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"Remarques sur la réforme du 3-5-8", par Ann-José Arlot

Ann-José Arlot, Directrice, chargée de l´architecture, adjointe au Directeur de l´architecture et du patrimoine, a choisi de répondre aux interrogations et inquiétudes des étudiants par la biais d'une réaction dans nos colonnes. Voici l'intégralité de son texte.

 
 
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Préambule de la rédaction : La publication de notre article 'Licence d'exercice : regards (noirs?) de chiens de faïence', publié le 22 avril dernier, a suscité plusieurs réactions, dont celle d'Ann-José Arlot le lendemain. Elle répondait pour l'occasion à un courrier qui lui fut adressé par Claire Bailly, étudiante élue de l'école d'architecture de Paris La Villette. C'est ce texte, intitulé 'Remarques sur la réformes du 3-5-8', et à verser au débat concernant la réforme de l'enseignement, que nous vous proposons ci-dessous.

REMARQUES SUR LA REFORME DU 3-5-8

Les différents points abordés lors de la rencontre nationale des étudiants en architecture peuvent être regroupés autour de 6 thématiques principales:

1) Le calendrier de la réforme et les délais de sa mise en oeuvre
2) Le caractère national de la formation et des diplômes
3) La distinction du diplôme d'architecte et de la capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre
4) L'accès à la formation à la maîtrise d'oeuvre, son contenu et la rémunération de l'architecte dans cette période
5) La nature du projet de fin d'étude
6) Le contenu pédagogique de la formation

ELEMENTS DE REPONSE

1) Sur la mise en oeuvre de la réforme

Les réflexions sur l'adoption du système européen du 3-5-8 pour l'enseignement de l'architecture ont été lancées au sein des écoles dès le mois de décembre 2002 à l'occasion d'un séminaire organisé à l'école d'architecture de Normandie.

Une réunion de concertation s'est également tenue avec les étudiants élus au conseil d'administration des écoles en juin 2003 puis des rencontres avec quelques 5000 étudiants ont été organisées dans les 20 écoles durant lesquelles la directrice chargée de l'architecture a pu développer les modalités de la réforme.

Le souci d'échanges constants avec l'ensemble des acteurs de cette transformation du cursus comme l'ancienneté du débat interdisent de parler de précipitation dans la conduite de la réforme du 3-5-8.

Le projet de décret examiné lors de la réunion du 3 avril dernier, qui propose un cadre général au nouveau cursus structuré autour de trois années conduisant à la licence d'architecture, puis de deux années menant au diplôme d'architecte et enfin de filières post-master pour la formation à la maîtrise d'oeuvre, les spécialisations et le doctorat, a été approuvé par le Collège des directeurs, la Conférence des présidents sauf 1, la CCST et le CSEA.

Il a par ailleurs été transmis à la direction de l'enseignement supérieur du ministère de l'éducation nationale qui s'est montrée favorable aux demandes de reconnaissance de diplômes et de grades qu'implique le décret.

Un certain nombre d'écoles ont déjà, sur cette base, anticipé la mise en oeuvre du 3-5-8 pour une application de la réforme dès la rentrée universitaire 2004-2005.

Cet objectif demeure réaliste et souhaitable pour que tous les étudiants puissent bénéficier rapidement des avantages, en particulier en terme de mobilité et de reconnaissance européenne des cursus, de la réforme.

Toutefois, ainsi que cela a été dit à l'occasion des rencontres 3-5-8 dans les écoles d'architecture, le basculement dans le nouveau système ne sera effectif que pour les écoles qui y sont prêtes.

2) Sur le caractère national de la formation

Le ministère de la Culture et de la Communication assume la tutelle de 20 écoles d'architecture accueillant plus de 17600 étudiants.
Il a donc une responsabilité fondamentale au regard de l'enseignement public national de l'architecture et de la qualité des diplômes délivrés.

La réforme du 3-5-8 ne peut en aucune manière engager un processus de privatisation d'un enseignement supérieur de cette importance.

Le diplôme d'architecte délivré par les écoles d'architecture demeure un diplôme national qui sera, par ailleurs, grâce à cette réforme, reconnu comme un diplôme de l'enseignement supérieur conférant le grade de master, au même niveau que dans les autres pays européens.

La réforme du 3-5-8 ne crée pas non plus une licence d'exercice qui serait fondée sur des quotas et relèverait de la responsabilité des représentants de la profession à travers l'ordre national des architectes.

La totalité de la formation des architectes continue donc d'être de la responsabilité des écoles d'architecture et assure la délivrance de diplômes nationaux.

3) Sur la distinction du diplôme d'architecte et de l'exercice de la maîtrise d'oeuvre

Cette distinction introduite par la réforme repose sur trois fondements essentiels.
Elle correspond tout d'abord aux systèmes existants en Europe et permet de ne pas pénaliser les architectes français dans un environnement où le diplôme d'architecte est reconnu à 5ans.

