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SEARCH, l'agence multiple de deux

© Cyberarchi 2019

Caroline Barat et Thomas Dubuisson (SEARCH) se sont inventés en quelques années, de façon originale et aux quatre coins du monde, des CV exemplaires : Koolhass, Oosterhuis, Mayne, Gehry, Michelin, Perrault... Ils ont ouvert leur agence parisienne en février 2005. En novembre, ils remportaient le premier concours public auquel ils participaient. Rencontre.

 
 
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L'agence inondée de lumière, dans un quartier populaire de Paris, est carrée, au sens (presque) propre et figuré. Ambiance studieuse pour les quatre personnes qui y travaillent, géométrie, symétrie, des maquettes en évidence... Caroline Barat, 29 ans et Thomas Dubuisson, 31 ans, sont des jeunes gens sérieux qui sont parvenus à mettre leur(s) fantaisie(s) au service de leur dessein. Caroline : "Il faut un brin de folie pour ouvrir une agence, il fallait commencer par y croire". Après l'ouverture de l'agence dans cet hôtel industriel du 20ème arrondissement en février 2005, le couple a passé deux mois à y recevoir les consultants. "La première chose est qu'ils viennent ici et voient que nous y croyons, c'est déjà 50% du travail de fait", dit-elle.

Caroline est volubile et parle avec ses mains. Thomas est plus réservé. Elle lance des pistes avec passion, il y chemine avec elle en toute raison. Elle parle beaucoup de lui comme on tend des perches, il parle d'architecture. Elle dit "désir immense de voyager", il dit "ça vaut le coup de découvrir d'autres manières d'apprendre l'architecture". Ils parlent de la même chose mais chacun avec sa propre syntaxe ; un choix délibéré de "se construire avec l'autre mais sans l'autre", de "mettre ensemble des acquis issus d'une expérience individuelle, personnelle". Ils ont discuté longuement pour savoir s'ils ouvraient l'agence ensemble ou non. De fait, ils ont élaboré un projet de vie en commun mais c'est sur des routes parallèles qu'ils vont aux mêmes endroits, l'agence n'étant que le dernier en date. SEARCH est le nom de l'agence. C'est donc le voyage qui compte. Le reste n'est que détermination butée à faire comme ils l'entendent, en leur nom propre et, cela acquis, révéler enfin ce qui les anime en généreuses courbes paysagées. La rigueur des bourreaux de travail n'est ainsi que l'écrin fortifié d'une sensibilité à fleur de compas.

Lui est issu d'une lignée d'architectes qui coure sur quatre générations. C'est Caroline qui le précise, d'emblée ou presque, au journaliste afin de déminer le cliché. De fait, Thomas trouve le sujet "pas intéressant", "pas important" et marque son déplaisir d'avoir à en parler. "Ce n'est pas pesant mais cette idée de transmission est un fantasme et c'est un peu grillé comme approche", se défend-il. Voire. Un arrière grand-père qui a construit les beffrois de Lille, un grand-père qui a énormément construit, un père architecte qui s'est consacré à l'objet et au design, un nom qui traverse donc l'histoire de l'architecture du siècle dernier en France. Les six enfants de la dernière génération Dubuisson ont grandi dans "une culture imprégnée d'architecture". Ce n'est pas anodin. Une culture désormais partagée par la fratrie, quel que soit le métier des uns et des autres. "Il y a beaucoup d'échanges entre nous", dit-il, précisant par ailleurs que [son] père est "respectueux et discret, il voit l'enjeu de ce que nous voulons réaliser". La nécessité de trouver son propre chemin s'imposait sans doute au 'fils de' puissance 4.

"Rien à voir avec ma famille", raconte Caroline. "Mes parents avocats ont eu du mal à sentir l'enjeu d'un tel projet, je n'ai pas baigné dans une éducation artistique et mes parents pensaient que l'architecture n'était pas pour moi", dit-elle. L'envie d'essayer fut pour elle la plus forte. "C'était très angoissant". Après quatre ans à Paris-Bellevile - pas un mot de leur rencontre -, le voyage et la volonté de poursuivre leur formation à l'étranger furent pour l'une et l'un un projet opportun. Après avoir visité "plein d'écoles" en Europe, ils ont décidé "d'élargir" le programme Erasmus. Ce n'est rien de l'écrire puisqu'ils auront vécu un an à Hong Kong, un autre en Hollande, encore deux à Los Angeles et un encore à Rio. Le tout en bonne compagnie, en plus de la leur.

