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RENNES + 6° C

© Cyberarchi 2019

Un climat fiction extrême est mis en place. Il se base sur les prévisions les plus pessimistes du GIEC pour 2100 évaluant l'augmentation globale de la température terrestre de 5,8°C. Un échantillon de territoire urbain et rural de l'agglomération rennaise actuelle, soumis au nouveau climat + 6°C, forme le contexte de l'expérimentation. ... et alors ?* Un diplôme à découvrir sans attendre.

 
 
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Les scientifiques sont unanimes, la planète se réchauffe et la machine climatique risque de s'emballer dans les prochaines décennies. Ce nouveau paramètre est à prendre en compte dans notre façon de penser et de construire la ville de demain.

C'est dans cette optique que le projet d'anticipation "Rennes + 6°C" se positionne en tentant de répondre à la question suivante : Comment la ville contemporaine peut-elle s'adapter à une hausse de la température globale de 6°C ?

Ce scénario est basé sur les prévisions les plus pessimistes, pour 2 100, du Groupement Intergouvernemental d'experts sur l'Evolution du Climat. Il ne s'agit pas de poursuivre cet exercice de prévision, mais d'élaborer une démarche expérimentale méthodique qui consiste à observer les conséquences urbaines de l'application d'un climat fiction sur un échantillon représentatif du territoire rennais. La rencontre de ces deux paramètres est l'élément déclencheur du projet : un climat extrême d'une part et une portion de territoire de l'autre part. Le banc d'essai du nouveau climat s'étend sur une bande nord-sud d'un kilomètre de large sur dix kilomètres de long, allant du centre historique de Rennes à la première commune périphérique.

+ 6°C ... et alors ?

Il est important de comprendre qu'une augmentation de 6°C de la température sur Terre induit des changements radicaux. Car, il ne faut pas confondre les degrés climatiques et les degrés météorologiques. Une simple baisse de 5°C de la température globale replonge la planète dans une ère glaciaire, alors qu'en est-il d'une augmentation de 6°C ? C'est dans ce besoin de comprendre les enjeux d'un climat + 6°C qu'une réflexion ouverte est menée au travers de collages commentés qui mettent en évidence les incohérences entre le fonctionnement de la ville de Rennes aujourd'hui et l'application du nouveau climat. Ce long travail de recherche et de sensibilisation à l'impact systémique d'un tel changement, dégage très rapidement trois pistes d'études: se protéger et rafraîchir les espaces pour combattre le phénomène de l'Îlot de Chaleur Urbain, et aussi gérer l'eau autrement.

L'ICU ( Îlot de Chaleur Urbain) est la faculté qu'ont nos cités très minéralisées à surchauffer lors de fortes chaleurs. Elles ne sont plus rafraîchies la nuit car elle restituent la chaleur qu'elles ont emmagasinée en journée. Aujourd'hui, on peut déjà relever des écarts de température entre la ville et sa campagne proches de plus de 10°C. Cette tendance s 'amplifie avec la hausse des températures.

L'autre point pris en compte est la nouvelle gestion de l'eau, car la répartition de la pluviométrie sur l'année change, elle amplifie les écarts entre des sécheresses de quatre mois (empêchant le pompage actuel dans les rivières) et des pluies diluviennes (lors d'orages et en automne) qui provoquent des inondations.

Une nouvelle loi sur l'eau est mise en place dans le projet. Elle responsabilise chaque citoyen dans sa consommation en eau en considérant qu'un bâtiment occupe à la fois une parcelle de sol mais aussi une parcelle de ciel : un potentiel mesurable de récupération d'eau pluviale pris en compte en période de pénurie. La règle qui en découle est que chaque logement doit acquérir son autonomie en eau. La récupération et le stockage de l'eau font partie de la ville + 6 °C qui développe un système urbain d'entraide des zones excédentaires vers les zones déficitaires et qui utilise également ce matériau précieux pour son pouvoir rafraîchissant.

L'échantillon de territoire est analysé en fonction de ces deux paramètres (ICU et gestion de l'eau) pour qualifier les différents quartiers d'intervention selon leur capacité d'adaptation au nouveau climat, le document graphique de synthèse est l'empreinte climatique. Elle renseigne sur le contexte climatique de chaque lieu d'intervention.

Une acclimatation urbaine

Le projet urbain questionne dans un premier temps la responsabilité publique dans l'acclimatation de la ville au réchauffement climatique. L'action porte donc sur les espaces publics de l'échantillon, et sur l'amélioration des quatre paramètres retenus qui interviennent dans l'îlot de chaleur urbain : l'albédo, la perméabilité des sols, la présence de végétation et la présence d'eau.

La reconfiguration nécessaire des espaces publics réinterroge les modes de vie, les rythmes urbains et les déplacements. À l'image de l'adaptation de l'Homme à un climat extrême comme celui du désert, les déplacements sont dictés par la recherche de l'eau et des espaces frais nécessaires à la survie. Ainsi, un réseau climatique organise l'adaptation et la protection des espaces publics. La ville est ponctuée d'oasis localisées au niveau des lieux de rassemblement et des stations de métro (à l'abri du soleil et des fortes chaleurs, le métro est un mode de déplacement privilégié dans un climat + 6°C). Des liaisons climatiques relient ensuite les oasis entres-elles en formant un réseau de protection entrecoupé d'escales (des oasis secondaires).

Ce réseau climatique s'organise et utilise pour rafraîchir : le système de récupération d'eau pluviale. Les rues drainent et filtrent l'eau vers les oasis et les réservoirs du Champ de Mars et de l'Avenue Henri Fréville qui alimentent les quartiers non autonomes du Colombier (urbanisme sur dalle) et de Bréquigny (grand ensemble). Ce système d'entraide redistribuant l'eau pluviale aux bâtiments déficients est un réel régulateur thermique. (Voir quelques exemples d'acclimatation urbaine dans l'album photo)

Une acclimatation architecturale

La seconde échelle d'adaptation prend en compte les objets architecturaux qui composent les différents tissus urbains. Trois typologies de logements sont abordées : l'îlot de centre-ville, les maisons de ville et les tours de grand ensemble.

L'îlot de centre-ville

L'action dans le centre historique se porte sur l'îlot de la Visitation. Face au nouveau climat, il est handicapé par ses toitures en ardoise absorbant la chaleur, mais son coeur d'îlot ombragé représente un potentiel frais dont il faut profiter. Les toitures inadaptées sont donc supprimées. Le coeur de l'îlot est dégagé pour augmenter la surface fraîche à investir. Un rempart climatique végétal s'inscrit dans les creux des bâtiments, rafraîchissant ainsi l'air qui pénètre dans la cour. Une couverture vient protéger du soleil le vide central et sert de récupérateur d'eau qui est stockée pour rafraîchir le volume central. Chaque logement devient traversant et dispose d'une extension sur cour. La structure protectrice est plus dense en façade sud pour protéger les logements.

Chaque intérieur urbain peut s'ouvrir au public et devenir une oasis offrant une fonction particulière de la cité. L'usage du centre ville avec ces masses bâties impénétrables est remis en cause. Cette introversion renforce l'aspect identitaire des îlots, et vient questionner l'aspect du centre historique s'adaptant au climat + 6°C. Que devient l'idée de sauvegarde patrimoniale face au nouveau contexte rendant les bâtiments tels qu'aujourd'hui invivables ?

Les maisons de ville

Le quartier Sud Gare est marqué par une inadaptation de l'espace public et des maisons contrastant avec le potentiel d'adaptation climatique offert par les jardins en coeurs d'îlots.

Différentes propositions d'adaptation respectant le caractère de ce quartier composé de maisons individuelles relativement denses. Elles consistent à prendre en compte l'ensoleillement, c'est-à-dire réorienter les habitations qui sont actuellement organisées, quelque soit leur orientation, avec une façade sur rue et une façade sur jardin. Les rues trouvent alors une nouvelle qualification selon leur orientation. Les façades sud sont protégées tandis qu'au nord des extensions viennent profiter de l'ombre, des jardins existants ou des rues végétalisées.

Une nouvelle typologie d'habitat vient profiter des qualités climatiques offertes par les jardins en s'inscrivant au centre de l'îlot, à la bordure des propriétés. Ces maisons dites « furtives » s'insèrent dans le tissu sans amplifier le phénomène de l'îlot de chaleur urbain.

Pour gérer les problèmes de vis-à-vis, ces maisons se glissent dans un mouvement de terrain. Elles s'organisent sur trois niveaux qui offrent, chacun, des qualités climatiques différentes. Le niveau semi enterré offre la fraîcheur nécessaire durant les jours de chaleur, le niveau supérieur plus aéré cherche la lumière et peut servir de chambre d'été. Ce dispositif amorce la notion de migration des usages dans le logement selon les saisons.

