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'Six feet under', une expérience de spéléologie urbaine et artistique

© Cyberarchi 2020

'Six feet under' est le nom d'une expérience de "spéléologie urbaine parisienne" menée par des étudiants de l'ENSA Paris-Malaquais sous la direction de Sabine Chardonnet et Bertrand Lamarche au sein de deux parkings gérés par l'opérateur de stationnement SAEMES. Explications de Sabine Chardonnet.

 
 
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Cyberarchi : Comment est née l'idée de 'six feet under' et de quoi s'agit-il ?

Sabine Chardonnet : L'idée est née lors du colloque 'Lieux et liens : espaces, mobilités, urbanités' de Cerisy (50) organisé en mai 2009. Dans ce cadre, la réflexion a notamment porté sur la mobilité, les parkings et leur évolution. A cette occasion, j'ai rencontré la directrice de la SAEMES, Pascale Pêcheur, laquelle s'interroge sur les usages futurs de certains parkings sous-utilisés. J'ai alors fait une proposition d'exploration artistique pour modifier l'image que nous avons de ces lieux.

D'autre part, avec Bertrand Lamarche, nous souhaitions entamer une réflexion sur la mise en tension et en relation d'une pratique artistique et architecturale sur fond de développement durable. 'Six feet under' nous en a offert l'occasion. Pour autant, les étudiants étaient entièrement libres dans le choix de leur concept. En fait, la notion de développement durable n'était pas tant centrale pour eux que pour leurs enseignants. Nous voulions savoir quel serait le poids de cette question dans leur démarche. Ils l'ont effectivement traitée, de façon directe ou indirecte. L'essentiel était de laisser aux étudiants une marge de liberté.

Nous avons commencé à travailler avec 23 étudiants de Master 1 (4ème année ndlr) en octobre 2009. La SAEMES a proposé deux lieux d'intervention très différents : le récent parking du musée du Quai Branly et un parking à la Goutte d'Or datant des années 1970, qui correspond aux premières images assez rudes de parkings que nous connaissons. Ce parking est composé de deux sous-sols et le deuxième sous-sol présentait un taux d'occupation d'à peine 5%. C'est là que nous sommes intervenus.

'Griffé' Jean Nouvel, le parking du Musée du quai Branly, qui est le dernier parking construit par la SAEMES, est très différent avec ses parois moulées, son éclairage, le design du sol. Nous y avons investi une partie de son troisième sous-sol qui est très loin d'être saturé.

Nous avons travaillé sur place trois heures par semaine pendant treize semaines. Nous avons été frappés par le silence et l'achronie qui règnent dans ces lieux, en comparaison avec la frénésie de la vie urbaine. A l'instar de la plupart des lieux industriels, les parkings sont de beaux espaces de projection et les étudiants se sont appropriés les lieux très rapidement.

Il faut savoir que nous avions des contraintes techniques fortes telles les règles de sécurité incendie ou de ventilation. Il n'était donc pas possible de faire n'importe quoi. Chaque groupe a défini son concept puis son protocole d'installation. Au préalable, nous avions procédé à des séances collectives consistant à installer nos corps dans l'espace à la place des voitures. Puis, les étudiants ont travaillé leurs propres hypothèses, sachant qu'ils seraient ensuite confrontés à un public car des représentants de la SAEMES sont venus voir leur travail.

Justement, la SAEMES prévoit-elle de donner une suite à ce travail ?

L'aventure ne va pas s'arrêter là. Pascale Pêcheur nous a demandé de revenir en mai avec toutes les installations à l'occasion d'une série d'événements organisés par la SAEMES.

Par ailleurs, en intégrant un groupe de réflexion prospective, nous (les enseignants ndlr) allons réfléchir plus en avant sur l'évolution du stationnement dans le cadre des politiques de la mobilité durable.

Certaines installations ont beaucoup frappé la directrice de l'opérateur, comme par exemple l'installation 'emballage' imaginée par Christopher Schmitz. Ayant pour idée de soustraire une partie de l'espace et de l'emballer, de le neutraliser, Christopher Schmitz a déroulé un film plastique autour de quatre piliers délimitant un espace de circulation. Ce travail a donné des idées à Pascale Pêcheur pour signaler des places particulières telles les places handicapées.

Autre travail remarqué : la vidéo '11111Fini', de Nina Darrasse et Stéphanie Lim, sur les pratiques urbaines de la mobilité. Elles ont notamment posé leur caméra dans le panier d'un vélib' et filmé la ville au travers les mailles de ce panier. Elles ont ensuite projeté ce film au sein du parking de la Goutte d'Or.

Donnez-vous souvent aux travaux d'étudiants cet ancrage dans le monde réel, les incitez-vous toujours à collaborer avec des professionnels ?

Oui, tel est le paradoxe de cette expérience : Laisser toute liberté exploratoire aux étudiants tout en étant très concrets en matière d'acteurs, de relations.

Je mène, par exemple, un groupe de Projet de Fin d'Etudes sous l'intitulé 'SUGAR' (stratégies urbaines et gares), avec lequel nous réfléchissons aux formes urbaines et architecturales accueillant la mobilité durable dans la ville. D'où l'idée d'être en contact avec de vrais opérateurs. Nous montons des projets (d'architecture ou de recherche) en ouvrant des échanges avec la RATP, la SNCF, la SAEMES, mais aussi avec des représentants de la Ville de Paris. J'estime que le développement de la ville durable ne peut se passer de travail collectif, d'explorations et de visions partagées. Ce n'est qu'ainsi que nous allons vers des pratiques durables.

En fait, il faut ajouter un quatrième trépied aux aspects économique, social et écologique du développement durable : La culture. Sans la culture, le développement durable n'a pas de sens.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

Consulter également notre album-photos '(Six pieds) sous terre, l'art'.

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