• Accueil
  •  > 
  • Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Rejoignez Cyberarchi : 

Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte

© Cyberarchi 2020

"Le Centre caribéen d'Expression et de Mémoire de la Traite et de l'Esclavage offrira une visite complète et instructive, surprenante et originale de l'Histoire de l'Esclavage et l'actualité de cette réflexion", assurent François Confino et Michel Helson, qui en ont imaginé la scénographie-muséographie. Leurs intentions, exprimées ici, sont une leçon d'histoire.

 
 
A+
 
a-
 

Le Conseil Régional de Guadeloupe a produit un document extrêmement complet sur le développement scientifique et culturel qui a permis de développer une mise en scène de la visite qui se déroule en 41 îles regroupées en six archipels. L'équipe de scénographie a tenu à respecter scrupuleusement ce programme, tout en regroupant parfois certains thèmes pour rendre la visite encore plus attractive et encore plus compréhensible. Cette visite n'a rien à voir avec un parcours muséal classique, mais bien au contraire intègre des films projetés sur grand écran, des diffusions de son et de musique, des relations directes avec les espaces de jardins extérieurs et parfois même des effets spéciaux...

La présence de l'eau dans l'espace d'exposition permanente participe de l'effet d'immersion au sein du 'paysage' scénographique. Elle renvoie bien sûr aux îles et aux archipels en soulignant les passages d'un thème à l'autre, mais aussi au temps qui passe et à l'Atlantique qui sépare l'Afrique des Amériques. Ainsi l'eau fait frontière et forme des douves entre les espaces. Ses reflets accompagnent les transitions et annoncent la couleur : à l'approche du secteur consacré aux révoltes par exemple, l'eau cristalline jusqu'alors s'empourpre et fait écho au rivage calciné. L'eau revêt donc ici une dimension symbolique. Au terme des études techniques les bassins pourront d'ailleurs soit être mis en eau (teintée et sublimée par des miroirs immergés), soit accueillir une eau factice composés de voiles de soie en mouvement judicieusement éclairée par des projecteurs rasants dans une mise en scène plus théâtrale.

Nous tenons à préciser que pour la bonne compréhension du parcours, on trouve à l'entrée de chaque espace, pour chacune des 41 'îles', et chacun des six archipels, un panneau que l'on peut lire en 30 à 45 secondes et qui explique avant que l'on n'y pénètre 'l'esprit' de chaque lieu.

Nous allons maintenant suivre un groupe de visiteurs et ainsi prendre connaissance salle par salle, espace par espace de l'ensemble du parcours : Les Brunias, Antony et Martin, descendants du célèbre graveur ont voulu être parmi les premiers à découvrir le mémorial et sont venus le lendemain de l'ouverture avec leurs deux enfants. Ils se sont munis des audio guides et ont suivi scrupuleusement l'ensemble du parcours.

1. la Vierge Noire
Ils découvrent tout d'abord avec beaucoup de surprise cette célèbre Vierge Noire qui par les vertus d'une représentation holographique exceptionnelle (développée par l'Atelier Holographique de Paris) apparaissait presque comme un fantôme. Son vêtement, bien réel, brillait de tous ses feux. Sa présentation, au centre d'un cylindre surmonté d'une coupole lui donne une certaine solennité.

2. Quatre Destins Noirs
Ils sont ensuite séduits par ces quatre personnages, quatre 'destins noirs' dont les projections grandeur nature aux quatre coins de la pièce leur donnent l'impression que les quatre 'Jean', Garrido, le Portugais, le Bossale et le Mulâtre s'adressent directement à eux... Chacun parle à son tour, mais de temps en temps s'instaure un dialogue entre eux et cela donne beaucoup d'animation à la présentation.

3. la Conquête
Ils s'installent alors confortablement sur les gradins pour observer de haut le spectacle multimédia projeté à même une maquette blanche où l'on retrace les grands voyages, les grandes conquêtes. Le spectacle, accompagné d'une musique entraînante, démontre avec une très grande clarté comment les Grandes Antilles ainsi que les empires Aztèque et Inca avaient été conquis. Le spectacle se poursuit avec les voyages de Drake et Magellan...

