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Un îlot dans l'îlot, ou la constitution d'un paysage public intérieur à Liège

© Cyberarchi 2019

Le projet intitulé 'Un îlot dans l'îlot', signé de Solène Le Gallo et Nicolas Lombardi, "tend à constituer un modèle du possible avenir de certains coeurs d'îlots industriels intramuros". Un projet qui préfigure, de façon intelligemment argumentée, une stratégie plus générale sur le territoire de la ville de Liège et ailleurs.

 
 
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Liège faisait partie de la famille de sites intitulée : Régénération

On dit qu'un organisme régénère une partie perdue ou endommagée si cette partie renaît de telle sorte que la fonction est restaurée.

Dans le cadre d'Europan 10, ce thème concerne les sites où la question principale de l'aménagement est : dans des aires ayant une forte identité mais aux fonctions obsolètes, comment adapter l'espace à une nouvelle dynamique des usages ?


Il était inscrit, parmi dix sites, dans la sous-rubrique intitulée : Conversion programmatique

Se convertir signifie adopter une nouvelle identité. Dans Europan 10, quelques sites réclament plus un changement des usages que des espaces. Mais comment l'adaptation de l'espace existant à de nouveaux modes de vie urbains peut-il avoir comme résultat un changement de l'identité spatiale ?

Le texte de Solène Le Gallo et Nicolas Lombardi

Le projet intitulé 'Un îlot dans l'îlot' tend à constituer un modèle du possible avenir de certains coeurs d'îlots industriels intramuros. Cette démarche ne trouve son sens que dans l'intervention adaptée au contexte présent et en devenir. Sur le quartier des Guillemins, la proximité de la Gare et de la Rambla nous pousse à voir dans ce vide potentiel un complément idéal de l'esplanade en termes de percepts, de caractéristiques spatiales, sociales et environnementales.

Le processus de transformation de l'îlot des Guillemins

Notre première volonté est de conserver le front bâti sur les quatre façades de l'îlot. Relativement opaque, il donne à son coeur un caractère intime, actuellement encombré par nombre de constructions industrielles plus ou moins précaires, le plus souvent inutilisées ou sous-utilisées. Ces dernières sont ainsi déconstruites pour laisser libre le centre de l'îlot jusqu'aux limites parcellaires du bâti existant sur rue. Nous souhaitons dans un second temps conserver ce vide libéré au maximum de sa surface.

Un principe de copie miroir de l'enceinte existante est appliqué au bord de cet espace vidé. On obtient ainsi :
>> une première séquence existante : voirie, bâti et jardin ;
>> une deuxième séquence projetée : jardin, bâti, voirie.

Le dédoublement permet de juxtaposer les 'jardins' existants et projetés, favorisant l'interface entre nouveaux et anciens occupants. Cette mise à distance a pour objectif de préserver leur intimité et le prospect entre les bâtiments. Enfin, l'anneau bâti profite à la fois de cet anneau 'jardin' privé et du coeur évidé central, copie fictive de l'espace de la rue.

L'analyse morphologique de l'existant tend à repérer neuf lots distincts de typologies de bâtis et de manières d'habiter. Selon le principe de dédoublement évoqué précédemment, nous divisions également la séquence projetée en neuf lots distincts à bâtir (numérotés de A à G). Le nouveau parcellaire constitué est soumis aux contraintes morphologiques de l'existant. Sur chaque lot, les gabarits maximum constructibles définis sont calqués sur les séquences de l'existant.

Un glissement de l'ensemble des lots permet de résoudre finement les vis-à-vis entre existant et projet, de favoriser les apports en lumière naturelle. Le résultat engendre une diversité de situations spécifiques génératrice de qualité paysagère et de qualité résidentielle.

Pour chacun des lots, les gabarits-enveloppes maximum adoptent un type d'habitat ou d'équipement spécifique en fonction de leur morphologie, de leur position par rapport au contexte environnant, de leur orientation. Au sein même des lots, la volumétrie découpée produit des espaces typifiés, chaque logement et chaque jardin est différent.

Le programme de logements intermédiaires de faible hauteur que nous proposons tente d'apporter les avantages de la maison individuelle suburbaine avec les qualités de vie en ville, dans un contexte attractif, à la proximité de la gare et des facilités de transport. En effet, le projet est conçu de manière à ce que chaque logement dispose d'un large espace additionnel extérieur. Les imbrications, volumétries et découpages parcellaires sont dessinés de telle sorte que chaque famille possède soit un jardin privé, soit une grande terrasse à double, voire triple orientation. Tous les logements intermédiaires ont leurs entrées individuelles directement en rez-de-chaussée. L'offre en termes de types d'habitats se veut la plus variée possible. La diversité porte également sur la configuration du logement qui se décline en simplex, duplex ou triplex, avec un espace de vie traversant comme point commun.

Un programme de résidence-hôtel s'insère dans le bâti le plus haut et le plus fin (lot A). Sa forme en lame courbée permet d'accueillir des typologies (studios et T2) pour les navetteurs, étudiants ou touristes.

Le Centre de Design et Métiers de l'Esthétique s'insère dans les deux dents creuses situées rue de Serbie et rue Paradis et sont des espaces 'vitrines' pour le projet. Ils ont un triple rôle : celui de servir de portes d'entrées depuis les rues de Serbie, des XXII et Paradis-Esplanade, de constituer un signal urbain et, implicitement, celui de combler et conforter le front bâti sur rue.

La constitution d'un paysage public intérieur

Le coeur de l'îlot est à la fois protégé par une double enceinte bâtie et s'inscrit en continuité de l'environnement extérieur grâce à ses portes d'entrées ouvertes sur les rue des XXII, rue de Serbie et rue Paradis. Il s'agit d'un espace ouvert à tous : lieu de promenade, de pique-nique, mais aussi possible raccourci depuis la rue Paradis jusqu'à la rue de Serbie. Son lien direct avec la future esplanade en fait des espaces indissociables et complémentaires.

L'espace central devient ainsi un grand jardin public. L'enjeu de ce jardin en coeur d'îlot a toute son importance dans une démarche de végétalisation globale à l'échelle métropolitaine. Plus la ville est dense et plus la nature doit y trouver sa place. Elle permet de faire exister l'équilibre, de pallier à la densification progressive du tissu urbain. Elle est un stimulateur, un agitateur poétique, elle permet de 'fertiliser' nos villes et de les 'scénographier' par petites touches et petites poches végétales spécifiques.

Le jardin a également son rôle à tenir dans la qualité d'usage de cette opération de logements. Il offre un large espace de loisirs collectif pour les résidents et permet également de gérer l'intimité des entrées privées vis-à-vis de son statut public et de ménager, grâce à son relief, des sorties piétonnes pour le parking souterrain.

La reconnaissance d'une étendue disponible

Ce projet préfigure une stratégie plus générale sur le territoire de la ville de Liège. Nous avons intuitivement relevé nombre de situations similaires pouvant être raccordées. L'intervention sur le site de Guillemins est donc le premier maillon de la chaîne, le déclencheur d'un projet métropolitain sur le plan environnemental. A l'échelle du projet d'îlot, nous nous sommes attachés à définir un principe urbain clair, s'appuyant sur des logiques existantes et sur des stratégies de densification, d'occupation des sols. Ce principe peut devenir prescriptif pour la constitution d'autres paysages urbains liés aux opportunités foncières des coeurs d'îlots.

Pour valoriser les coeurs d'îlots, nous proposons d'établir quelques règles de base telles que :

  • les 'nettoyer', les désengorger de leurs installations industrielles précaires sous-utilisées, qui ont peu d'intérêt dans la densification et valorisation des sites ;
  • les préserver vides dans les stratégies de densification en développant un programme de dés-engorgement foncier, visant à limiter l'emprise constructible au sol à 30% de la surface totale du terrain ;
  • rétrocéder à la ville l'emprise non constructible comme potentiel espace public en liaison avec les espaces publics alentours.
Consulter également nos dossiers :

>> 'Europan 10 : les Français primés sur sites à l'étranger' ;
>> 'Europan 10 : les Français primés, sur sites en France'.

Et nos album-photos :

>> 'Europan 10 : du Portugal à l'Espagne, en passant par la Suisse et la Norvège' ;
>> 'Europan 10 : de Saintes à Alès, par Triel et Seilh...'.

Un îlot dans l'îlot, ou la constitution d'un paysage public intérieur à Liège
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