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Un Palais de Justice exemplaire signé Vasconi

Le nouveau Palais de Justice de Grenoble, oeuvre de l'architecte Claude Vasconi, est exemplaire en regard de la réforme de la loi MOP, de l'évolution sécuritaire de la société et en regard de l'oeuvre d'ensemble d'un architecte attentif à la présomption d'innocence.

 
 
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"C'était mon premier projet intégrant la loi MOP", explique Claude Vasconi, lauréat du concours du Palais de justice de Grenoble en 1994. Il a livré le projet au maître d'ouvrage, le Ministère de la justice, 9 ans plus tard, en 2003. Voyons.

En 1993, Michel Vauzelle, ministre socialiste de la justice, lance le concours pour le nouveau palais de justice de Grenoble. En 1994, lauréat, Claude Vasconi prépare les appels d'offres. Le ministre de la justice a déjà changé puisque c'est le centriste Pierre Méhaignerie qui est aux commandes. L'architecte cale le chantier dans les budgets mais, en 1996, le ministre change encore. Jacques Toubon, le nouveau ministre, stoppe immédiatement le chantier.

Deux ans ont passé et tous les marchés déjà négociés n'étaient pas reconductibles, d'autant que la conjoncture avait changé. Il a donc fallu refaire le travail d'économie du projet et relancer tous les appels d'offres. "Cela nous a coûté beaucoup d'énergie et a pénalisé le projet d'une année supplémentaire", explique l'architecte.

Une fois le chantier engagé, Vasconi apprend que la pression d'eau souterraine est plus importante que prévue. Il faut donc renforcer les cuvelages étanches, un chantier très complexe qui nécessite de faire appel à des plongeurs en scaphandre. Enfin, le chantier tourne à plein régime et le palais s'élève. Mais le maître d'ouvrage, qui a décidé de regrouper dans ce bâtiment toutes les cours de justice, demande à l'architecte d'ajouter... un étage, afin d'y intégrer les extensions de programme. "Ce qui n'a pas simplifié les choses", selon Vasconi.

Enfin, dernière avanie, alors que le chantier s'achevait, l'entreprise adjudicatrice de l'agencement et des finitions dépose le bilan. Il fallut donc organiser de nouvelles recherches et de nouveaux appels d'offres. "Ce fut un chantier très délicat mais passionnant", assure Vasconi. On le croit volontiers. On le voit, au moins dans ce cas là, on ne peut guère imputer les délais à l'architecte.

Ce palais de justice est exemplaire également car il est au coeur de l'architecture et la ville, il traduit les courants de son temps. En 1994, l'architecte avait retenu d'un Palais de Justice qu'il s'agissait d'un édifice public ; il l'avait donc conçu ouvert sur la ville, ouverture symbolisée notamment par le prolongement du traitement du sol en granit du Parvis jusque dans la salle des pas perdus. "Un palais de justice ne doit pas être une maison close", dit-il.

De la justice, il avait également préféré s'attacher à la lumière . "C'est là que l'on fait la lumière sur les affaires" - plutôt qu'au glaive - "pour un palais de justice, je me suis appuyé sur le parti pris de la présomption d'innocence ; c'est après que la justice est rendue que ça se gâte" -.

Ainsi tenait-il, dans un traitement progressif, à passer du granit au cristallin. "En 1994, j'avais par exemple imaginé une banque d'accueil lumineuse", se souvient l'architecte, anticipant son Palais ouvert sur la ville, clef de voûte de son quartier. Puis les temps sont devenus sécuritaires. "En guise de banque d'accueil, j'ai dû faire un 'bunker", aux antipodes de ce que j'avais conçu", se désole-t-il, parlant de revers en pleine figure. Etonnant comme une société peut évoluer en à peine une décade. "Cette évolution sécuritaire m'a imposé des éléments contraignants mais qui n'ont pas remis en cause la structure fondamentale de l'édifice - et son idée directrice -".

En effet, si l'architecte souhaitait que l'édifice traduise le respect de l'institution, il a fait de la présomption d'innocence l'a priori de son projet. Car il s'agit de justice des hommes ; "l'idée était de réunir les éléments qui contribuent à 'désangoisser' les lieux, pour que l'on juge mieux, que le palais de justice soit un lieu de sérénité". La symbolique n'en existe pas moins, tant avec le travail sur "la magie de la lumière" qu'avec la grande aile protectrice qui couvre et protège le parvis.

Ainsi accède-t-on progressivement, au travers d'une succession d'espaces, au saint du saint, la salle d'assises - "sobre, lumineuse, avec beaucoup de bois" -, là où sont jugées les affaires les plus graves. Une salle qui peut être isolée, enclave dans l'enclave.

Enfin, ce palais de justice est exemplaire de l'oeuvre de Claude Vasconi qui ne conçoit pas "d'objets" mais préfère "écrire" ses édifices dans leur territoire. "Selon moi, l'architecture est la résultante entre raison urbaine - la meilleure façon de s'enraciner dans un site - et le 'process' issu de l'interprétation de la question posée et de la justesse de la réponse".

De fait, le Palais de Justice est désormais la clef de voûte du nouveau quartier Europole de Grenoble. Mais encore, l'oeuvre de Vasconi est une succession de réflexions dans des champs urbains à chaque fois différents, presque par principe dirait-on, dont chaque réalisation n'est qu'une pièce d'un puzzle dont l'architecte seul connaît aujourd'hui l'image d'ensemble.

Christophe Leray

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