4. Amérindiens et Résistances et 5. Mots Amérindiens
Après avoir admiré sous un ciel étoilé fait en fibre optique et scintillant en permanence divers objets amérindiens, ils entendent une magnifique litanie de mots qui s'inscrivent par projection simultanément sur toutes les parois qui les entourent, selon un rythme qui leur donne la dimension d'une symphonie linguistique.

6. Pirates, Corsaires et Forbans
Ils ont alors la surprise de monter sur la coque d'un navire, plus particulièrement la proue, et d'assister sur l'écran géant constituant le ciel à une somptueuse bataille de pirates, de corsaires et de forbans alors que pour accentuer le réalisme de la présentation, les voiles battent dans le vent au-dessus d'eux et la coque elle-même tangue légèrement ! Les enfants de Martine et Antony n'en croient ni leur yeux ni leur oreilles... A l'intérieur du navire, ils découvrent toutes sortes d'objets relatifs à la navigation et au tabac ainsi que des sabres, des pistolets d'abordage et tout ce que l'on peut imaginer trouver dans de tels navires. Autour, la mer se prolonge à l'infini grâce à un jeu de miroirs, et l'eau, constituée par de la toile de parachute bleutée animée par de légers ventilateurs offre un aspect très réaliste.

7. Panorama de l'Esclavage
Après avoir franchi un 'cours' d'eau qui marque le passage du premier au second archipel, ils pénètrent dans un cylindre de 8m de diamètre et de plus de 6m de haut dont les parois racontent dans une spirale vertigineuse l'histoire de l'esclavage depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'époque contemporaine. Un commentaire en voix off accompagné par un faisceau lumineux remontant progressivement la spirale raconte cette terrible histoire.

8. Le Doute de l'Occident, 9. L'Afrique du XVe au XVIIe siècle
Continuant le parcours et après avoir pris connaissance des 'doutes de l'Occident' à travers une présentation relativement classique de chapelets, croix, chasubles, mais aussi de masques rituels et d'éléments religieux africains, le tout accompagné d'une bande sonore faisant entendre un dialogue contradictoire, ils se retrouvent dans une sorte de cahute ou l'on peut trouver non seulement des textiles, des poteries, des objets de 'pouvoir', mais aussi des livres ouverts dont les pages 'usées par le temps' offrent des explications agrémentées de cartes pour faire comprendre au public l'économie de l'époque, la traite transsaharienne et orientale, l'implantation de la culture du sucre aux Canaries, aux Açores, au Cap-Vert...

10. Ouidah, 11. Le Commerce triangulaire et 12. Les Flux de l'Esclavage
La visite se poursuit et depuis la cahute précédente, ils débarquent dans une zone portuaire sous l'auvent d'un hangar qui est censé se trouver dans le premier port négrier de la traite française, Ouidah. A côté du regard, un arbre réalisé par un sculpteur, l''arbre de l'oubli'. Les visiteurs eux-mêmes sont invités à tourner sept fois autour de lui pour effacer le passé et la mémoire. Sur le quai, trois 'blocs' constitués par une accumulation de 'marchandises' : un bloc constitué par des armes, des textiles, des perles, des métaux et différentes autres marchandises échangées entre l'Europe et l'Afrique ; un deuxième bloc, constitué par du sucre, du rhum, de l'indigo, du coton, du tabac, qui représente les marchandises en provenance des Amériques ; le troisième bloc, constitué de petites statuettes noires multipliées à l'infini représente l'esclavage. Les trois blocs ont également été traités par un artiste dans l'esprit des accumulations d'Arman.

