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Réponse poétique pour l'extension d'un cimetière

© Atelier Cosme Architecture : Copyright 2019

 

Invité par la commune normande de Flamanville à imaginer l'extension de son cimetière, l'Atelier Cosme Architecture nous partage sa rencontre avec l'architecte-paysagiste Samuel Craquelin autour de ce projet peu commun.

 
 
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À l’invitation de Samuel Craquelin, architecte-paysagiste, nous répondons à une consultation pas comme les autres pour un projet à Flamanville. Le CAUE et la municipalité auditionneront trois équipes, devant présenter non pas une esquisse mais une lecture sensible du programme et du site.

 

Le programme ? Scénariser la mort.

 

Extension du cimetière. Le reste est volontairement peu défini: la maîtrise d’ouvrage laisse le projet ouvert et demande aux équipes d’être force de proposition. Décidément, le cadre de la commande est novateur, déstabilisant, stimulant. 

S’ensuivent de longs échanges avec Samuel Craquelin. Nous nous racontons les funérailles vécues, partageons nos deuils, tentons de comprendre l’implication des lieux dans l’acceptation de la mort de nos proches. Nous réalisons à quel point le rite funéraire se réinvente : sécularisation des cérémonies, pluralité des croyances, multiplication récente des formes de mise en terre (tombe, cave-urne, jardin du souvenir, puits de cendre, etc.). Nous nous devons de qualifier un lieu collectif pour qu’il puisse accueillir l’intimité du deuil, sous quelque forme que ce soit.

 

Le site ?

 

Dans l’axe Est-Ouest, la parcelle est terrifiante : un grand rectangle plat, déployé sous les lignes hautes tensions de la centrale nucléaire située à 1 km à vol d’oiseau. Un regard au Nord, c’est un pylône qui dessine la perspective. Un regard au Sud, nous sommes en entrée de ville, aux abords d’un « haricot » routier fréquenté et flanqué d’une station service, avec, évidemment, d’autres pylônes pour fond de décor. 

Étonnamment dans l’axe Nord-Sud la parcelle change radicalement de nature. Elle est dans la continuité de l’axe principal du centre-bourg, avec pour point de fuite le clocher de l’église. La perspective transversale fait oublier les lignes, qui ne sont plus que des filins suspendus dans le ciel, sans pylône aucun à l’horizon.

Une parcelle attenante, que la mairie pourrait acquérir prochainement, doit aussi faire l’objet d’une seconde phase d’extension. Magnifique, toute en longueur dans l’heureux axe N/S, ceinturée de haies, avec cette fois-ci pour bande sonore le chant des oiseaux. On espère que la commune obtiendra le site !

 

Récit poétique

 

Nous présentons un récit poétique, un cheminement imagé, ponctué de passages, de portes, et menant à un jardin du silence. Notre récit, illustré de références et photos de voyages, souligne combien, dans un cimetière, le moindre mouvement banal se charge d’une intensité singulière :

> Pousser une porte par exemple. Pousser la porte d’un cimetière c’est se voir bouleversé, saisi, ébranlé ; ou bien au contraire, être soulagé ou apaisé ; parfois encore pousser la porte peut nous pétrifier ... l’objet incarne véritablement la transition d’un monde à l’autre, elle doit être un lieu en soi.

> Marcher. On ne marche jamais vraiment dans un cimetière, le terme est trop faible. On suit un défunt, on soutient par le bras, on prie, on médite, on chemine, on fuit parfois, on progresse parce qu’il faut affronter.

C’est ainsi que chaque geste est formulé, imagé, traduit par un élément architectural ou végétal. Nous sommes retenus.

Nous proposons de nous inscrire dans le paysage régional par un cimetière reprenant le vocabulaire du clos, structure paysagère et architecturale vernaculaire de la Manche. Le clos correspond à l’échelle du cimetière, répond aux nécessités d’agencement spatial ; Samuel Craquelin propose une trame formée des allées de sépultures, et rythmée par des murets de granit qui divisent la parcelle en jardins. Au pied des murets, il dispose les cave-urnes. Nous dessinons une porte dont l’épaisseur assure une transition douce entre l’espace public bruyant et le cimetière. Sa masse, son épaisseur, sa présence sont renforcées par le bâtiment des sanitaires publics.

 

Vers le jardin du silence

 

Une fois la porte poussée, le cheminement est souligné d’une pergola. Elle donne une échelle intime et individuelle. On marche ainsi, oubliant lignes et pylônes, soutenus et couverts par le caillebotis de métal et la végétation grimpante. Perpendiculairement, le pas des poteaux correspond à celui des allées de sépultures et des murets de granit ; on progresse peu à peu vers le jardin du silence. 

La pergola nous guide jusqu’à la salle de cérémonie. Celle-ci articule les deux parcelles. À l’extérieur, l’architecture massive de pierre ancre le lieu dans l’évocation d’un temps long et lui permet de résister au climat très rude du littoral de la Manche. À l’intérieur, le doublage en bois adoucit et réchauffe la salle. Une grande baie vitrée ouvre la vue sur le jardin du souvenir, tandis qu’une baie métallique ajourée de motifs géométriques diffuse une lumière filtrée. Cette dernière s’ouvre en accordéon sur la pelouse les jours où l’assemblée ne peut être accueillie en totalité dans la salle.

 

Laurent Perrin

 

Réponse poétique pour l'extension d'un cimetière
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