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Trois escaliers ou l'ascension parisienne de [BP] Architectures

© Cyberarchi 2020

Origami de métal aux reflets changeants, les escaliers de l'hôpital Trousseau (Paris XIIe) s'érigent en présence surgissante à l'assaut du bâtiment Paul-Luis Chigot. [BP] Architectures, membre du collectif Plan01, propose ici une architecture de l'inattendu. Visite.

 
 
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Détour avenue du docteur Arnold Netter lors d'une parenthèse ensoleillée d'un mois de décembre presque doux. Les habits métalliques des escaliers de secours de l'hôpital Trousseau brillent derrière les pavillons d'entrée tout de briques. En cette heure matinale, Paris s'éveille. Direction l'agence de l'avenue de Reuilly pour de plus amples explications.

Au lendemain d'une 'AMAP' (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne), sigle cachant une vente de produits frais organisée au sein de l'agence, Ignacio Prego, l'un des deux associés de [BP] Architectures, s'avance, élégant, coiffé d'un étrange chapeau égaré la veille par un visiteur occasionnel.

Jean Bocabeille, le second associé, résume l'idée qui a gouverné le projet : "Il s'agissait d'un programme qui n'est pas un élément d'architecture mais un élément fonctionnel, trois escaliers qui impactent l'environnement. Il a fallu déposer un permis de construire et l'avis des architectes des bâtiments de France était nécessaire. Ils nous ont encouragés à donner une dimension architecturale au projet", dit-il. Dès lors, l'originalité du dessin est née : "Puisqu'il fallait évoquer une intention architecturale, nous avons fait des propositions", raconte Jean Bocabeille avec un grand sourire.

Ignacio Prego reprend : "Il fallait échapper avant tout à la banalité du site, chercher une forme plus libre qui puisse autant évoquer une tour d'assaut, un totem que l'univers de Goldorak, cet univers enfantin qui est encore le nôtre". En somme, il s'agissait de faire de l'architecture là où on ne l'attendait pas.

Surprise ! L'inattendu est au rendez-vous. Solweig Doat, jeune architecte de l'agence, précise qu'"il y eut d'abord un premier chantier avec percement des façades. Nous nous sommes rendus compte qu'elles n'étaient pas assez solides. Il a fallu alors recommencer les études et nous avons du changer le système". De fait, derrière la simplicité apparente d'un escalier se cache l'impensable complexité d'un chantier au coeur d'un hôpital en pleine activité.

"Nous n'avions aucun choix concernant la position des escaliers", expliquent-ils. Alors, pour chaque élément, un schéma structurel audacieux sur un seul poteau a du être pensé et conçu ; un parti qui minimisait ainsi l'impact de la structure porteuse sur les niveaux inférieurs occupés par des services hospitaliers. La gestion avec l'AP-HP étant complexe, l'enchevêtrement des structures par ailleurs nécessitait un réajustement permanent. In fine, l'escalier est ancré dans le sol par quatre piliers, l'ensemble est ensuite rattaché par le haut.

A la complexité, [BP] Architectures joint la rapidité d'exécution. Le parti pris métallique s'en trouve ainsi justifié. "Le métal s'impose dans de telles circonstances tant par sa souplesse d'exécution que le fait qu'un tel chantier impose une mise en oeuvre aussi rapide que possible afin de ne pas immobiliser les espaces de l'hôpital", soutiennent les architectes.

Solweig Doat revient alors sur les aspects esthétiques envisagés : "L'utilisation du métal déployé s'explique également par la volonté de jouer sur les transparences, la volonté de voir sans être vu", dit-elle.

Les architectes le savent, un projet réussi est souvent en partie le résultat d'une étroite collaboration avec une entreprise qui se l'approprie. Ici, ceux de [BP] Architectures tiennent à souligner "l'incroyable entente" avec l'entreprise de métallerie, S3M. Etudes : prototypes, création d'une pièce spécifique aux allures de rotule à l'esthétique soignée, ont été les étapes nécessaires pour mettre en oeuvre une série, déclinée en plusieurs dimensions types, de panneaux réalisés sur mesure. De l'avis de ses auteurs, sans cette fructueuse coopération, le projet n'aurait vraisemblablement pas été aussi saisissant.

Un travail de recherche qui, au final, permet à [BP] Architectures d'imaginer d'autres usages. "Nous travaillons souvent avec du métal mais il s'agissait ici d'une première avec du métal déployé. Nous reprenons aujourd'hui ce système à Aubervilliers où nous venons d'habiller un bâtiment existant d'une nouvelle façade", relève Solweig Doat. Depuis trois ans et demi à l'agence, la jeune lauréate du Grand Prix d'architecture des Beaux Arts en 2008 regarde avec fascination ces escaliers, une expérience inédite qui, selon elle, "forge le caractère".

A l'échelle de l'agence, ce projet, aussi modeste soit-il, est aussi un moyen de revenir à Paris. Après une intense activité à l'étranger, de Kingston (Jamaïque) à Saïgon (Vietnam), notamment pour le compte du Ministère des Affaires Etrangères, Jean Bocabeille et Ignacio Prego multiplient les projets parisiens. Logements HQE place de la Bastille ou encore ZAC Rive Gauche, maison de la petite enfance à Epinay-sous-Sénart, centre de secours à Aubervilliers.

Plus qu'une simple étape, il est ainsi permis de penser que les escaliers de l'hôpital Trousseau furent pour ses concepteurs un Triptyque ascensionnel.

Jean-Philippe Hugron

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