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«Tu as vu, on a invité des jeunes»

Les étudiants étaient rares à participer au 34ème congrès de l'Unsfa. Quelle vision des architectes et de leurs syndicats ont donc ces jeunes qui ont fait l'effort, par hasard ou curiosité, de venir au congrès ? Une vision décalée, pour le moins. Rencontre.

 
 
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Ces derniers, pour la plupart étudiants en fin de cycle, offrent un regard peu amène sur leurs instances représentatives, les délégués de l'UNSFA étant même qualifiés de «vestiges» par l'un d'eux, particulièrement remonté et qui appelait d'ailleurs à la disparition pure et simple de l'ordre des architectes.

Première déception, la difficulté pour eux d'accéder au congrès. «Nous sommes là un peu par hasard, par curiosité, mais surtout parce que c'est l'école (d'architecture de Nantes) qui a payé les 60 euros de droit d'entrée. Une somme énorme pour ces étudiants qui estiment que, «quitte à avoir des industriels présents au congrès, pourquoi faire payer l'entrée, surtout pour les étudiants ?» «Nous sommes invités pour faire du nombre dans la manif (du mois de juin dernier. NdR) ou en support visuel, 'tu as vu, on a invité des jeunes'», ironise-t-il.

Pas impressionnés par les thèmes retenus (proximité du citoyen, HQE, etc.) - «on en parlait déjà il y a 50 ans, c'est le fond de commerce de ces congrès», disent-ils - ils avouent ne rien connaître, ou si peu, des syndicats. «Comment s'appelle l'autre syndicat ?», s'enquiert l'un deux. «Ca ne m'est jamais venu à l'idée de me syndiquer, je ne connais même pas les syndicats», dit un autre. «Je bosse chez un archi, c'est comme ça que j'ai entendu parlé de l'Unsfa», explique un troisième. «Si je me syndique, ce ne sera en tous cas pas à l'Unsfa car il n'a pas d'autre ligne politique que 'oui mais' ou 'non mais'», fustige un autre qui ne se reconnaît nullement dans les architectes présents au congrès. «Ils sont en complet décalage», dit-il relevant la non-représentativité des salariés et, selon lui, la méconnaissance de la réalité de la profession.

Une profession qu'ils envisagent avec un peu d'angoisse. «On a déjà un cycle long, 6 ans voire plutôt 8 ans, et au bout, on sera incapable d'avoir une activité soutenue», est l'un de leurs principaux griefs. «La vision de l'enseignement par l'Unsfa n'est pas cohérente», assure un étudiant. «Tous les syndicats et l'Ordre sont pour la licence d'exercice, les étudiants sont plus dubitatifs», assure-t-il. Ils sont plus prolixes concernant l'enseignement qu'ils reçoivent, sans doute parce que c'est, du métier, ce qu'ils connaissent le mieux. «Les écoles d'architecture forment aux métiers de l'architecture, pas au métier d'architecte» ; «La licence d'exercice est une fausse solution car un architecte est toujours confronté à de nouveaux problèmes» ; «Comment signer des marchés ? Je ne l'ai pas appris» ; «On manque d'expérience en sortant de l'école, on devrait avoir une formation alternée».

La réforme prévue de l'enseignement qui prévoit une uniformisation européenne ne les réjouit guère. «Le but est-il de préparer des petites mains sous-payées pour les agences ?» s'interroge l'un d'eux. «Personne ne sait ce qui va se passer, ça reste hyper flou», dit un autre. «Il y a une grosse réticence des étudiants», assure un troisième qui explique à ses collègues qu'un syndicat étudiant est en train de se créer. Avec quelles revendications ? «Le retrait des ordonnances, pas de réforme de l'enseignement telle qu'elle se dessine aujourd'hui et pas de formation de sous-architectes». Un programme effectivement en décalage avec les propositions des deux syndicats et de l'Ordre.

Christophe Leray

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