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Rendez-vous de l'architecture ou piste aux étoiles ?

© Cyberarchi 2020

Les Rendez-vous de l'Architecture, qui ont eu lieu à Paris les 6 et 7 avril dernier, devaient-ils s'achever au milieu des crocodiles et des requins, les stars incontestées de l'Aquarium du Palais de la Porte Dorée ? Les petits poissons alentours se demandaient quant à eux à quelle sauce ils allaient être mangés.

 
 
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"Pour des raisons de sécurité, vous ne pouvez pas entrer, il y a trop de monde". Ainsi expliquaient, désolées, de charmantes hôtesses d'accueil devant les portes closes de la grande salle du Palais de la Porte Dorée le matin de la première des journées de ces Rendez-vous de l'architecture. Un 'succès' loin de faire la joie des communicants du ministère puisqu'une partie de la foule, des étudiants en grande majorité, était là pour huer bruyamment Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, durant son intervention. Le lendemain, les mêmes envahissaient l'estrade.

Une chose semble claire au demeurant. Ceux qui se plaignent d'une architecture en France articulée autour de quelques stars ont toutes les raisons d'être confortés dans leur opinion. En ce sens, la scénographie proposée par Jean-Christophe Quinton semble avoir répondu, quelles que furent ses intentions, au besoin, exprimé ou non, du maître d'ouvrage. Une arène fermée qui n'était pas sans rappeler ces arènes provisoires utilisées pour des combats de coqs ou de chien, des écrans géants comme on en trouve désormais dans tous les stades, une scène où les invités se font face et tournent obligatoirement le dos au public, lequel ne fut d'ailleurs presque jamais invité à s'exprimer. Les 'stars', du moins quelques-unes, ont dans ce cadre joué le rôle qu'il leur était dévolu. Zaha Hadid a fait le show, rattrapée à la sortie par Ann-José Arlot, directrice adjointe de la DAPA, afin de signer des autographes ; Marc Mimram pour sa part, une fois terminée son intervention, déclarait au public "Je vous aime" en le saluant bien bas comme un chanteur à la fin de son tour de chant, etc. Un contraste saisissant avec les préoccupations des spectateurs.

"Je vois le triangle DAPA / Arsenal / Ordre Régional comme des gens qui ont une mentalité très proche de la bourgeoisie de la fin du 19° siècle. A cette époque, on considérait la pauvreté comme une fatalité, cela faisait partie de l'ordre naturel. Il y avait la classe naturellement dominante, élue de Dieu, avec ses bonnes oeuvres, ses ateliers négriers. Dans certaines agences, c'est Zola. Eux, c'est pareil, ils considèrent comme normal que les jeunes architectes n'aient pas du tout accès à la mise en concurrences des concours et donc de la commande publique. Bien sûr, ils ont eu accès aux concours en tant que jeunes architectes il y a quinze ans, mais eux, c'est normal, c'est la classe élue", déclare ainsi un jeune architecte pour exprimer le malaise ressenti. Une impression largement partagée. "Les architectes ? C'est une caste. Une belle caste mais une caste", soutient Pascal, étudiant à l'école de Rennes.

D'ailleurs Dominique Alba, Directrice de l'Arsenal, se retrouvait prise à partie sur le perron par un jeune architecte exaspéré de ne pouvoir publier ou exposer le résultat de ses recherches. Sa réponse, en substance, fut d'inviter le plaignant "à faire ses preuves comme ont dû le faire les architectes invités", comme si effectivement la situation aujourd'hui était la même qu'à l'époque où les Marc Mimram, Patrick Berger et autres Antoine Stinco débutaient. Ce n'est bien entendu pas le cas, ce que Christian de Portzamparc reconnaissait volontiers ; après avoir précisé que, de son temps, l'accès à la commande publique était facilité, il expliquait à l'adresse de son auditoire "le destin choisit pour vous".

Michel Clément, directeur de la Direction de l'Architecture et du Patrimoine (DAPA), ne disait pas autre chose, sans s'en apercevoir."Je remercie le public venu nombreux écouter et admirer (sic) les conférences", dit-il. "C'est intéressant. J'ai pu admirer les architectes que je ne connaissais pas bien", expliquait pour sa part Antoine, étudiant à Paris. Les architectes, plus que l'architecture, étaient bien au centre du dispositif conçu par Jean-Christophe Quinton. Et c'est justement les difficultés des architectes anonymes qui revenaient constamment en boucle. "Je ne pense pas que ce soit le lieu ou l'occasion de s'exprimer mais je partage [les] préoccupations [des étudiants ayant envahi la scène]", explique ainsi un étudiant. "C'est un encouragement de pouvoir écouter la pensée et découvrir les recherches des architectes présents. Nous aussi avons des rêves mais on ne sait pas comment y arriver", déplore une étudiante.

En guise de pensée, les "conférences" ne furent souvent rien d'autre qu'une suite superficielle, faute de temps, de présentation de projets, déjà publiés pour la plupart, par leurs auteurs. "C'est soûlant", s'exclame d'ailleurs soudain un spectateur lors d'une conférence. Cela dit, les interventions des invités - une fois oublié l'aspect défilé de mode dans lequel se sont complus quelques-uns - étaient souvent de haute volée, dans le cadre toutefois du thème imparti. Ainsi, en préambule du débat Ville-conserve/Ville mouvement, Patrick Berger s'interrogeait, avec tout le tact dont il est capable : "le débat architecture contemporaine et patrimoine n'est-il pas un peu essoufflé?" Autre bémol relevé par pascal, l'étudiant déjà cité. "On nous parle des bâtiments, de la ville, des paysages. On n'a jamais parlé de l'homme", dit-il.

Il est d'ailleurs dommage que ce soit dans une enceinte presque désertée que fut remis le Prix du grand public car, en l'occurrence, le succès populaire de cette manifestation (55.000 votes ont été comptabilisés), créée par le ministère de la Culture en partenariat avec Radio France, démontre l'intérêt des Français pour l'architecture, aussi contemporaine fut-elle, dès lors qu'on leur demande leur avis. C'est d'ailleurs un Jean-Jacques Annaud (le cinéaste était président du jury) conquis et ému qui a remis ces prix. "Je dis souvent que mon métier ressemble à celui de l'architecte car il faut fabriquer le geste artistique. Sauf que mes films ne restent en salles que quelques semaines, les bâtiments durent plusieurs siècles", dit-il, résumant en quelques mots, mieux peut-être que ne l'ont fait tous les intervenants, toute la portée de l'architecture.

Christophe Leray

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