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Tuteurs urbains

© Cyberarchi 2019

Les projets de tours que nous voyons se développer autour du monde font la plupart du temps l'apologie de cette typologie en tant qu'objet qui pourrait être créé ex-nihilo dans quasiment toute sorte de contexte. Or, la tour en tant que réponse au problème de l'étalement urbain ne peut se satisfaire de ce statut. Elle doit s'inscrire dans la continuité d'une pensée sur l'évolution de la ville dépassant les architectes, les urbanistes et même les pouvoirs politiques.

 
 
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Pour amorcer l'application de cette idée utopique, nous avons choisi Lyon, représentative de la grande ville européenne. Elle apparaît dans l'antiquité romaine, aux creux des collines et aux confluents de deux cours d'eau. Elle se développe sur une trame urbaine carrée articulant le fort (castrum), le forum, le port ainsi que les grands amphithéâtres. La ville, en organisme vivant, procède de bonds évolutifs. Le suivant, dans le cas lyonnais, se situe au moyen-âge.

Après la chute de l'empire, quelques vestiges subsistent de la trame romaine et les édifices de la civitas, autrefois majeurs, côtoient désormais les cathédrales. Comme partout ailleurs, les habitants ont façonné la géographie de la ville en fonction de leurs besoins, transformant notamment l'île de Canabae en presqu'île et créant un tissu urbain à la fois dense et anarchique. Le temps allant, le processus s'amplifie sous le règne du roi soleil jusqu'aux barrières naturelles du relief et jusqu'aux fortifications stratégiques.

Un système de rachat des îlots insalubres est mis en place, financé, entre autres, par la vente des futurs immeubles. Le percement de grandes avenues redonne enfin une logique au tissu urbain.

Aujourd'hui, comme à la chute de l'empire Romain, la ville est redevenue sauvage. Comme au moyen-âge, malgré les règlements, l'étalement, la déforestation et l'anéantissement des terres cultivables sont incontrôlables. L'urbanisme d'après-guerre est un échec et rien ne semble désormais limiter l'expansion du tissu pavillonnaire. Comme au XIXe siècle, le pouvoir politique pourrait avoir un projet urbain global pour résoudre cette crise. La démarche, forte, imposerait une trame de base permettant de développer en toute liberté un nouvel urbanisme et une nouvelle architecture.

Placées en des endroits stratégiques, des tours, intégrées au tissu urbain actuel, peuvent résorber les problèmes liés à l'expansion de l'agglomération. Toutefois, au sud, la ville n'a jamais pu s'étendre à l'extrémité de la presqu'île. Comme à New York, les tours peuvent ainsi être perçues comme la réponse à une impasse géographique. A l'ouest et au nord, les collines marquent une autre rupture derrière laquelle un tissu pavillonnaire s'étale. A leur sommet, les tours offrent dès lors une solution d'extension raisonnée. A l'est, d'autres pôles de tours peuvent guérir un paysage dévoré par le patchwork de barres de béton et d'habitat individuel s'étendant vers les Alpes.

Ces tours sont, plus que des bâtiments, un réel retournement du tissu urbain où toutes les composantes de la ville doivent impérativement se verticaliser : rues, transports, logements, bureaux, commerces, loisirs, industries, édifices publics et privés, 'plan vert', tout cela dans l'autonomie énergétique.

En transformant d'abord les propriétés extérieures à la ville dense en bail avec échéance à long terme, puis en créant l'assise d'une urbanité verticale sur un noyau public financé par l'Etat sur la base de la vente des parcelles en hauteurs, les conditions d'un terra-forming seront, comme sur Mars, garanties. La nature reprendra ses droits tout en cohabitant avec l'homme.

Aujourd'hui, de nombreux projets tentant de résoudre le problème de l'étalement urbain, aboutissent à des solutions extrêmes où l'environnement bâti se retrouve prédéterminé, homogénéisé et la liberté de mouvements très largement restreinte et tributaires de technologies.

Tout l'enjeu de notre projet est de permettre la densification de la ville par l'exploitation de la dimension verticale tout en retrouvant la richesse et la complexité urbaine et architecturale qui caractérisent les villes 'horizontales', c'est-à-dire :

  • un environnement bâti et des espaces urbains diversifiés capables de se transformer dans le temps ;
  • une liberté de circulation et de mouvements (possibilité de se promener, choix d'itinéraires variés) ;
  • une mixité programmatique.

Notre projet propose les infrastructures suivantes comme support de densification :
Des tours structurelles
Véritables rues verticales, elles contiennent les réseaux urbains et les systèmes de transport permettant à des projets privés et publics d'architecture variée de se greffer sur son squelette. Elles fonctionnent par module de 150 mètres de haut.

Les noeuds urbains
Ils permettent, chaque 150 mètres, d'intercaler entre les tours structurelles des espaces publics (placettes, parcs ou véritables esplanades) et permettent des connexions, prévues à court ou long terme, avec les tours structurelles voisines (construites ou futures). Ils constituent de nouveaux sols de référence dans la ville.

Les passerelles reliant les tours
Ces connections offrent des choix d'itinéraires variés et permettent l'évacuation rapide des usagers vers les tours voisines en cas d'incendie par exemple. Elles servent également à stabiliser les tours structurelles au vent.

Ce concept urbain permet une transformation progressive et contrôlée du paysage urbain grâce à une densification verticale de la ville par palier de 150 mètres. Les 'noeuds urbains' permettent la création de nouveaux espaces publics et de nouveaux réseaux de transports à mesure que la densité de population augmente.

Afin d'impliquer et de sensibiliser la population aux démarches de protection de l'environnement, la valorisation des déchets (production d'énergie / recyclage), la gestion de l'eau et la production d'énergie se fait par une gestion de proximité dans chaque tour.

Laurent Bariat, Yann Magnet

Consulter notre dossier 'Gratte-ciel : une typologie pour un exercice de style' ainsi que notre album-photos 'Des tours de nouvelle génération ?'.

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