Elle correspond ensuite à la réalité de l'évolution des pratiques de cette profession aujourd'hui. On constate en effet, non seulement un délai de plus en plus long entre l'obtention du diplôme et le moment de l'inscription à l'ordre des architectes permettant l'exercice de la maîtrise d'oeuvre, mais également une proportion moindre des inscrits à l'ordre témoignant de la diversification des pratiques des architectes dans des champs autres que la maîtrise d'oeuvre, ne nécessitant pas, par conséquent cette inscription au tableau de l'ordre.

Il paraît essentiel, à l'occasion de la réforme du 3-5-8, d'offrir à une part importante de la profession la reconnaissance du titre attaché au diplôme d'architecte et non plus à l'inscription à l'ordre, ainsi que la reconnaissance et la rémunération qui s'y attachent.

Enfin, cette distinction est une condition du développement du recours plus systématique aux compétences propres de l'architecte dans notre société dans tous les champs d'activité et d'intervention dont il est aujourd'hui absent alors que ses compétences acquises autour de la formation au projet sont indispensables en particulier en matière d'assistance à la maîtrise d'ouvrage, de conception urbaine, d'expertise et de réglementation d'urbanisme.

Cette distinction est un enrichissement pour l'exercice de pratiques diverses dès lors, comme le prévoit le projet de décret, que la reconnaissance de la qualité d'architecte comme celle de la capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre se fondent sur des diplômes nationaux d'enseignement supérieur.

Elle l'est aussi dès lors qu'il n'existe aucune sélection pour la formation à la maîtrise d'oeuvre dont l'accès est ouvert à tous les architectes diplômés, dans le cadre de la formation initiale ou de la formation continue lorsque l'architecte souhaite, après plusieurs années de pratique professionnelle, endosser les responsabilités de maître d'oeuvre.

Enfin, contrairement à ce qui est le cas aujourd'hui, cette distinction assure une rémunération à celles et ceux qui ne souhaitent pas être maîtres d'oeuvre fondée sur la reconnaissance de la qualité d'architecte que leur confèrent le diplôme et le titre.

4) La formation à la maîtrise d'oeuvre

Bien que le «Livre Blanc» aborde des questions relatives à l'enseignement de l'architecture, les propositions qu'il contient n'engagent que les signataires: l'ordre national des architectes, l'Unsfa et le syndicat de l'architecture.

Elles n'interfèrent en aucun cas dans le schéma proposé pour la réforme du 3-5-8 par le ministère de la Culture et de la Communication.

Ce qui est proposé dans le cadre de la réforme ne correspond en rien à une licence d'exercice dont les caractéristiques sont en général d'induire une politique de sélection et de numérus clausus ainsi qu'un transfert de la reconnaissance à l'aptitude à être maître d'oeuvre aux instances professionnelles.

La formation à la maîtrise d'oeuvre dans le nouveau cursus est de droit pour tous les étudiants ayant obtenu leur diplôme d'architecte après 5 années d'études, qu'ils s'y engagent dans le prolongement direct du diplôme ou après quelques années d'exercice professionnel.

Cette formation spécifique, contrairement également à une licence d'exercice, donnera lieu comme pour les autres niveaux de la formation à la délivrance d'un diplôme national.

Elle se déroulera sur une année et non sur une période de trois ans comme le suggèrent certaines propositions du «Livre Blanc».

La formation à la maîtrise d'oeuvre, réalisée au sein des écoles d'architecture, a pour objet, sur la base de fondamentaux acquis durant les cinq années du diplôme, d'offrir aux architectes qui le souhaitent un complément d'enseignement directement lié aux responsabilités spécifiques du maître d'oeuvre.

Elle se fonde à la fois sur des périodes de mise en situation professionnelle et sur des enseignements théoriques et pratiques qui doivent venir nourrir la conception d'un projet qui matérialise les acquis de l'architecte dans une perspective de maîtrise d'oeuvre.

Les négociations en cours avec l'ordre national des architectes visent, non pas à «externaliser» ces éléments de la formation mais à obtenir un partenariat intelligent sur les conditions de choix d'agences pour accueillir les architectes durant les périodes de mise en situation professionnelle qui leur assurent une participation réelle et enrichissante aux réalités de la maîtrise d'oeuvre et qui engagent la structure d'accueil à un encadrement effectif.

5) Sur la nature du projet de fin d'études et l'unicité du diplôme

La proposition de fonder la soutenance du diplôme d'architecte sur un «projet de fin d'études» ne vise pas à abandonner les apports intellectuels et professionnels de l'ancien TPFE, même si la dénomination en est changée par souci de clarté.

Ce qui faisait l'intérêt spécifique de cet exercice se retrouve dans le nouveau projet, en particulier le travail de maturation et d'autonomisation de l'étudiant ainsi que le choix du sujet de ce travail de fin d'études.

