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Retour des architectes vers la maison individuelle ?

© Cyberarchi 2019

La part de marché des architectes dans le domaine des maisons individuelles est en hausse, atteignant aujourd'hui 8%. Mais, comme le montre une enquête d'IPSOS, leur image au sein de la population susceptible de faire construire est un handicap le plus souvent rédhibitoire. Explications.

 
 
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Lors d'un conférence de presse le 11 février dernier, Christian Louis-Victor, président de l'UNCMI (Union nationale des constructeurs de maison individuelle), tout en commentant les résultats de 2004 et la conjoncture 2005, a remarqué que la part de marché des architectes diplômés était en augmentation, passant de 5% - chiffre habituellement admis - à 8%. S'il n'a pu s'empêcher d'ajouter une petite pointe de perfidie - "les jeunes architectes redescendent de l'arbre des vanités", dit-il - ce fut pour aussi vite se féliciter de cette hausse. "Tant mieux pour le secteur de la maison individuelle (M.I.)", a-t-il assuré, notant par ailleurs que les "architectes salariés par les constructeurs ont fait beaucoup pour revaloriser la profession". Celle de constructeur s'entend.

Le temps où les architectes dédaignaient la maison individuelle serait-il révolu ? Peut-être, pour deux raisons au moins. La première est prosaïque. Les jeunes architectes frais émoulus de l'école savent pertinemment que, hors promotion ciblée du type NAJA, l'accès à la commande publique leur est pour longtemps interdit en France. La maison individuelle apparaît donc comme un pis aller en attendant des jours meilleurs. A ce sujet, une étude de l'école d'architecture de Grenoble démontre à quel point les jeunes diplômés sont sensibles à la conjoncture du bâtiment. Ainsi, la très bonne santé du secteur de la maison individuelle concomitante avec l'accès restreint à la commande publique a permis à de (plus) nombreux jeunes architectes de trouver à s'employer auprès de clients privés.

Ces nouvelles demandes rencontrent un écho chez les architectes. Ceux qui ont décidé de consacrer leur agence à la maison individuelle se fatiguent de la distinction élitiste entre construction publique et privée qui semble tenir lieu d'échelle de valeur dans la profession, quand d'autres - même s'ils précisent rapidement ne pas vouloir être "connotés Maison individuelle" - en découvrent les charmes. Il suffit par exemple de songer à la présence médiatique des architectes de maison en bois disproportionnée par rapport à la taille du marché actuel. Particulièrement significatif à cet égard est le fait que des architectes n'hésitent plus à engager des agences de relations presse pour promouvoir leurs travaux en ce domaine. Un phénomène encore anecdotique mais qui est indicateur d'une autre façon de se représenter la 'réussite'. Même la maison de lotissement suscite de l'intérêt.

La maison individuelle n'est donc plus tout à fait le moyen de boucler les fins de mois ou de débuter une carrière mais (re)devient en France un sujet de recherche aussi noble sans doute que nombre de petits marchés publics. Cela dit, il n'en reste pas moins que la maison individuelle demande beaucoup de travail, un gros investissement auprès d'un maître d'ouvrage souvent sans expérience pour des gains financiers sans commune mesure avec l'énergie déployée.

De plus, même en augmentation, la part de marché des architectes dans ce domaine reste faible. Une enquête IPSOS/Caron marketing réalisée pour EDF offre quelques clefs. Menée en septembre 2004, cette enquête a porté sur un échantillon de 402 ménages accédant à la maison individuelle au cours de l'année. L'objectif était de mieux comprendre le comportement des ménages. Il s'agissait ainsi de valider : "Qui achète aujourd'hui une maison individuelle et à qui ?" et "Comment ces achats sont effectués et en fonction de quels critères ?". Pour les architectes, la réalité est brutale. En effet, l'un des premiers enseignements de l'étude est que, dans l'esprit des personnes interrogées, si le principal atout de l'architecte est l'image du "sur mesure et du produit librement conçu avec le ménage", sa principale faiblesse est liée aux honoraires, "en particuliers ceux liés à la conception, considérés comme des dépenses inutiles". Aie!

Si encore atouts et faiblesses s'équilibraient... Ce n'est pas le cas. En effet, si les Français expriment un désir de maison "sur mesure", l'enquête montre que les critères principaux qui guident leur choix d'un constructeur au moment du passage à l'acte sont, pour les quatre premiers : le nombre de m², puis "une construction traditionnelle", la taille et la localisation du terrain, puis l'équipement de la maison. "Les critères d'esthétique extérieure n'apparaissent qu'en dernière position !", note l'étude, point d'exclamation inclut. D'où sans doute le succès des maisons sur catalogue comparé à la difficulté des architectes de 'vendre' une maison contemporaine ou unique. D'ailleurs la simplicité de l'offre des CMI est plébiscitée puisqu'ils sont 51% à expliquer ainsi leur choix d'un constructeur.

D'ailleurs, même parmi ceux qui ont choisi un architecte, la notion de souplesse (par opposition aux constructeurs), premier critère cité, ne recueille que 24% des réponses. En revanche, le coût (40% des réponses), est la première raison pour laquelle ces nouveaux propriétaires (la majorité d'entre eux donc) n'ont pas choisi un architecte, devant ceux qui estiment que "ce n'est pas nécessaire" (20%) et ceux qui préfèrent un constructeur parce qu'avec lui "c'est moins cher, plus rapide et plus sûr". Quelle que soit donc la véracité de ces arguments, ils montrent bien la perception qu'ont de la profession d'architecte les ménages au moment de faire construire une maison.

Dernier détail de l'enquête. Les architectes construisent les maisons les plus grandes (144m² en moyenne) mais aussi les plus chères (1128 euros/m²). Au final, 70% de l'ensemble des maisons construites font moins de 140m² habitables (moyenne de 128m²). Cette enquête n'a été réalisée que sur un petit groupe d'acheteurs qui étaient, pour la plupart, des primo accédants. Il serait intéressant d'évaluer dix ou vingt an plus tard le degré de satisfaction des mêmes en regard de la durabilité du produit, de son potentiel à la revente et de son confort.

Christophe Leray

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