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Reims 2020 : campagne urbaine, campagne politique

© Cyberarchi 2020

2020, Scenario possible de rencontre fortuite Gare de l'Est. "Que fais-tu ici?" "Je viens travailler à Paris et rentre chez moi à Reims". Reims 2020 est actuellement un projet politique majeur né d'une ambition urbaine sans précédent. A l'origine, un marché de définition réunissant trois prestigieuses équipes : Christian Devillers, Bruno Fortier et Philippe Panerai : une démarche inédite.

 
 
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Conférence improvisée au sortir de la gare Champagne-Ardennes. Le bus protège de la pluie les acteurs du projet et les journalistes. Jean-Michel Jacquet, coordinateur de Reims 2020 prend le micro. Il souligne en premier lieu la situation stratégique de Reims. La capitale champenoise est au coeur d'un réseau de villes qui, depuis 2005, ambitionne la valorisation de ses atouts au sein d'une "coopération métropolitaine" dénommée 'G10'.

Châlons-en-Champagne, Château-Thierry, Charleville-Mézières, Epernay, Laon, Rethel, Sedan, Soissons et Vitry-le-François regardent vers Reims et interrogent, in fine, la gestion problématique de la centralité. "Le G10 a une pratique effective. Il s'agit désormais de créer une unité de management et une organisation territoriale à cheval sur trois départements et deux régions. Il y a une métropole de fait sans qu'il n'y ait pourtant de structure administrative", explique Jean-Michel Jacquet.

"L'objet de cette étude a été, en partie, de révéler des potentialités", dit-il. "Le travail a débuté en janvier 2009 et nous avons réalisé, jusqu'en juin, un état des lieux. La concertation a été active six mois durant et nous avons constitué un comité de pilotage réunissant un collège d'élus et un collège économique. Nous avons également mené des conseils de quartiers et mis au point une série de balades urbaines qui ont permis de faire découvrir des aspects de la ville", complète-t-il.

Après une phase commune (janvier-mai 2009) et une phase individuelle (mai-septembre 2009), les trois équipes exposent ce mois-ci (décembre 2009, NdR) l'ensemble de leurs propositions place du Forum et rue Rockefeller.

Le processus mis en oeuvre se veut inédit. "Il n'y a pas de lauréat dans ce marché de définition. Nous constituons un substrat pour la collectivité, pour un projet politique Reims 2020", indique ainsi Jean-Michel Jacquet. "Les ressources ont été mises en commun. Il s'agit de traiter ensemble un même sujet pour aller plus loin et avoir plus d'expertises. Le diagnostic est ainsi partagé". Sur cette ultime assertion Philippe Panerai s'émeut. "Il n'était pas souhaitable de partager les diagnostics. On prétend toujours tout mettre en commun lors d'études. Hypocrisie. Il y a malgré tout une structure de compétition. Nous nous aimons tous, sauf quand nous parlons travail", affirme-t-il.

Si Pierre Emile Follacci, architecte-urbanisme travaillant au sein de l'équipe Devillers, estime que "cette mutualisation était nécessaire", Guillaume Boudet, de l'équipe Fortier, précise que "l'état des lieux est à différencier du diagnostic". Bref, d'un abus de langage aurait pu facilement naître une polémique. C'est le risque pris et assumé, de tenter de faire travailler ensemble des équipes 'compétitives' par nature. Lesquelles, ce n'est pas la moindre des réussites, se retrouvent ensemble à discuter ces points de détail.

Nonobstant, le bus démarre et s'engage sur les routes sinueuses de la campagne rémoise. Direction la montagne de Reims. De son sommet (200 mètres de haut) d'aucun découvre "le grand paysage". L'atmosphère tristement nébuleuse permettait cependant difficilement ce jour là d'embrasser le rapport frontal de la métropole à la nature environnante.

S'en suit un étonnant portrait de Reims. Si la ville apparait aimablement dans l'imaginaire collectif sous ses atours royaux, elle n'en fut pas moins sombrement victime de la guerre, son centre détruit à 85%. "Reims a le syndrome de la ville martyre et si l'office du tourisme est logé dans une ruine, ce n'est pas un hasard", rappelle sobrement Jean-Michel Jacquet. Aujourd'hui, la ville est "forte d'une campagne intérieure". Philippe Panerai évoque en effet une culture urbaine du vignoble dont les 80 hectares constituent "une mémoire en ville". Et Guillaume Boudet d'avancer cette relation de la ville à la nature comme "le trésor rémois".