13. Le Bateau, la Traversée, la Vente
Sur le rivage, nos visiteurs découvrent l'immense coque d'un navire précédée par un cylindre rouge symbolisant le marquage des esclaves. Lorsqu'on le traverse, un son évoque le fer rouge à même la chair. L'émotion est intense. On entend clairement la voix du 'Bombe', le noir choisit pour ses attitudes à 'calmer les esprits' avant la traversée. Sur une table, à l'entrée du navire, des extraits de manuels négriers de commandant de bord. Une brève attente et soudain la porte du navire s'ouvre et le groupe de visiteurs entre à l'intérieur qui semble particulièrement vaste. La porte se referme et soudain alors que l'on aperçoit des silhouettes entassées au sol, les deux parois latérales se rapprochent l'une de l'autre pour évoquer physiquement l'exiguïté du lieu. Soudain, l'obscurité totale. Angoisse chez les visiteurs et au bout d'un instant qui dure une éternité, à l'autre extrémité, la porte s'ouvre sur une lumière éclatante qui progressivement s'estompe pour permettre de voir un grand livre ouvert dont les pages se tournent lentement : le fameux et terrible 'code noir'.

14. Le Code Noir et 15. Répression
Par sa taille, par sa présence, le 'Code Noir' doit s'imposer. Après le défilement des pages qui s'ouvrent et se ferment, celles-ci cessent de tourner et apparaissent dans les vitrines latérales tous les objets de la répression : chaînes, entraves, fouets, menottes... On peut lire des textes sur les divers punitions et châtiments encourus par les esclaves et l'on voit des gravures sur les marchés aux esclaves aux Amériques ainsi qu'un tableau démographique du nombre d'esclaves arrivés en Guadeloupe. Les trois blocs ont également été traités par un artiste dans l'esprit des accumulations d'Arman.

16. La Société de Plantation
Notre famille continue sa visite à travers une plantation de canne à sucre qui, grâce à des miroirs se prolonge, à l'infini puis traverse une habitation, découvrant le travail quotidien. La maison est meublée de mobiliers simples mais on n'y voit quelques éléments européens, souvenirs de famille amenés avec soi par les colons. Au mur, une carte du bassin caribéen et des Amériques de plantation et des gravures montrant en particulier comment se fait le bouillage. Dans un atelier annexe, les outils nécessaires au traitement de la canne à sucre.

17. La Langue Créole
Pour évoquer la naissance de la langue créole, nous comptons, comme cela est demandé dans le programme, faire appel à un groupe d'artistes et consulter dans un premier temps le collectif 'Cé Nou Menm'. Sous un arbre, rappelant les 'arbres à palabres', on entendra des contes et légendes, des devinettes, des dictons, des jeux de mots formant une sorte de symphonie à la fois parlée et chantée et surtout rythmée pour qu'elle soit aussi entraînante que possible.

18. Journées de 4 Esclaves
Le décor de la maison se prolonge et les visiteurs se retrouvent sur la terrasse couverte qui donne sur le jardin. Du mobilier extérieur, avec deux hamacs. Dans le jardin, au-delà des premières plantations très proches, un écran qui fait toute la largeur du lieu et sur lequel on peut suivre en parallèle, du petit matin jusqu'au soir, les journées de quatre esclaves telles qu'elles sont décrites dans le programme : le bossale des champs, la mulâtresse domestique d'une 'Grand Case', l'Africain créolisé 'Docker' à Basse-Terre et enfin le nègre à 'Talent' qui s'occupe de la tonnellerie.

19. Le Jardin Créole
Le jardin créole, à mi-parcours, ouvert sur un vrai jardin à l'extérieur dans lequel il est agréable de prendre un verre et de marquer une pause. Le jardin est somptueux et il sent délicieusement bon grâce aux plantes qui ont été choisies. Aux murs du petit bar, des recettes de cuisine illustrées de manière naïve. On peut si on le souhaite, agrémenter les boissons par de petites nourritures délicieuses et épicées.

Epine Dorsale
On se trouve ici, par rapport à l'entrée de l'exposition, à l'autre extrémité de l'épine dorsale qui permet astucieusement, par les fenêtres et les portes que l'on trouve tout le long de son parcours, d'avoir un aperçu en 'résumé' de l'ensemble de l'histoire qui est racontée dans le mémorial. Tout le long, on a aménagé ces ouvertures pour qu'elles se présentent comme des successions de tableaux qui permettent d'avoir cette vision synthétique sur l'esclavage. Elle permet également de quitter ou de reprendre le parcours là où on l'avait laissé pour aller déjeuner ou se détendre.

20. Les Tambours
La deuxième partie du parcours commence par un espace très bien isolé, car on y découvre dans un rythme éblouissant une multitude de tambours, aussi bien des Amériques que d'Afrique, qui se répondent les uns les autres dans de surprenantes compositions qui prennent littéralement aux 'tripes' nos visiteurs.

21. Résistance des Esclaves
Cet espace, comme celui du Jardin Créole (19), joue sur la relation entre l'espace intérieur et l'espace extérieur. On y découvre bien entendu l'histoire des Kellers et de leur camp de marrons des 'Deux Mamelles' grâce à une maquette, une bande-son et à des animations murales proposées par Kara Walker. Ce qui est vraiment impressionnant est de découvrir le paysage extérieur qui a été travaillé pour donner l'impression de collines et de bois lointains sur et dans lesquels on aperçoit les silhouettes des esclaves ayant fui les plantations et leurs maîtres...

22. Eglise et Esclavage, 23. Autel de Santeria et 24. Cérémonie du Saut d'Eau
Ces trois thèmes ayant une relation directe avec la religion, ils ont été regroupés dans un espace évoquant de manière abstraite une église. Dans des sortes de petites chapelles latérales, des artistes ont 'inventé', en s'inspirant d'objets et d'histoires vraies, des autels aux couleurs multicolores qui expriment aussi bien les relations dramatiques entre l'église catholique et l'esclavage que les premières tentatives, encore minoritaires, de s'élever contre ces pratiques. Dans un espace séparé du premier, on a demandé à trois intervenants, le Cubain Babalawo, le Guadeloupéen Kenbwaseur et Patrick Villaire d'exprimer de manière artistique l'importance de l'Autel de Santeria. Enfin dans la troisième partie, on évoque la Cérémonie du Saut d'Eau grâce à une projection continue en 'fondu-enchaîné' des photos de David Damoison qui sont projetées à même un rideau d'eau !

25. Le Carnaval et 26. Révoltes et Emeutes
Notre famille est particulièrement impressionnée par le carnaval virevoltant, composé aussi bien de tenues multicolores aux formes presque abstraites tournoyant dans des effets de lumière et de musique que par le brusque passage à un état de révolte, violent et imprévisible, qui annoncerait dans un avenir encore lointain l'abolition espérée et encore fragile. Nos visiteurs auront vécu ici un des moments les plus forts du parcours : il s'agit de passer progressivement de la fête à la lutte pour l'indépendance et pour la libération. La fête est une manière de communiquer ensemble, d'échanger l'information et de prendre du courage avant de passer à une action lorsque la vie de chacun est menacée, mise en jeu, mais qui permettra à l'Histoire avec un grand H, avec toutes ces difficultés et ses drames, de recouvrir ses droits et sa légitimité. Ces scènes de Carnaval qui progressivement se transforment en Révolte se déroulent dans un décor de rue. Les vitrines des magasins, les portes, les fenêtres sont l'occasion parfois de montrer des personnages filmés et projetés en rétroprojection. Les objets eux-mêmes sont montrés 'en situation' notamment dans les vitrines. Les personnages virevoltants sont en fait des sculptures-mannequins animées par de discrets moteurs électriques.

