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Rénovation urbaine de Marseille : retour vers le futur

Projets d'urbanisme gigantesques, transformation profonde de son image, ambition internationale,... La ville de Marseille, de nouveau tournée vers la mer, se découvre des dents de requin. Retour sur une rénovation urbaine qui fera date.

 
 
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Marseille aspire à retrouver le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une métropole européenne incontournable. Elle part de loin, très loin même, et la taille du chantier baptisé " Euroméditerranée ", la plus grosse opération d'urbanisme en France avec le lancement de la Cité de la Méditerranée confiée à l'architecte-urbaniste Yves Lion, est à la mesure du retard accumulé.

Deux raisons principales expliquent ce retard qui valu à la deuxième ville de France une réputation peu élogieuse de " ville sale, violente, gangrenée par la pègre ". La première est économique. Ayant fait sa richesse sur le commerce avec les colonies, le port a périclité au fil des indépendances. Perdant bientôt des habitants, notamment ceux aux revenus les plus élevés, le centre s'est peu à peu paupérisé d'autant que la surface étendue de la ville - le double de Lyon pour une population comparable - augmentait d'autant le coût de son entretien. C'est donc une ville pauvre qui devait assurer seule l'essentiel des services de la communauté urbaine.

Symbole peut-être le plus frappant de cette lente descente aux enfers urbains, la L2, projet de contournement autoroutier de Marseille vieux de 70 ans. Si l'achat des premiers terrains date de 1935, elle n'est toujours pas achevée en 2002.

En 1995 enfin, Jean-Claude Gaudin s'empare de la ville en même temps qu'il devient ministre de l'aménagement du territoire de la ville et de l'intégration (95-97). " C'était un drame, c'était cataclysmique ", se souvient Claude Vallette, son adjoint à l'urbanisme. L'économie locale était sinistrée, l'espace de la ville construit de façon anarchique, le Vieux Port avait été confisqué et ses rives envahies de voitures, les tramways avaient disparu et nul ne se souciait de gérer le développement urbain ou les flux de transport automobiles devenus cauchemardesques (ils le sont encore...).

Deux ans plus tard, en 97, Claude Vallette présentait aux marseillais un Schéma de Cohérence intitulé " Marseille 2015, un projet pour Marseille à l'échelle européenne ". Enfin la ville dispose d'un véritable programme ambitieux pour redonner à la ville ses lustres d'antan.

Réélu en 2001, Jean-Claude Gaudin met désormais les bouchées doubles, à plusieurs niveaux. Tout d'abord dans Marseille intra muros, les chantiers sont désormais légions, beaucoup d'entre eux entrent d'ailleurs dans le cadre d'Euroméditerranée (cf article), qu'il s'agisse de l'achèvement du projet de la L2, du prolongement du métro, de la création de trois lignes de tramway, de la réhabilitation de logements, de la construction d'espaces verts, etc. Il y en a tant qu'il semble impossible de les lister tous.

Ensuite la ville, désormais désenclavée (aéroport moderne, liaison TGV), est désormais forte d'une communauté urbaine de 18 communes et un million d'habitants depuis janvier 2001. Marseille, qui représente 4/5ème de la population et 9/10ème du budget, est un ogre comparé à ses partenaires. Mais J.C. Gaudin, après avoir tordu quelques bras, fait preuve de la mansuétude des puissants. Son pragmatisme a fini de convaincre les maires de la communauté urbaine qui adhèrent désormais à la vision globale.

Surtout que celle-ci, articulée par Claude Vallette, ne manque ni d'arguments ni d'allure. Selon lui, Marseille est à la jonction de la " banane bleue " (le couloir industriel Rhin-Rhône) et de l'Arc Méditerranéen. C'est donc dans ce vaste espace que doit s'articuler le futur de la ville. A commencer par la création d'un territoire " Toulon-Aix-Montpellier " dont Marseille serait le centre. " Ce bassin de vie est une métropole de fait et sa structuration est irrémédiable ", assure Claude Vallette qui prévoit qu'il en sera ainsi en 2015. De fait, l'intercommunalités de Marseille, Aubagne et l'Etang de Berre élaborent un Schéma de Cohérence (SCOT) en commun et une chartre de travail avec Aix en Provence a déjà été conclue.

" Que représente cet ensemble pour la France ? Quelle place en Europe ? ", s'interroge Claude Vallette avant de répondre " dans la mondialisation actuelle, il faut une masse critique. Les ports de Barcelone, Gênes et Marseille, ensemble, font moins que Rotterdam. Or nous sommes remarquablement bien placés.Avec plus de 7 MT/an de trafic conteneurs (730 000 EVP), on est limite. A 15 MT/an on devient plus concurentiel ", dit-il. Faconde marseillaise ou véritable esprit guerrier ? " La coopération Lyon-Marseille est de plus en plus forte et nous ne nous laisserons pas marginaliser lors de la bataille des percées alpines ", poursuit-il. Esprit guerrier donc.

Aujourd'hui, les perspectives décrites par Claude Vallette prennent forme en même temps que Marseille se retrouve étonnée de sa propre transformation ; même les abords de l'Hôtel de Ville sont en chantier. La ville redevient attractive pour les entreprises, les habitants reviennent s'installer dans le centre comme le prouvent les 15% de hausse des tarifs de l'immobilier depuis l'arrivée du TGV, les projets de Marseille font la Une des journaux sans un mot de la " French Connexion ", les croisiéristes font des affaires florissantes et les touristes, depuis le Mondial de foot en 98 et l'arrivée de la course autour du Monde THE RACE en 2001, affluent sur les quais du Vieux Port.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, la ville " longtemps oubliée " (dixit Claude Vallette) se retrouve forte aujourd'hui de personnalités politiques de haut niveau. Outre Jean-Claude Gaudin, un fidèle de Jacques Chirac, la ville et sa communauté urbaine peut compter sur trois ministres du gouvernement Raffarin : le Marseillais Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Jean-François Mattei, élu des Bouches-du-Rhône et ministre de la santé et le Varois Hubert Falco, Maire de Toulon, secrétaire d'Etat aux personnes âgées. De quoi faire avancer les dossiers...

Christophe Leray

Photos : courtoisie de la ville de Marseille

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