• Accueil
  •  > 
  • Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Rejoignez Cyberarchi : 

Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon

© Cyberarchi 2019

L'isolation est au coeur même de la problématique de l'économie d'énergie. Etonnamment, ses performances améliorées passent autant par un retour à des procédés anciens que d'avenir. De la laine de mouton au panneau isolant sous vide, en passant par le chanvre et la banane, le point sur ce qu'offre Batimat à ce sujet.

 
 
A+
 
a-
 

Plantes vertes, petites cabanes en bois, l'endroit consacré à l'isolation naturelle dans le Hall 1 peut, pour une minute, faire penser à ces foires des années soixante où des producteurs du Larzac venaient exposer leur laine de mouton, leur chanvre, leurs plumes et autres produits écologiques. Jusqu'à ce qu'un homme utilise la cabine dédiée à l'isolation acoustique afin de s'isoler et parler tranquillement, loin du brouhaha, dans son téléphone portable... Nous sommes bien en 2005 et Batimat, dans une logique de développement durable, propose des isolants d'origine animale ou végétale qui, s'ils doivent encore un peu, sans doute, à l'utopie des pionniers, s'inscrivent désormais dans une logique industrielle.

D'ailleurs, c'est une collaboration entre la société vendéenne Nap'tural et l'industriel Saint-Gobain Isover (Altermat : Hall 1, Stand M77) qui a permis de développer un procédé, baptisé Batiplum, permettant la valorisation de plumes de canards issus de l'abattage. Isolant breveté, il se présente sous forme d'une nappe de plumes et de duvets de canard, conditionnée en rouleaux. L'intérêt est que ce procédé offre un usage des «grandes plumes» des volatiles, récupérées en sortie d'abattoir, lesquelles sont inutilisables dans les filières habituelles de la literie, l'ameublement et la confection. Pourquoi les canards et non les poules ? Parce que les plumes des premiers sont courbes tandis que celles des secondes sont plates. Ces plumes, produites sur la façade ouest du pays (Bretagne, Vendée, Landes où l'on sait depuis longtemps que faire de la chair de l'animal !) sont ensuite lavées afin d'éliminer les allergènes, les acariens, etc.

Batiplum, constitué à 70% de plumes, 10% de laine de mouton et 20% de fibres textiles polyester (liant), se révèle selon ses concepteurs comme une excellente isolation thermo-acoustique. Après avoir effectué et homogénéisé le mélange des plumes et des fibres dans les proportions adaptées à l'utilisation prévue, la nappe ainsi constituée est traitée thermiquement et mécaniquement pour lui donner la résistance et l'épaisseur souhaitées. La nappe finale est enfin découpée et mise en rouleaux, aux dimensions exigées par le client.

Les canards ne sont pas seuls à être mis à contribution puisque la laine de mouton semble être le matériau naturel le plus promu, au regard du nombre des exposants. Laine d'ailleurs récupérée sur des animaux morts ou vivants. Son origine est diverse puisque de la laine vient de Camargue, d'Autriche, etc. Les pays riches en matière première renouvelable, Algérie, Tunisie notamment, regardent d'un oeil intéressé le développement de la tendance, qu'ils espèrent durable, dans des pays situés plus au nord. L'entreprise Europe Laine (Hall 1, Stand K77), qui a mis au point un brevet de lavage de la laine, y a d'ailleurs exposé avant de venir à Batimat. Sa méthode consiste à débarrasser la laine des graisses, des suies puis un traitement lui est appliqué afin d'éliminer les acariens, les moisissures, les rongeurs en tout genre et autres parasites. (Il convient de noter qu'une fois ces opérations de dégraissage et «désinfection» de la laine effectuées, il ne reste plus que moitié moins de laine. Concrètement, la tonte d'un mouton offre de 2 à 3kg de laine, seul 50% de laine est utilisable). Pour l'instant l'entreprise s'est spécialisée dans l'isolation mais elle note que, sur ce salon, nombre de professionnels sont d'ores et déjà en recherche d'autres applications. La laine de mouton est, à ce jour, deux fois plus onéreuse que la laine de verre, du fait des différentes interventions humaines dans le processus de fabrication.

D'où l'intérêt pour la "Laine de Chanvre", un isolant obtenu par "effilochage" et "expansion" des fibres de chanvre, une mauvaise herbe qui a la faculté de pousser partout et rapidement et qui possède de nombreuses qualités, en particulier le caractère imputrescible de ses fibres, qui autorisent son utilisation dans de nombreux domaines (textile, papeterie, cosmétique, alimentation, construction ...). D'ailleurs l'entreprise Chanvre et Techniques (Hall 1, Stand N85), certifiée en agrobiologie, ne se contente pas de cultiver le chanvre. "Le pouvoir isolant du végétal nous a permis de développer une technique de construction pour un habitat moderne et confortable. Ce procédé breveté (Brevet INPI n° 9812902) est basé sur le principe du "torchis" qui est l'association d'un végétal et d'un liant. Le procédé de transformation conserve toutes les fibres de la plante, ce qui apporte au matériau une totale cohésion et une résistance mécanique exceptionnelle", explique son responsable. Ils ne sont pas seuls sur ce créneau puisque c'est un système constructif sec à base de blocs de chanvre et chaux aérienne en combinaison avec une ossature bois intégrée dans les blocs lors de l'édification, développé par la société Easy Chanvre (Hall 1, Stand U84) qui a obtenu le Batimat de Bronze du Concours de l'innovation.

Bref, l'isolation 100% écolo n'est plus une lubie tant la volonté des fabricants de développer ces produits ne peut plus être mise en doute. Le salon aurait pu d'ailleurs, en hommage à la maxime de Lavoisier, s'appeler «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Au point que d'autres exposants dans ce domaine commencent à exploiter également la fibre de bois, le liège, la laine de coton,...et la fibre de banane. Si le marché est encore marginal, la demande est en hausse, "de mois en mois", indique Domus (chanvre, laine de mouton, cellulose, liège) (Hall 1, Stand K68).

Il n'en reste pas moins que l'un des axes majeurs de l'isolation est aujourd'hui le "sous vide", le vide, autant dire le rien, isolant mieux que tout ce qu'hommes et bêtes peuvent produire. D'ailleurs, c'est un panneau de remplissage pour façade (Edr) avec âme isolante réalisée en PIV (panneau isolant sous vide) par Panneaux Sandwich Isosta (Hall 3, Stand G72) qui a emporté la médaille d'argent du concours dans la catégorie Enveloppe & Couverture. Comme quoi l'isolation, de l'exploitation de l'animal à la technique du "vide", marie dans le présent le passé et l'avenir.

Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Tout est bon dans l'isolation, sauf le cochon
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER