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Réinvestir l'habitat troglodyte (Architecte Bruno Duquoc)

Loin de l'agitation des grands cabinets parisiens qui oeuvrent au développement architectural d'Angers, un architecte angevin s'est intéressé au vaste patrimoine troglodyte de la région. Un patrimoine non destiné au musée mais à une réutilisation pratique. Découverte.

 
 
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«Comme un gamin avec un château de sable». L'architecte angevin Bruno Duquoc ne cache pas son plaisir, d'autant que l'expression doit être entendue quasiment au sens propre. Depuis vingt ans qu'il s'intéresse à l'habitat troglodyte, dont le Saumurois et la région autour de Doué-La-Fontaine près d'Angers sont riches, l'une de ses principales satisfactions est qu'avec ce type de travail, «on ne risque pas de tomber dans les poncifs de l'architecture».

C'était à l'origine (et jusqu'au XIXème siècle) un habitat modeste, les mineurs des caves d'excavation du tuffeau utilisé pour construire les demeures bourgeoises de la région transformant ces grottes en logement bon marché selon une technique simple : on creusait ou aménageait les pièces dont on avait besoin en utilisant les pierres de taille pour la façade.

Dès le début du XXème siècle, au fur et à mesure que les caves d'extraction et les fours à chaux cessaient leur activité, ces habitations humides et sans lumière ont été peu à peu abandonnées au profit de maisons ordinaires. Dans les années 1980, quelques fondus de ce patrimoine étonnant ont commencé à réinvestir les lieux. Le zoo de Doué-La-Fontaine en a fait une utilisation brillante tandis que quelques restaurants se sont établis en ces lieux pour proposer une cuisine traditionnelle, les 'fouasses'. «Surtout, nous avons commencé à faire un véritablement recensement et un diagnostic du patrimoine existant avec l'idée de ne pas en faire des objets de musée mais de réfléchir à une véritable réutilisation de ce patrimoine», explique Bruno Duquoc.

Le diagnostic a fait apparaître avantages et inconvénients. «Thermiquement, ces habitations sont très bien isolées ; la preuve, au plus fort de la canicule de l'été dernier, il faisait 20° au maximum à l'intérieur», explique l'architecte. De plus, tout est permis pour ce qui concerne l'aménagement. Besoin d'une nouvelle chambre ou d'un placard ? Il suffit de creuser. «Toutes les évolutions sont possibles d'où l'importance de projets contemporains pour faire sortir l'habitat troglodyte de son image de trou à rats ; par exemple une façade contemporaine avec vitrage et le fond de la maison en troglodyte».

Les inconvénients, outre le problème d'image et la vérification de la solidité de la structure, sont liés aux critères indispensables du confort d'aujourd'hui, à savoir l'humidité, la lumière et la ventilation. «Pour les maisons, on crée un système d'arrivée d'air en fond de cave et on ventile en permanence ; en fait on retrouve le système ancien des gens qui laissaient la porte ouverte», explique Bruno Duquoc. L'humidité est un problème plus délicat à résoudre car il faut déshumidifier l'air sans assécher les parois, d'où l'idée d'un chauffage par le sol puisque, en tout état de cause, il n'y a que peu de degrés à gagner en hiver. A ce sujet, le plus gros ennemi de l'habitat troglodyte est la forêt. Il faut en effet constamment déboiser au dessus de l'habitation car les racines des arbres deviennent des vecteurs d'humidité. Quant à la lumière, elle est obtenue par des façades largement vitrées ou des verrières.

Quelques projets, dont la création du Centre de séjour des Perrières dans une ancienne cave d'extraction réalisée par Bruno Duquoc, ont permis de rendre tout leur cachet aux habitats troglodytes qui, peu à peu, retrouvent désormais des habitants, même si encore le plus souvent sous forme de résidence secondaire. Les troglodytes ne valaient rien il y a dix ans à peine, Bruno Duquoc se dit aujourd'hui 'sidéré' du prix de ces habitations. «Il y a une vraie demande», dit-il.

Une mode ? Les restaurants et les lieux se multiplient, les acheteurs également. Du coup est-il possible d'imaginer une maison troglodyte neuve ? «Bonne question», sourit Bruno Duquoc. «C'est possible, il n'y a pas de difficultés majeures. C'est plutôt qu'on n'en connaît pas le coût. Auparavant les gens les creusaient eux-mêmes, aujourd'hui il y aurait sans doute un problème de main d'oeuvre», dit-il.

En tout état de cause, le patrimoine à restaurer est énorme. Avis aux amateurs donc.

Photos courtoisie de Bruno Duquoc

Réinvestir l'habitat troglodyte (Architecte Bruno Duquoc)
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