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Un collectif d'étudiants revendique un débat de fond et maintient la pression

© Cyberarchi 2019

Loin d'être convaincus par les arguments de Ann-José Arlot (lire à ce sujet sa tribune intitulée 'Remarques sur la réforme du 3-5-8'), des étudiants en architecture ont créé le «Collectif indépendant de défense de l'Architecture» (COIDA) afin de faire valoir leur point de vue. Les organisations professionnelles, pourtant «plus cohérentes», sont aussi sur la sellette. Rencontre.

 
 
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L'entretien s'est déroulé en présence de : Claire Bailly, présidente, étudiante à l'EA Paris La Villette ; Liza Zielberg, trésorière, étudiante à l'EA Paris Belleville ; Nabil Hamdouni, étudiant à l'EA Paris Belleville et Vincent Saullier, jeune diplômé, doctorant à l'EA Paris Belleville.

CyberArchi : Qu'est-ce qui vous à amené à créer cette association : «COIDA : COllectif Indépendant de Défense de l'Architecture» ?

COIDA : C'est une idée ancienne rendue possible après une série d'évènements. Le mouvement des étudiants en architecture de juin 2003, principalement axé sur les questions des Partenariats Public-Privé (PPP) et de la réforme du Code des Marchés Publics, nous a fait ressentir la nécessité pour les étudiants de se structurer afin de créer un répondant institutionnel. De grandes étapes ont encore été la séance de présentation du livre blanc des architectes le 7 février, puis l'AG du 3 avril dernier. Cette dernière, qui avait pour but de positionner les étudiants par rapport à la réforme, a d'une part révélé des divergences d'opinions, d'autre part rassemblé les énergies nécessaires à la création du COIDA.

COIDA met en forme le collectif inter-écoles qui a organisé l'AG du 3 avril, composé d'étudiants des écoles d'architecture de Paris Belleville, La Villette, Malaquais et Val de Seine (Perret).

Nous nous adressons d'abord aux étudiants. Cependant, comme à l'occasion du mouvement de juin, de jeunes diplômés s'adressent aux étudiants mobilisés pour leur faire part de leurs difficultés et nous leur serons encore particulièrement ouverts. Enfin, nous souhaiterions intéresser les architectes installés, ce qui s'avère difficile. Et, encore plus ambitieux, nous souhaitons ouvrir les questions qui nous préoccupent au plus grand nombre, puisque nous les considérons d'intérêt public.

Quels sont vos objectifs ?

Quelle est votre priorité ?

Nous plaçons en priorité la réforme de l'enseignement dite Licence-Master-Doctorat (LMD), réforme visant à harmoniser les cursus universitaires. Il s'agit de remettre en question ses points obscurs et désigner ses effets. Il s'agit surtout que cette réforme soit l'occasion d'un vrai débat de fond sur l'architecture et son enseignement, et non pas un tricotage technocratique comme c'est le cas actuellement.

La question des PPP nous préoccupe également, nous ne manquons pas de faire des rapprochements avec la réforme en cours, mais nous nous concentrons sur la question de l'enseignement.

Dans un courrier daté du 21 avril dernier adressé à Ann-José Arlot (Directrice, chargée de l´architecture, adjointe au Directeur de l´architecture et du patrimoine. NdR), tout en vous prononçant favorable à une réforme, vous refusez la réforme en son état actuel et dénoncez le processus de concertation. Quel rôle comptez vous faire jouer à votre association dans le débat sur la réforme ?

Nous revendiquons un débat de fond. Ce n'est pas ce que nous a proposé la DAPA puisqu'il ne s'agissait que de présenter un projet en cours de réalisation et débattre de questions de forme. Notre association se veut un outil pour que la voix des étudiants puisse se faire réellement entendre.

Notre intention première est de rassembler des éléments du débat et de mettre à plat les questions qui n'ont pas été posées. Nous souhaitons ensuite informer et mobiliser un maximum d'étudiants sur les enjeux qui les concernent. Une revue est en préparation et notre site Internet (http://www.COIDA.ifrance.com) est d'ores et déjà disponible. Une grande assemblée générale est prévue début juin.

Vous estimez que la Formation à la Maîtrise d'oeuvre* (FMO) présentée comme formation de troisième cycle des études d'architecture, va basculer progressivement vers une licence d'exercice délivrée par des professionnels. Ann-José Arlot vous répond que ces craintes ne sont pas fondées. Comment percevez vous la FMO ?

La FMO part d'une dissociation entre le diplôme d'architecte et la maîtrise d'oeuvre, à laquelle nous nous opposons. Cela ne sert pas la qualité de l'enseignement ni de la profession : qu'est-ce qu'un architecte qui n'a pas le droit de construire ?

La FMO est une manoeuvre démagogique, une formalité, qui ne résout en rien le problème de la formation des jeunes diplômés. Qu'est-ce qu'un an pour disposer des connaissances nécessaires à la maîtrise d'oeuvre ? Sur ce point, la proposition des syndicats serait plus cohérente, sans être plus réjouissante pour nous.

Surtout, la solution au problème de la formation à la maîtrise d'oeuvre consiste-elle à professionnaliser la dernière année d'études d'architecte et à réduire le nombre de maîtres d'oeuvre ?

La formation professionnelle a-t-elle une place dans les études ?

Actuellement, nous ne pouvons que constater que les stages sont de mauvais stages pour la plupart. Ils ne traitent pas des fondamentaux et n'apprennent surtout pas à devenir autonome.