L'Asie pour commencer. Kuala Lumpur, en Malaisie, est une révélation. Ce sera Hong Kong. Leur audace déterminée leur ouvre en effet les portes de la Chinese University of Hong Kong, sans débourser un centime et malgré les obstacles habituels, ici ou là, quand le projet ne l'est pas. "Pour l'informatique, ils nous ont collé en deuxième année", rage encore Caroline. Ils ont appris ce "nouveau media" comme on prend du collier ; "ils ont des séances à l'ordinateur planifiées pour 3h du matin", s'étonne encore Thomas. Ceci n'empêchant pas cela, ils sont tous deux restés des amoureux des maquettes. Autre chose, plus important. "En France, on 'marine' le projet, à H.K., on te donne le sujet et tu as quinze jours pour vendre le projet ou un concept", dit-elle. "On bossait comme des malades ; il y a une énergie dans cette ville inimaginable", dit-il. Master sur le thème du développement du port Victoria Harbor. L'énergie qu'il leur fallu alors déployer ne les quittera plus.

La question du stage obligatoire s'est posée à ce moment là. En réponse, cette idée de travailler 'ensemble' dans des villes variées sans être tous deux dans les mêmes agences. Ils avaient pensé au Japon ; Caroline fut accepté chez Shigeru Ban, mais Thomas n'a rien trouvé. Ce sera Rotterdam : Rem Koolhass pour lui, l'agence Kas Oosterhuis pour elle. Pour lui, la grande bibliothèque publique de Seattle ; pour elle, la "logique expérimentale et de laboratoire". Ils voyagent léger mais c'est intense.

Là, Caroline reçoit un mail de Morphosis, l'agence de Thom Mayne, qui dit, en substance, "OK". Elle explique s'être engagée en Hollande. "OK, on t'attend". La prochaine destination étant connue, à charge pour Thomas de se débrouiller. Quitte à faire le pied de grue devant la porte, ce sera l'agence de Franck Gehry. "Nous sommes très agressifs, ça marche en forçant le destin", disent-ils.


Deux ans plus tard, en 2003, ils développent au Brésil un ambitieux projet de requalification urbaine du Port de Rio de Janeiro et valident ainsi, avec les félicitations du jury, leurs diplômes de fin d'études d'architecture. Ils avaient pour ce faire demandé une bourse au ministère de la Culture en France, qui a refusé.

De ces pérégrinations, ils ont acquis un mode de vie qu'ils appellent 'mode de villes'. "En Hollande, on a pris dix kilos pour être hollandais, à Rio nous étions en maillot de bain, on a fait du yoga aux Etats-Unis", disent-ils en riant. "Trouver un appartement en trois semaines dans une nouvelle ville...". S'adapter aux contextes, général des différences de culture et particulier des différentes cultures d'agence, forge des capacités d'écoute et un sens de la nuance dans l'expression "Ne pas trop parler de nos projets mais les faire", traduit Thomas. Ils ont gardé l'anglais comme nomenclature de travail.

Quatre ans de voyage et d'aventures... Le couple est solide, professionnellement et personnellement. Los Angeles est le seul endroit où ils ne se sont pas sentis étrangers. Passer le diplôme, acquérir la licence... Pas hors de portée mais trop lointain dans le temps. "Nous voulions notre agence". Un an en France pour "reprendre pied", lui chez Nicolas Michelin, elle chez Dominique Perrault. Puis l'agence, à Paris pour ces parisiens pur jus. Quelques concours internationaux pour se faire la main et le Pôle nautique de Mantes-la-Jolie.

Thomas est maintenant détendu, surtout qu'il sort leurs maquettes du projet. Un siècle d'architecture en famille n'a pas blasé le jeune homme et six ou sept années d'architecture ne sont encore, pour la jeune femme, "que des balbutiements". Ils sont sérieux, un peu austères, amoureux sans doute, mais ce qu'ils éprouvent ensemble en façonnant le carton pâte tient du merveilleux. D'ailleurs, quand il parle de Rem Koolhass, c'est le mot 'magie' qui vient à l'esprit de Thomas.

Ils traduisent 'Search' par 'Une recherche incessante'. "Chaque projet conduit par l'agence développe l'idée d'une architecture à la fois inédite, innovante et audacieuse, mais aussi résolument réaliste. La part belle est toujours laissée au processus complexe et riche de genèse : recherche incessante nourrie d'analyses, de dialogues, d'intuitions, de doutes et d'expérimentations. C'est ainsi seulement que peut advenir une véritable cohérence architecturale porteuse de sens et d'émotions, répondant à la question posée par le projet", écrivent-ils.

Des mots un peu convenus - même si d'aucuns n'en attendent pas moins pour des architectes de leur âge - et un peu péremptoires - qui laissent poindre l'ambition qui les anime et deviner l'image qu'ils ont d'eux-mêmes -. Sauf qu'en l'occurrence, ces mots doivent être entendus au premier degré. En effet, Caroline Barat et Thomas Dubuisson ne trichent pas.

Christophe Leray

Lire également notre article 'Le pôle nautique est un paysage, un projet signé Thomas Dubuisson et Caroline Barat (SEARCH)' et consulter notre album-photos 'SEARCH ou les prémices de deux têtes chercheuses'.

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