• Accueil
  •  > 
  • Seconde Guerre mondiale : les architectes travaillent…
Rejoignez Cyberarchi : 

Seconde Guerre mondiale : les architectes travaillent…

Bill Hedrich/Chicago History Museum - Adagp, Paris 2014 : Copyright 2020

A Paris, une très belle exposition de la Cité de l’architecture et du patrimoine présente les projets et les travaux des architectes durant la Seconde Guerre mondiale. Elle montre également comment l’innovation technologique, le changement des mentalités et la tabula rasa des bombardements ont conduit à la prééminence de l’architecture moderne après la guerre.

 
 
A+
 
a-
 

La période 39-45 est en général éludée par les livres sur l'histoire de l'architecture. Comme si toute forme d'activité architecturale y avait été suspendue. Pourtant, la Seconde Guerre mondiale est une mobilisation totale de toutes les disciplines et de toutes les professions, y compris des architectes. Qu'ils soient allemand, américains ou français, ces derniers n'ont cessé de réfléchir et de travailler sur des projets aussi divers que des usines, des logements ouvriers, des dispositifs de fortification, de camouflage, de préfabrication, de normalisation… C'est par exemple sous l'occupation que Le Corbusier élabore activement le modulor, son grand modèle de proportions harmoniques. C'est encore sous le régime de Vichy, partagé entre régionalisme et modernisme, que l'Afnor prend son élan.

Très riche, l'exposition « Architecture en uniforme » de l'ubiquitaire Jean-Louis Cohen (l'historien est également commissaire du pavillon français à la Biennale d'architecture de Venise 2014) aborde presque tous les aspects de « l'architecture de guerre » au travers de 17 thématiques en commençant par une galerie de 42 portraits d'architectes. Avec des destins parfois ambigus comme celui d'Auguste Perret qui, président de l'Ordre (épuré des francs-maçons, des juifs et des communistes), protège certains résistants et participe en tant qu'entrepreneur à la construction du mur de l'atlantique.

Du cynique Albert Speer - l'architecte favori d'Hitler qui entendait construire pour mille ans - au résistant polonais Szymon Syrkus - qui travaillait dans le bureau d'architecture d'un camp de concentration -, l'exposition explore ensuite dans le détail cette période noire de l'histoire au moyen d'affiches, de plans et de ressources audio-visuelles, et montre comment ces professionnels de la construction ont mobilisé, chacun à leur façon, leur expertise. De la ville secrète d'Oak Ridge au Pentagone, en passant par le tristement célèbre centre d'Auschwitz-Birkenau, dont le plan a été dessiné par un ancien élève du Bauhaus (Fritz Ertl), elle raconte notamment la naissance de ces macro-projets imaginés et construits dans des temps records.

 

Modernisme légitimé

Mais l'une des facettes les plus intéressante de l'exposition est le constat fait par Jean-Louis Cohen que l'après-guerre ne ressemblera pas à l'avant-guerre. Aux États-Unis, par exemple, Richard Neutra a ouvert la voie en construisant les 600 logements de Channel Height pour les ouvriers d'un chantier naval au sud de Los Angeles, un projet considéré par l'architecte suisse Max Bill comme « le plus réussi de tous les projets de la guerre. » Tirant le bilan du conflit mondial, Richard Neutra écrit : « De nouveaux bâtiments industriels, de nouvelles méthodes de production et des produits inédits, des matières de remplacement improvisés conduisant à des matériaux nouveaux de valeur, et surtout des qualifications et des attitudes nouvelles, tels ont été les meilleurs legs des guerres. »

En six ans de conflit, les pratiques humaines, des techniques aux mentalités, ont changé. Et l'architecture n'a pas échappé pas aux mutations qui touchent l'ensemble des sociétés. La Seconde Guerre mondiale était une guerre de l'organisation et de l'industrie. La taille des projets s'est agrandie, de nouveaux matériaux sont apparus et l'hypothèse d'une production industrielle s'est affirmée. Et ce sont les architectures modernes qui sont en quelque sorte sorties « victorieuses » de la guerre parce que celle-ci les a légitimées par la nécessité…

 

Tristan Cuisinier

« Architecture en uniforme », exposition jusqu'au 8 septembre, à la Cité de l'architecture et du patrimoine, 1 place du Trocadéro, Paris 16 – Entrée 9 € (tarif réduit : 6 €) – Lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche, de 11h00 à 19h00 – Nocturne le jeudi, de 11h00 à 21h00.
www.citechaillot.fr

Arsenal de tanks Chrysler, vue du bâtiment d’assemblage, Warren Township, Michigan, Albert Kahn Associates arch., 1940-1942
Seconde Guerre mondiale : les architectes travaillent…
Affiche, M. Géralde, France, 1943, Lithographie en couleur sur papier.
Vue générale du Pentagone
Gaston Bardet présentant le nouveau plan de Vichy, 1939-1942. n.d.
Mot clefs
Catégories

Recevez la newsletter

CYBER