27. Saint-Domingue, 28. Période Révolutionnaire : la Première Abolition, 29. Le Rétablissement de l'Esclavage en Guadeloupe, 30. Le XIXe siècle Pré-Abolitionniste et 31. Les Abolitions
A partir de 1791, la tension monte dans toutes les îles mais également en Amérique en général et l'on assiste à des débuts de révolte qui vont mener à des périodes contradictoires au cours desquelles on verra des décrets d'abolition, puis le rétablissement de l'esclavage, puis de nouveaux espoirs avec l'abolition de l'esclavage en 1833 dans les colonies anglaises et enfin les décrets d'abolition du 27 avril 1848. Le choix des scénographes a été de montrer cette suite d'événements à travers les personnages courageux, comme Boukman Dutty responsable de la cérémonie du Bois du Caïman, comme Toussaint l'Ouverture, comme Dessalines... On rencontrera également Victor Hugues, émissaire de la Révolution, l'Armée Française des Bois de Sainte-Lucie, Les Garifuna ou Caraïbes Noirs de Saint-Vincent, la gravure du Nègre Armé de Fougea datant de 1794, Napoléon Bonaparte rétablissant l'esclavage en Guadeloupe en 1802, Richepanse, Pélage, Delgrès, Massoteau, Solitude et tant d'autres, des extraits du discours de Louis Delgrès et de Bonaparte qui ose dire que "la liberté est un aliment pour lequel l'estomac des nègres n'est pas préparé...". On verra également des portraits de Grégoire, Wilberforce, Schoelcher et à travers tout cela, l'annonce progressive de l'abolitionnisme, premièrement en 1833 dans les colonies anglaises, puis en 1848 dans les colonies françaises. Cet espace est montré de manière très contradictoire, passant progressivement des plus grands espoirs à des reculs désespérants mais aboutissant en fin de parcours à un grand agrandissement de l'arrêté du gouverneur Layrle, datant du 27 mai 848, annonçant que enfin, 'article premier', "L'ESCLAVAGE EST ABOLI".

32. La Post-Abolition
Dans un décor qui rappelle l'intérieur de l'usine 'Darboussier', avec un moulin à vapeur et l'outillage de l'époque, on peut voir au mur une sorte de tableau en relief qui représente le site de Darboussier. En regardant sur les établis qui sont à proximité et où l'on découvre certaines fiches de paye ainsi que les livrets d'ouvriers (passeports), l'on peut comprendre que pour pallier au manque de main-d'oeuvre, on a fait venir à la Guadeloupe et en Martinique de la main-d'oeuvre originaire de l'étranger. Au mur, des photos témoignent de l'évolution du temps. Et l'on comprend la situation nouvelle non seulement à travers le panneau situé à l'entrée, résumant 'l'esprit' du lieu, mais aussi par les documents qui sont présentés et qui apportent toutes les informations complémentaires.

33. Les Etats-Unis d'Amérique
Dans une presque obscurité, on découvre ici la ségrégation raciale qui sévit aux Etats-Unis de manière extrêmement forte. On se retrouve témoin d'une cérémonie secrète du Ku Klux Klan avec des personnages que l'on aperçoit en silhouettes, cagoulés. La tension est très grande. Mais l'on entend aussi par-dessus le tumulte haineux le cri de Martin Luther King "I Have a Dream" et l'on découvre à travers des sortes de failles aménagées dans les murs que le système impitoyable du racisme est en train de se fissurer et que des figures comme celle de John Brown, Malcolm X, Rosa Parks et tant d'autres sont en train de se faire entendre.

34. Du Retours d'Exil à la Terre Promise et 35. Conquêtes Coloniales en Afrique
Depuis l'espace précédent, on doit franchir l'océan par une sorte de pont qui symbolise un bateau et nous ramène enfin sur la terre africaine. Sur la portion de décor qui représente l'océan, on aperçoit de nombreuses silhouettes de navires à voile et à vapeur. Et sur terre, à partir de photos tout à fait saisissantes de l'époque, on a composé des scènes en découpes successives qui représentent avec un certain réalisme les retrouvailles avec le 'continent perdu'. Mais l'on évoque également ce continent dans le sens de la 'perdition' puisque certains anciens esclaves s'impliquent à nouveau dans le trafic. Dans une deuxième partie, qui est traitée comme un bureau de fonctionnaires, on découvre une carte de la colonisation de l'Afrique, on entend à la radio (presque par anticipation) un extrait du 'discours sur le colonialisme' d'Aimé Césaire, et même quelques reproductions des planches de l'album d'Hergé 'Tintin au Congo'... Et, bien sûr, par recoupements des documents présentés, on comprend la situation générale du monde, l'exportation des richesses et d'un point de vue culturel, le reflux créole en Afrique visible dans la musique, la mode (Mama Casset), la cuisine.