Quant aux stages au sein du cursus, ils auraient plutôt tendance à perturber l'étudiant. Même si certains tirent parti de ces stages, il s'agit pour la plupart d'envoyer l'étudiant au casse-pipe. Au sein des écoles, le projet est considéré comme un processus ; en agence, le projet aboutit à un objet fini. Nous sommes pour le maintien dans les écoles d'une certaine utopie autour du projet !

Enfin, entre automatisme et sélection pour l'accès à cette FMO, le flou est entretenu, et on est en droit de craindre un élitisme, avec une hiérarchie qui ne manquera pas de s'installer entre titulaires de la FMO et les diplômés en architecture.

Les syndicats et l'Ordre qui prônent la Licence d'Exercice la présentent aujourd'hui comme un contrat spécial pendant lequel l'employeur s'engage à délivrer les compétences nécessaires à l'obtention de la Licence. Est-il nécessaire selon vous de reconnaître un certain degré de formation professionnelle ?

Nous ne pouvons que déplorer le mépris exprimé le 7 février par le président de l'Ordre François Susini, par ailleurs farouche défenseur de la licence d'exercice, pour les étudiants et enseignants. Dans ce contexte, la licence d'exercice est un sujet délicat.

Le projet soutenu par les syndicats d'architectes et l'Ordre n'est tout simplement pas applicable. On peut s'interroger de la qualité d'un stage de 3 ans, lorsque l'on considère la qualité du stage de 4 mois actuel. Encadrer les jeunes diplômés dans le but de les former nécessite des compétences spécifiques, notamment en matière de pédagogie, que l'on ne peut pas généraliser aux professionnels. Surtout, cela nécessite du temps. Or ce qu'attendent les professionnels d'une recrue est d'être opérationnelle et rentable. Nous reconnaissons que cette proposition est plus cohérente que celle de la DAPA, va plus à fond dans les objectifs, mais est néanmoins impossible à réaliser.

L'autre question est que le stade professionnalisant post-diplôme peut irradier l'ensemble des études car, d'une part, les agences pourront avoir des exigences sur les compétences de leurs recrues et, d'autre part, opérer une sélection à la sortie de l'école. En conséquence, les écoles devront bien infléchir leur pédagogie si elles veulent que leurs étudiants puissent prétendre à l'obtention de la licence.

Qui doit sanctionner cette capacité à l'exercice de la maîtrise d'oeuvre ?

Nous ne sommes pas pour la licence d'exercice, aussi nous ne pouvons pas répondre à cette question. Toutefois, il est nécessaire de rappeler que les études d'architecte enseignent le projet, que seuls les enseignants sont donc en mesure de délivrer le diplôme d'architecte.

Le Projet de Fin d'Etudes prendra place dans le dernier semestre du nouveau cursus. Il remplace le TPFE actuellement inscrit en 6e année. Vous craignez que les 4 mois du second semestre de deuxième cycle ne soient pas suffisants pour préserver la qualité de ce travail, ce dont Ann-José Arlot se défend. Comment envisagez-vous la teneur du diplôme d'architecte ?

Le TPFE exprime l'aboutissement d'une réflexion de l'étudiant en fin de cursus ; il est la mise en forme d'une maturité. Il ne semble pas être perçu ainsi par la DAPA.

Vincent Saullier, doctorant diplômé en architecture : le TPFE ne sert pas à rendre compte des capacités techniques à se fondre dans la conjoncture de la profession mais constitue un contrat moral pour le diplômé, qui rend compte devant témoins du niveau d'exigence éthique, artistique, et citoyen vis à vis de la profession.

Le TPFE constitue une base pour l'évolution personnelle de l'étudiant. Son élaboration requiert du temps, ce dont la nouvelle réforme le prive.

Pourquoi contestez-vous également la transformation des DEA et DESS en masters ?

Nous ne contestons pas la transformation des DESS en masters, mais la création de différents masters : Professionnel, Recherche et Général qui provoquent l'éclatement de la profession et de la discipline architecturale. C'est en outre la porte ouverte à la sélection.

Où se situerait donc l'orientation vers ce que l'on appelle aujourd'hui les «métiers de l'architecture» ?

A priori en post-diplôme. Mais les métiers de l'architecture sont à définir entre les écoles et les milieux d'exercice de ces métiers. Cette question concerne tout le monde : c'est celle de la place de l'architecte dans notre société, question qui n'a pas encore été débattue.

Vous critiquez la hâte avec laquelle le projet de doctorat est mis en place. Pourtant, l'idée n'est pas neuve, et les références ne manquent pas en Europe. En quoi le doctorat constitue-t-il un problème ?

Le doctorat en architecture dans le champ «projet», enjeu d'un doctorat spécifique des écoles d'architecture, (et non pas «associé à l'architecture» comme c'est le cas en France) n'existe que marginalement à Rome ! Le doctorat en architecture de champ projet n'est pas programmé ni même projeté par le ministère.

En outre, le projet de doctorat reste flou. Pourtant il pose la question de la recherche en architecture. Ce sujet demande lui aussi un débat approfondi et un vrai débat. Ceci rejoint une fois de plus notre volonté que soient posés des élément clairs afin de débattre de façon constructive.

Propos recueillis par Ludovic Ghesquière


*Pour rappel : extrait du projet de réforme :
Art. 23.- «La formation conduisant à la capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre en architecture est une formation d'approfondissement et de spécialisation pour l'exercice professionnel de la maîtrise d'oeuvre en architecture.

Elle doit permettre aux architectes de se situer en tant que maître d'oeuvre, d'anticiper les évolutions de la maîtrise d'oeuvre en architecture, de maîtriser les conditions, les savoirs et les méthodes qui lui sont spécifiques, d'en intégrer les possibilités et d'en assumer les effets au sein d'une conception et d'une réalisation architecturales».

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