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Suzana & Dimitri Antonakakis ou l'architecture grecque du vide

En déplacement à Paris pour les 'Entretiens de Chaillot', les architectes grecs Suzana et Dimitri Antonakakis ont analysé leur démarche lors de la conférence mi-mars 2004. Présentation des oeuvres axées sur la géométrie et la gestion du vide par leurs auteurs.

 
 
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«Dans notre architecture, nous recherchons des unités de signes, des rappels, des extensions temporelles et spatiales, des raccords où l'exactitude est indispensable, mais aussi des récits libres, ouvrant aux habitants des possibilités d'interprétations différentes de l'espace. Nos expériences nées de la richesse de l'environnement bâti en Grèce et notre familiarité avec le pays et les constructions nous ont conduit à la reconnaissance de la force du vide dans ses diverses manifestations, au-delà d'un pittoresque facile.

Nos pérégrinations en Grèce, dans les villes et les campagnes et nos souvenirs d'enfances ont permis d'élaborer une relation particulière avec l'espace en plein air : la cour, la rue, les places, les terrains vagues, les espaces couverts, les portiques et les endroits abrités, les balcons, mais aussi les jardins, les vergers, les arbres, la nature. Des espaces habituellement à petite échelle avec des zones particulières plongées dans l'ombre ou inondées de lumière, des espaces intermédiaires entre le bâti et le plein air, nous invitaient à des habitations diverses, à des interprétations variées selon le temps. Dans un pays qui a changé, il était inévitable que les zones intermédiaires se perdent. Nos souvenirs ont donc incité à rechercher par nos propres moyens, loin des copies pittoresques, des qualités correspondantes dans nos constructions.

Parmi nos derniers ouvrages, deux gares d'Athènes et du Pirée, l'une à Kallithéa et l'autre à Ano Patissia. Il s'agit de remodulation de l'état existant tendant à intégrer sur un mode dynamique la gare dans l'environnement urbain. A Kallithéa, nous avons proposé un prolongement de la ville sur la rive opposée par le réaménagement d'une place et par la création d'une nouvelle passerelle. Le maintien des anciens abris du XXe siècle a exigé de plier les constructions nouvelles au style des petites colonnes élancées en fonte. Tout cela suggère une petite échelle conviviale dans un vaste ouvrage de 120 mètres de long.

A Ano Patissia, le problème se posait autrement. La confusion des ajouts successifs dénués de style exigeait l'élargissement de l'accès existant trop étroit sous les lignes de trains et la consécration d'un style uniforme en une seule unité. Dans une autre logique, les habitations se déploient en niveaux superposés, suivant tour à tour les dénivellations naturelles du sol. La rue définit la toile de la composition et des zones construites de profondeurs suffisantes - des seuils, délimitent la succession des espaces clos de plein air. Ainsi s'est élaboré la gradation du privé au public.

Organisation du vide. Ce qui importe en architecture, ce sont les rapports de forces et non les séparations strictes. Le point de départ est la répartition du vide sur l'ensemble de la surface gérée, mais aussi ses infiltrations dans le solide. Ces répartitions impliquent un démantèlement, une réécriture des données comme nous l'avons entrepris pour des complexes de l'université de Crète à Rethymnon. Réécriture qui fait ressortir les unités d'activités, les maîtrise et au fond les détermine. Ce projet a suscité le besoin d'un système en développement vertical, qui met en relation les éléments définissant les coupes et les façades.
Dans un esprit similaire, à l'école polytechnique de Crète à Hania, la composition ouverte du complexe s'infiltre dans la nature tout en la contenant. Le canevas se développe en trois dimensions et met en corrélation les coupes, les façades, les plans des bâtiments et les espaces de plein air, créant des horizons communs.

Géométrie et clôture du vide. La géométrie pour laquelle nous optons pour délimiter le vide renvoie à l'exactitude, à la reconnaissance de l'importance des proportions et à la recherche simultanée de l'espace délimité et illimité. Ces caractéristiques renvoient à notre souci premier d'organiser au moyen de construction une enceinte géométriquement délimitée du vide que nous avons retranscrit dans deux projets de concours pour le musée de l'Acropole à Athènes, définis par le déploiement de la frise du Parthénon en guise de départ. Pour nous, le musée devait être un ensemble unique. Nous avons entrepris d'en faire une composante de la ville, en le faisant traverser par le déplacement quotidien des piétons. De l'autre côté, nous avons voulu donner à la visite un caractère rituel et initiatique. C'est pourquoi nous avons proposé une entrée creusée dans le sol, dans une progression vers la terre, se poursuivant à l'intérieur du musée, vers les trouvailles antiques, à partir desquelles commençait la marche en sens inverse vers le sommet, conduisant à la salle du Parthénon. Le musée devait être une arche vivante.

Habiter le monde se réfère au double 'topos' et univers qui a conduit notre démarche vers une architecture, fondée sur la poésie, au sens de l'action de faire, de produire. 'L'habiter' abrite l'habitude et la mémoire, deux pôles dont nous explorons la complexité à travers nos projets. Pour toute oeuvre architecturale destinée à être vécue et habitée poétiquement, la question d'importance majeure, qui se pose de manière impérieuse est de savoir ce qu'est en fin de compte l'architecture. Nous répondrons en paraphrasant Akira Kurosawa, qui reprenait dans son autobiographie le texte d'un enfant : 'Mon chien ressemble à un ours, mais aussi à un blaireau, mais aussi à un renard... Mais puisque c'est un chien, il ressemble surtout à un chien'. L'architecture ressemble surtout à l'architecture».

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