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Un congrès de l'UNSFA réussi qui traduit bien les mutations du métier d'architecte

Christophe Leray, rédacteur en chef de Cyber Archi, livre dans cette tribune ses impressions à l'issue du 34ème congrès de l'Unsfa qui s'est déroulé à Nantes les 2,3 et 4 octobre dernier.

 
 
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De fait, les architectes évoluent car leur monde a d'ores et déjà changé. Aujourd'hui les cravates sont plus nombreuses et les noeuds pap en voie de disparition. Le tutoiement est en revanche toujours de rigueur.

Les architectes sont attentifs à ce que disent leurs syndicats mais ils gardent un certain recul vis-à-vis de ces mêmes syndicats. Ils approuvent, ou désapprouvent, les objectifs syndicaux, sans pour autant songer, pour ceux qui ne le sont pas déjà, à se syndiquer. Ils se méprennent souvent sur le rôle de l'Ordre qui n'en peut mais...

François Pélegrin, président réélu haut la main à la tête de l'Unsfa, ne ménage pourtant pas ses prêches avec l'objectif avoué d'atteindre le nombre de 2.500 adhérents, soit 1/10ème des architectes, afin de pouvoir peser d'un poids plus fort. Michel Roulleau, président de l'Unsfa 44, peut donc s'exclamer lors de l'assemblée générale : «Vous êtes représentatifs» ; les délégués eux-même sont parfois en proie au doute : «le sommes-nous vraiment ?».

La décision de reporter les Assises Nationales risque de laisser un goût d'inachevé auprès de quelques confrères. François Pélegrin devra par ailleurs prendre garde de ne pas se faire instrumentaliser. La virevolte concernant l'attribution du prix de l'innovation délivré par l'Unsfa est à cet égard regrettable. En effet, sur les neufs projets présentés, dont le critère principal, en regard du thème de ce congrès, était la concertation, pas un n'eut l'air de plaire au jury. Ce qui en dit long d'ailleurs sur le chemin qui reste à parcourir pour les architectes dans ce domaine, un travail qualifié de «longue haleine» par François Pélegrin. Du coup, un projet de la ville de Nantes, hôte de ce congrès, fut opportunément qualifié vainqueur, pour la plus grande joie de Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et député influent, et de Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, qui lui a remis ce prix.

Cette allégeance manifeste n'est peut-être pas de bon augure alors que François Pélegrin s'apprête à rejoindre le cercle des dix personnalités censées superviser la nouvelle agence pour le renouvellement urbain mise en place par Jean-Louis Borloo justement, une invitation que le président de l'Unsfa a immédiatement accepté. Il ne faudrait pas que ce cercle devienne rapidement celui des opposants disparus.

En tous cas, la création récente du Syndicat de l'Architecture, visiblement déjà en excellent terme avec l'Ordre, a réveillé l'Unsfa. Cette compétition des syndicats est arrivée à point nommé, au moment où les architectes se trouvent dans l'obligation d'avoir une voix suffisamment organisée pour qu'elle ne soit pas qu'un murmure. Le coup de François Pélegrin, qui a réussi à réunir Jean-François Chesnais, du Syndicat de l'Architecture et Jean-François Susini, président de l'Ordre, - il leur donne même du «camarades» - est une formidable réussite. Reste à voir cependant si l'efficacité du Livre Blanc (dont on ne pourra pas juger avant le printemps prochain, au plus tôt) et, pour ce qui concerne les PPP, si les résultats du juridisme, aussi pointilleux que discret, mis en place par l'Ordre seront au rendez-vous.

On peut comprendre que le Syndicat de l'Architecture, qui a encore besoin de temps pour gonfler ses troupes, ne soit pas malheureux d'être un simple passager de première classe dans cet attelage. Mais qu'est-ce qui a poussé l'Ordre, qui appellait il y a peu encore à la mobilisation, à changer subitement d'avis ? J.F. Susini s'est-il trouvé contraint par sa tutelle de calmer les ardeurs des architectes ? Juste avant un congrès auquel ni Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture - en déplacement à Florence (Italie) - ni Ann-Josée Arlot, chargée de l'architecture au Ministère de la Culture et de la Communication. - excusée -, ne purent participer ? Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, pouvait alors sortir de sa manche un poste honorifique apte à consoler tout le monde et le tour était joué.

Cela dit, les architectes évoluent. Non seulement il y eut une manifestation l'an dernier, mais ils disposent (disposeront pour être plus précis) d'une nouvelle convention collective qui inclut une nouvelle grille des salaires, un nouveau statut des sociétés d'architecture et plusieurs grandes causes.

Grandes causes qui sont apparues bien loin de cet architecte qui s'est exclamé à l'issue d'une table ronde : «Nous travaillons dans des conditions de plus en plus difficiles, en terme de délais et de conditions économiques sans parler des 10% du chiffre d'affaires récupérés par des assureurs qui m'essorent. Je pense qu'un syndicat professionnel doit s'occuper en priorité de ces problèmes», dit-il.

Il est vrai que presque tous ont habituellement le nez dans le guidon et que ce congrès fut, pour beaucoup d'entre eux, un véritable bol d'oxygène, littéralement d'ailleurs quand il a fallu rejoindre le château de la Poterie en bateau. Il est vrai que Michel Roulleau, président de l'UNSFA 44, avait bien fait les choses, ce dont les architectes lyonnais, malgré leur perpétuelle ironie amusée, ont dû convenir. D'autant plus que lors de la dernière soirée, ils étaient tous conviés à découvrir les maquettes gigantesques réalisées par la troupe de théâtre de rue 'Royal de luxe', maquettes qu'ils ont pu apprécier en connaisseurs. Au terme de deux journées sérieuses et studieuses - «c'était dense», s'est exclamé un architecte à l'heure des huîtres - ce «privilège» les a, ne serait-ce qu'une soirée, réconcilié avec l'artiste qui sommeille en eux.

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