36. Mutation de l'Image du Noir
Après la visite sur le continent africain, on se retrouve ici dans une salle de la Sorbonne en 1956 lors du Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs. On y évoque Alioune Diop, Senghor, Césaire, Fanon, Baldwin sous la forme d'un débat avec une projection audiovisuelle qui remplace le grand tableau noir (c'est le cas de le dire !). On assistera notamment sur des extraits du documentaire de Bob Swaim 'Lumières Noires'.

37. Groupe Negro Caraïbes et 38. Rasta Dreams
L'espace naturellement traité sous forme de scène de spectacles où l'on peut assister, en projection, à un film sur très grand écran et où l'on peut suivre les performances non seulement du groupe Negros Caraïbes en Côte d'Ivoire, des rastas de la Jamaïque, de la musique de Bob Marley, mais aussi à une interview filmée de Serge Hélénon, de Louis Laouchez. La scénographie de la salle et de la scène a été confiée à des artistes comme les plasticiens Gensin, Hélénon, Laouchez, ainsi qu'à Paolo, le Guadeloupéen. Il faut donc se représenter un espace tout à fait délirant, mettant de part et d'autre en scène l'écran de projection du film qui, régulièrement, se relève pour découvrir le fond de scène tout aussi délirant.

39. Aliénations Modernes et 40. Mémoire Orale de l'Esclavage
On se retrouve ici dans un bureau d'Interpol, et chacun peut s'asseoir et consulter les ordinateurs qui offrent un programme interactif constamment réactualisé. Sur un grand écran, une carte du monde est projetée. On y aperçoit, accompagnée de statistiques, la visualisation des personnes soumises au travail forcé, à l'esclavage sexuel. Mais on peut aussi découvrir les organisations et associations luttant contre ces aliénations modernes comme par exemple la Ligue contre l'Esclavage, Survival International etc. En menant leurs recherches sur les ordinateurs, les visiteurs ont accès à la mémoire orale de l'esclavage à travers de très nombreux documents numérisés, des photographies, des interviews sonores.

41. Pluralités Guadeloupéennes
On retrouve ici, comme pour les secteurs 25 et 26 sur le Carnaval et la Révolte, un décor de rue, mais celle-ci beaucoup plus contemporaine. Dans les encoignures de portes, à l'entrée des magasins, à travers certaines fenêtres ouvertes au rez-de-chaussée et aux étages, chaque Guadeloupéen s'exprime, s'interpelle, raconte des histoires, des anecdotes, tout cela sur un fond sonore où se mélangent de la musique, le son de la télévision, la dispute d'un couple, ou bien un grand éclat de rire afin de terminer le parcours sur la note la plus optimiste qui soit.

En fin de compte, la première impression de nos visiteurs fut une abondance d'effets, d'informations, de tourbillonnement des idées, qui les a immédiatement incités à revenir plus tranquillement pour une découverte en profondeur, plus lente, plus réfléchie, plus sereine pour mieux comprendre leurs racines et pour prendre le temps de les retrouver en partie grâce à des programmes interactifs qui nécessitaient une autre façon de visiter le lieu, plus personnelle après une vision impressionnante de leur histoire mais qui n'était qu'une partie de leur véritable héritage. Tout cela incarne la qualité de la visite : une compréhension générale de leur histoire et une compréhension plus lente et plus subtile qui prend plus de temps et qui crée une maturité indispensable pour envisager un destin à la fois serein et combatif.

François Confino, Michel Helson (février 2008)

L'agence Confino travaille depuis près de trente ans à l'échelle internationale, avec les musées les plus prestigieux (le Centre Pompidou, le Musée d'Histoire Naturelle de Los Angeles, le Musée Sezon de Tokyo.....). On lui doit notamment la scénographie d'une exposition devenue aujourd'hui célèbre : 'Cités-Cinés' qui a voyagé dans le monde entier. Elle travaille actuellement sur le musée Charlie Chaplin en Suisse, et sur le Pavillon du Futur pour l'exposition universelle de Shanghai en 2010.

Lire également notre article 'Le Mémorial ACTe, une fondation pour la société guadeloupéenne' et consulter notre album-photo 'Des racines d'argent sur une boîte noire : le parti architectural du bâtiment du M.ACTe'.

Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Sous la résille du figuier maudit, un musée ; derrière le carnaval, la révolte
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER