semi publics. La figure étroite et rigoureuse de la Route centrale est préservée comme axe de la circulation piétonne en relation avec celui du tramway. Les espaces publics et semi publics sont formés selon les besoins de l'environnement urbain existant.

De cette façon une notion du mouvement se révèle et la Route centrale devient un organisme vivant qui, en gardant la notion étroite de la circulation, est influencé par son environnement avoisinant.

Un réseau de réadaptation pour les délinquants juvéniles au Koridallos, en Grèce
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