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Signal, la tour sans faim

© Cyberarchi 2014

De la gourmandise architecturale à l'indigestion économique, le MIPIM se présente comme le lieu des annonces positives. Pourtant, ce fut l'endroit choisi par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, présidente de l'EPAD, pour exposer en fanfare l'abandon du projet Signal, tour à tour emblème de La Défense et édifice de référence du Grand Paris.

 
 
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Réjouissance funèbre au Palais des Festivals à Cannes en mars dernier. L'événement est étonnant. Le MIPIM (Marché international des professionnels de l'immobilier), lieu de toutes les annonces, devient un instant le bureau des désannonces, un endroit rêvé par nombre de critiques d'architecture. Le moment n'a effectivement jamais eu son pareil sur la Croisette. Le dit plus grand quartier d'affaires d'Europe révèle en grandes pompes qu'il ne construira pas son projet le plus emblématique, la tour Signal.

Pourtant, quelques jours auparavant, le 12 mars, les usagers du métro parisien pouvaient déjà, le temps d'un trajet, découvrir dans les pages d'un journal gratuit, Direct Matin, que "faute d'investisseurs pour la tour Signal à la Défense, l'architecte Jean Nouvel a jeté l'éponge". A Joelle Ceccaldi-Raynaud donc de réaffirmer lors de cette même conférence de presse que "c'est une surprise. Je pensais que Jean Nouvel arriverait à trouver un investisseur". Nouveau paradigme, l'architecte en plus d'imaginer et concevoir un projet doit en plus trouver les financements, une position étonnante ; encore que, dépassant les budgets prévus, le célèbre Pritzker serait à la recherche de sponsors pour ses autres projets parisiens. Emirates Philharmonie ?

Quoi qu'il en soit, n'était-ce donc pas à l'EPAD de chercher un investisseur, qui plus est, au MIPIM, semaine de toutes les rencontres ? En lieu de quoi, Joëlle Ceccaldi-Raynaud semble se féliciter d'un abandon, quitte à montrer un plan de renouveau fragilisé aux yeux des professionnels de l'immobilier. Vengeance !

Cette cacophonie n'est toutefois pas sans hasard. Derrière la "surprise" de la nouvelle présidente de l'EPAD - une surprise toute relative puisqu'au sein du stand de La Défense-Seine-Arche la maquette d'ensemble, préparée longtemps à l'avance, ne présente pas le projet de Jean Nouvel -, la joie de la députée-maire de Puteaux ne peut être feinte.

En effet, Joëlle Ceccaldi-Raynaud ne s'est jamais montrée, pour sa commune, favorable au projet. Pour rappel, le lauréat du concours Signal est désigné le 28 mai 2008 par un jury composé de Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts de Seine, président de l'EPAD, de Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Jacques Kossowski, député maire de Courbevoie, Etienne Crépon, directeur de la Direction générale de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Construction, Jean Gautier, directeur chargé de l'Architecture au ministère de la Culture, Bernard Bled, directeur général de l'EPAD et Patrick Tondat, directeur général adjoint de l'EPAD, un jury sans architecte donc.

Le 30 mai 2008, deux jours seulement après l'annonce, la réaction ne tarde pas. "Tel quel, ce n'est pas un beau projet", déclare Joëlle Ceccaldi-Raynaud au Figaro, une critique qui s'amplifie dès le 1er juin 2008. Lors d'une interview accordée au JDD, la langue est moins précieuse : "Cette tour est laide et mastoc", clame-t-elle. "Un monolithe qui écrase tout. Lui-même (Jean Nouvel. NdR) a dit qu'il la conçoit comme 'un donjon à la Défense'. Je ne suis pas ravie d'accueillir une forteresse assiégée sur le territoire de Puteaux. Le cahier des charges demandait une tour ouverte et vivante qui impulse une dynamique au quartier. Au lieu de ça, on a un retour au Moyen Age. Que propose-t-on aux Putéoliens ? La vue sur un mur gris et froid de 300 mètres de haut", poursuit-elle.

La presse fait état de rendez-vous pris et à prendre entre Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Jean Nouvel dans l'espoir de voir le projet évoluer. L'été sera fatal ; Medea, l'investisseur espagnol se désiste. En janvier 2009, l'exposition organisée sur le parvis de la Défense présentant les projets finalistes se déroule dans un contexte surprenant : la tour Signal n'a pas d'investisseur et le promoteur russe Hermitage, qui avait jusqu'alors maintenu son projet de tours mixtes de 300 mètres de haut, abandonne le dessin de Jacques Ferrier.

La rumeur grossit. Un investisseur qatari viendrait au secours du projet. Point de salut dans les contrées sableuses du Golfe, rien ni personne ne confirme le propos. Patrick Devedjian affirmait peu avant son départ que "Jean Nouvel renouvelait son tour de table". La relève assurée par Joëlle Ceccaldi-Raynaud s'annonce comme l'opportunité de mettre un terme à l'ambition ouvertement critiquée. Et le siège de l'EPAD de s'offrir, donc, à l'idéal putéolien.

A posteriori, le concours Signal apparaît comme une vaste opération de communication. L'EPAD a pu créer en plusieurs occasions la surprise au risque d'une surabondance d'événements et d'une perte de lisibilité dans ses intentions.

Aujourd'hui, malgré la volonté de Jean Nouvel d'attendre la fin de crise pour voir la Tour Signal être réalisée, force est de constater qu'au-delà des impératifs économiques, le contexte politique ne lui est pas (plus ?) favorable.

Cela dit, aucune des tours présentées lors du concours, révélant chacune les potentialités du quartier d'affaires, ne sera réalisée. Il est sans doute permis de penser qu'à travers une telle initiative, l'EPAD cherchait à appliquer à La Défense une logique somme toute anglo-saxonne de pression foncière. Aussi fictif soit-il, un projet de tour peut accroître par des possibilités de développement exacerbées la valeur d'une parcelle. Toutefois, la starchitecture virtuelle en guise de propagande montre ses limites à l'ouest de Paris.

Il est indéniable que l'architecture imaginée par Jean Nouvel pour la tour Signal n'éveille aucune appétence. L'indésirable semble aujourd'hui promis aux archives de l'EPAD, au côté de la "grande tour" conçue par Bernard Zehrfuss en son temps, ou encore de la "Tour sans Fins". Lesquelles devaient, elles aussi, jouer face au CNIT, le rôle de Signal.

Jean-Philippe Hugron

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