L'étudiant pourra ainsi être libre du sujet traité qui s'inscrira simplement dans les grandes thématiques structurant l'enseignement de l'établissement dans lequel il se trouve qui seront suffisamment larges pour laisser un réel choix à l'étudiant.

La durée de réalisation du projet de fin d'études est en revanche différente puisqu'elle devra s'inscrire dans le dernier semestre de la cinquième année, afin de favoriser les conditions d'un meilleur encadrement par les enseignants et une concentration plus grande sur ce travail, contrairement à ce qui est fréquemment le cas aujourd'hui où la durée de travail sur le TPFE inclut des périodes d'aller et retour entre l'enseignement et le travail à l'extérieur de l'école.

Ce projet, comme auparavant, demeure un moment fondamental de l'obtention du diplôme d'architecte qui est unique et, dans une logique de diplôme national, d'une valeur équivalente pour tous.
Les possibilités offertes par la nouvelle structuration du cursus autour du 3-5-8 atténuant le caractère tubulaire de l'enseignement actuel ne remettent pas en cause cette unicité du diplôme sanctionnant les compétences requises pour être architecte.

Dans ce nouveau système, les étudiants pourront bénéficier, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle, de diplômes nationaux intermédiaires, licence d'architecture ou licences professionnelles s'ils souhaitent quitter le cursus pour des débouchés professionnels et donc de valider les années réalisées.

Ils pourront aussi choisir, au niveau du master, des formations de recherche (master de recherche) ou professionnelles spécifiques (master professionnel).

Ces masters sont la nouvelle transcription des anciens DESS et DEA que certaines écoles d'architecture ont pu développer lors de la précédente réforme et dont l'intérêt et la qualité doivent perdurer dans le nouveau cursus.

Comme pour les anciens DESS et DEA ils ne se confondent pas avec le diplôme national d'architecte qui demeure le débouché principal et essentiel du cursus de l'enseignement de l'architecture dans les 20 écoles dépendant du ministère de la Culture et de la Communication.

6) Sur le cadre pédagogique de la réforme

Le ministère de la Culture et de la Communication a la responsabilité, dans la mise en oeuvre de cette réforme, de promouvoir un cadre réglementaire qui garantisse la qualité nationale d'enseignement supérieur des diplômes délivrés par les écoles d'architecture et assure, à travers l'équivalence des grades, la reconnaissance de ces diplômes dans l'espace européen de l'enseignement supérieur.

Il lui revient ainsi, dans les décrets et arrêtés relatifs à la structuration de cet enseignement de s'assurer de l'unité de la formation, respectueuse par ailleurs des différents modes pédagogiques portés par les écoles, qui permet la délivrance d'un diplôme national d'architecte.

Il doit aussi, en s'appuyant sur un élément fort de cette réforme, inscrire le doctorat en architecture dans les diplômes délivrés par les écoles d'architecture, fixer les champs de savoir qui méritent d'être mieux assurés dans l'enseignement de l'architecture, comme les questions relatives au projet urbain, au développement durable, à la réhabilitation, au paysage..

La tutelle doit encore dans les textes, ce que prévoit déjà le décret, réaffirmer, dans le prolongement de la précédente réforme, le rôle central du projet dans l'enseignement de l'architecture ainsi que l'absence de quotas ou de sélection autre que celle de l'obtention des enseignements requis, comme hier, des modules, aussi bien pour l'accès au cycle du diplôme d'architecte conférant le grade de master que pour l'accès à la formation à la maîtrise d'oeuvre.

Tels sont les éléments fondamentaux qui figurent déjà dans les textes auxquels la communauté des écoles et les instances de concertation ont travaillé.

Les champs disciplinaires qui nourrissent aujourd'hui l'enseignement de l'architecture ne sont pas remis en cause mais la suppression de la référence aux champs A et B devrait laisser une souplesse plus grande aux écoles et favoriser encore autour des unités d'enseignement le jeu de l'interdisciplinarité.

Enfin, le détail du contenu pédagogique de cette réforme est bien évidemment essentiel et relève, dès lors que les grands principes et objectifs de l'enseignement sont fixés dans les textes réglementaires, de l'autonomie des établissements publics que sont les écoles d'architecture.

La diversité et la richesse des enseignements qu'elles proposent est une richesse de la formation des architectes français et la légitimité de l'élaboration du programme pédagogique de chaque école relève de la commission de la pédagogie et de la recherche ainsi que du conseil d'administration.

La garantie de retrouver dans les programmes des établissements les enseignements prévus par les textes s'appuiera, demain comme aujourd'hui, sur les campagnes d'habilitation soumises à l'appréciation des experts de la CCST et, de façon nouvelle, sur des processus d'évaluation.

Ann-José Arlot

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