Les tours de grand ensemble

Le quartier de Bréquigny avec ses nombreux espaces publics plantés s'adapte bien au climat + 6°C. Cependant les tours en tant qu'objets architecturaux sont mal adaptées par leur surexposition et leurs matériaux de construction. S'y ajoute leur incapacité à alimenter leurs habitants en eau par la simple récupération des eaux de pluie. Mais, un potentiel de fraîcheur à exploiter est le cône d'ombre que dégagent ces bâtiments.

Une première intervention cherche à adapter la tour en elle-même. Un bouclier thermique vient protéger les façades sud et ouest, en offrant une extension aux logements. Le centre de la tour est évidé pour permettre une meilleure ventilation, et un jardin est apporté à chaque niveau pour faire remonter les qualités climatiques du parc jusqu'aux étages. Au nord, le cône d'ombre formé par la tour est investi par un édifice offrant protection, un réel refuge climatique au moment les plus ensoleillés de l'année et de la journée. Ces nouvelles constructions privilégiées permettent d'accueillir des usages collectifs et publics apportant une plus grande mixité au quartier.

Le problème de la déficience en eau des tours se résout par l'organisation de la récupération d'eau pluviale sur l'espace public. Les parcs drainent et acheminent l'eau jusqu'au réservoir de l'avenue Henri Fréville (vu lors de l'acclimatation urbaine). Ensuite un système d'aqueduc conduit l'eau du réservoir jusqu'aux tours.

Ces conduites d'eau par leur masse fraîche sont des potentiels climatisant à exploiter. Une nouvelle typologie d'habitat vient se greffer autour de l'aqueduc. Chaque parcelle est un anneau, les habitations se composent dans celui-ci en laissant toujours libre, une rue de desserte reliée ponctuellement au sol par des circulations verticales. Ce nouveau quartier linéaire suspendu au-dessus du parc profite de la masse thermique de l'eau et également de l'ombre des masses végétales.

Yannick Gourvil , Thomas Jouffe , Cécile Leroux et Julien Morel, architectes

* Yannick Gourvil , Thomas Jouffe ,Cécile Leroux et Julien Morel se sont réunis tous les quatre autour de l'association de loi 1901 ... et alors ? depuis le mois de juin 2006 pour continuer Rennes + 6°C et d'autres projets ensemble.

Consulter également notre album-photo 'Choc thermique à Rennes (35)'.

Notes : Ce groupe s'est constitué en septembre 2005 pour travailler sur un sujet d'actualité, le réchauffement climatique, la ville et l'architecture. En mai 2006, il obtenait le diplôme d'architecte DPLG avec le Projet "Rennes + 6°C", mention Très Bien (avec les félicitations du Jury). Depuis ce projet a connu une autre vie.

Juin 2006 : Présentation aux Rencontres Interrégionales « Climat et Territoire » organisée par la mission environnement de la ville de Rennes.

Septembre 2006 : mise en ondes de 4 pastilles sur « Rennes + 6°C » dans l'émission écologique de RCFalpha.

Septembre 2006 : Parution dans le Rennais (article « Rennes transpire » ) par Dominique Primault

Novembre 2006 : Exposition conférence en compagnie de Jean-Marie Pelt (directeur de institut européen de l'écologie) pour la présentation de l'Agenda 21 au Conseil Régional de Bretagne

Février 2007 : exposition aux portes ouvertes de l'ENSA Bretagne

Février 2007 : Ecriture d'un scénario d'adaptation de la ville de Rennes au réchauffement climatique pour le projet « PALABAÏCI » : enregistrement d'une émission de radio projetée en 2050 par des jeunes Rennais. Projet de Cécile Liège, créatrice sonore du Sonographe.

Mars 2007 : expositions pour la manifestation nationale « Vivre les villes »

Mars 2007 : création de visites sonores téléchargeables dans Rennes + 6°C en collaboration avec Cécile Liège, créatrice sonore du Sonographe et Daniel Gonzalès, artiste multimédia qui produit une borne interactive.

Mai-Juin 2007 : Exposition « RENNES + 6°C » au Centre d'Information sur l'Urbanisme de Rennes dans le cadre de la manifestation « Regards croisés, paroles d'habitants » du 3 mai au 3 juin 2007. Visites scénarisées de la ville de Rennes en endossant le rôle d'habitant de Rennes + 6°C.

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