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Santiago Calatrava hisse haut sa 'spire' à Chicago

© Cyberarchi 2020

Le Skyline de Chicago serait bientôt profondément transformé par une tour de 610 mètres de haut s'éloignant du canon imposé pendant 40 ans par la Sears Tower. Si Richard Daley, le maire, pousse à la roue, ce n'est pas que pour des raisons plastiques. Retour sur une histoire d'amour entre l'architecte, le maire et sa ville, pour les intérêts bien compris de chacun.

 
 
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"Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un vrai projet, c'est un charade", expliquait Donald Trump au New York Times en juillet 2005 en découvrant la première mouture de la tour que l'architecte Santiago Calatrava souhaitait bâtir à Chicago. Il faut dire que cette nouvelle tour, sur les bords du lac Michigan, éclipsait subitement son nouvel hôtel de 92 étages actuellement en construction et prévu pour livraison en 2009.

Toujours est-il que le 10 mai dernier, le Conseil municipal de Chicago approuvait avec enthousiasme ce projet prévoyant la construction d'un gratte-ciel de 610 mètres de haut appelé à devenir l'immeuble le plus haut du pays ; le promoteur Shelbourne Development annonçait alors le début du chantier dans quelques semaines, renvoyant Donald Trump, qui n'a jamais compris la moquerie des Chicagoans à son égard, à un statut de petit joueur tandis que Richard Daley, le maire de la ville, n'était sans doute pas malheureux de ravir, avec cette Chicago Spire, c'est son nom, le titre de plus haut gratte-ciel aux Etats-Unis à la Freedom Tower de New York (541 mètres), dans ce domaine ville rivale à jamais.

Pourquoi une telle insistance à construire du Calatrava ? Parce que c'est lui qui avait conçu l'expansion du Milwaukee Art Museum, à 90km au nord, dans une ville considérée comme provinciale (pour le dire gentiment) par les habitants de Chicago, puis qui encore avait gagné le concours pour la réalisation du Centre de transport de la reconstruction du World Trade Center. De quoi agacer sérieusement donc des Chicagoans particulièrement susceptibles sur le plan de l'architecture, surtout vis-à-vis de la rivale honnie. (Soi dit en passant, Paris tente depuis aussi longtemps, mais avec moins de succès, de construire du Zaha Hadid).

Bientôt le projet évolue vers une tour torsadée. "Je sais que Chicago est un nom indien et je peux imaginer ces indiens, en des temps anciens, arriver au bord du lac, faire un feu, avec une colonne de fumée s'élevant dans le ciel en volutes", expliquait l'architecte en 2005, une date à laquelle il avait déjà commencé à construire son Turning Torso en Suède. Peu importe qu'il n'y avait à cet endroit, en ces temps reculés, que des marais, le nom Chicago signifiant oignon sauvage. Qui plus est, Calatrava assurait à l'époque que l'idée "n'était pas de construire la plus haute tour, mais une tour fine et élégante pour s'inscrire dans le skyline".

En fait, Calatrava a dû présenter plusieurs versions de sa tour avant qu'elle soit approuvée et, surtout, le nouvel investisseur Shelbourne Development a dû mettre la main à la poche pour aider la ville à équilibrer quelques budgets dans le domaine de l'aménagement urbain, la création du DuSable park notamment (nommé après Jean Baptiste Pointe du Sable, premier trappeur à s'installer sur le lieu découvert par le Chevalier de la Salle). Selon Garrett Kelleher, les 1.300 appartements de luxe financeront le projet. "Le plus cher des appartements de Chicago se vend 1.200 dollars au m², 9.000 à Londres, il y a donc de la marge", a-t-il noté. L'architecte s'est par ailleurs engagé auprès des influents groupes de résidents que la question de la circulation a été prise en compte (en réduisant la taille des rues, comme en Suisse où il vit, à la grande surprise des habitants) et que les zones humides existantes près du lac seront maintenues.

Si l'architecte préfère parler d'une 'spire', ce qui vaut au Sun-Times de Chicago ce titre inspiré "light my spire", il reste que des esprits chagrins - et à Chicago, ce sont des sachants - ont déjà surnommée cette tour torsadée "la mèche", comme la mèche d'une perceuse. Car à Chicago, si les tours poussent plus nombreuses et plus belles qu'ailleurs, leur construction n'est pas qu'une partie de plaisir (et Donald Trump n'est pas loin d'y voir une conspiration de ces Chicagoans un peu trop fiers pour son goût) : qui payent, d'où vient l'argent, comment est rentabilisé le projet, par qui, où et à quelle hauteur ? De fait, la forme fut longtemps secondaire et/ou innée au pays de ce cher Mies van der Rohe. Dans l'ombre de la sentinelle Sears Tower, nul n'oublie jamais qu'il est à Chicago et, à ce titre, l'exploit de Calatrava mérite d'être salué.

Mais l'architecte connaît donc la ville et son maire depuis longtemps. Ce dernier étant, hasard sans doute, aujourd'hui en course pour une antépénultième réélection, son père ayant lui-même régné sur la ville pendant trente ans (ou est-ce 50 ?). Qui plus est, si Calatrava était là au bon moment au bon endroit - comme il le fut à Stockholm avec sa première tour 'turning torso', ce qui en dit long sur l'intelligence et la détermination de l'homme -, il est permis de penser que Chicago ne voulait pas laisser passer une opportunité qui allait bien au-delà des choix plastiques de l'architecte puisque la ville est également en campagne pour les Jeux olympiques de 2016. Le superbe emplacement, juste devant Navy Pier, au coeur des parcs - dont le nouveau déjà cité - qui bordent à cet endroit, en plein centre ville, les rives du lac Michigan ne gâte rien. Alors, qu'elle soit torsadée c'est la cerise sur le gâteau. Mais les amoureux de Mies van der Rohe peuvent dormir tranquille. Après tout 'Less is More' ne dit rien de l'angle droit.

Christophe Leray

Santiago Calatrava hisse haut sa 'spire' à Chicago
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