L'enjeu de Reims 2020 n'est dès lors plus seulement territorial mais également paysagé, ce détour dans les vignes en étant une prise de conscience circonstancielle. Vignobles, jardins ouvriers, parcs sont une tradition à mettre en valeur et, au delà du statut de ces espaces, une réflexion prospective est ouverte sur "l'autosuffisance" de la ville. Chaque projet interroge ainsi l'articulation la plus pertinente et questionne la relation de ce qui, pour l'équipe Devillers constituent "deux mondes antagonistes" ou pour l'équipe Fortier "deux mondes dissociés". Liaisons douces, cheminements, corridors écologiques seraient au service d'un territoire ouvert à l'expérimentation comme à de nouvelles formes d'agriculture.

La rhétorique employée est significative. L'équipe Devillers évoque le rapport d'"une armature verte au potentiel des vides" et imagine la constitution de terrains agricoles municipaux dont la production serait au profit de la ville. L'équipe Panerai élabore une "ville-jardin" constituée de "jardins de cultures et de pratiques, de continuités agricoles, d'agricultures vivrières". Enfin plus ambitieuse encore est la proposition de l'équipe Fortier qui aspire à la création d'un parc naturel de Champagne. La campagne s'invite en ville.

Retour à Reims. Derrière les vitres ruisselantes d'eau, la ville apparaît compacte. Les grands ensembles se succèdent et ils sont l'occasion de rappeler l'importance des bailleurs sociaux depuis plus d'un siècle. Le chiffre de 40% de logements sociaux est avancé. Patrick Céleste de l'équipe Fortier évoque alors "une banlieue dans la ville".

Direction l'avenue Brébant. L'importante artère longe le canal et la Vesle ; par delà la rive, l'autoroute A4 s'impose. Large césure urbaine, la ville paraît scindée en deux. Araser ou conserver ? L'infrastructure est l'objet d'un vif débat et se révèle centrale dans chacune des propositions. Pour l'équipe Fortier il s'agit "de considérer cette infrastructure de manière positive", pour Philippe Panerai d'imaginer dans un premier temps des usages alternatifs liés aux plaisirs de la promenade et au temps forts de la vie festive.

Arrivée au Palais des Congrès. Les projets sont amplement présentés. Ce qui était jusqu'à présent apparu dans l'espace transparait désormais dans le temps. "2020, c'est quasiment après-demain", entonne Philippe Panerai. "2020 est une étape vers ce que pourrait être Reims en 2050. Il nous faut nous projeter en 2050, sans faire de futurologie ; les modèles de développement économique et urbain vont connaître des changements radicaux", dit-il. "Il est urgent d'attendre", dit-il encore, jouant de paradoxes. Prendre en main l'avenir n'est donc pas fonction de toute action précipitée. La maîtrise du temps est singulièrement fondamentale tant dans les propositions des architectes que dans le dessein politique tracé par la métropole rémoise. "Bien qu'il y ait seulement une année de travail, la plupart des propositions sont phasées. Nous regarderons désormais ce qui est réalisable au sein d'un calendrier raisonné. Nous ferons un choix politique et la maire tranchera", précise Jean-Michel Jacquet.

Reims offre ainsi une démarche inédite initiée par la personnalité d'Adeline Hazan, maire de la ville. Regards croisés, débats d'idées, confrontations, télescopages sont instigués dans le but d'élargir la réflexion et d'initier une vue stratégique d'ensemble dans l'espace et le temps, stratégie le plus souvent absente de l'agenda des élus dont le temps politique s'accorde rarement avec celui de l'urbaniste. Et pourtant, si Adeline Hazan n'a sans doute pas tout le temps, Reims l'a sans doute.

La nuit est tombée depuis longtemps. Sur le quai de la gare, une rencontre inattendue entre deux Parisiens habitués à ne se voir qu'intra-muros. "Mais que fais-tu ici?". "Je travaille à Reims et je rentre chez moi, à Paris", est la réponse. Alors que de nombreuses villes proches de la capitale vivent au rythme de migration pendulaire orientée vers la capitale, Reims inverse la marche. "Comment transformer Reims en une ville qui retient ses habitants et attire les touristes ?", s'interroge Adeline Hazan.

Il y a désormais des éléments de réponse à cette question. Le temps des choix est maintenant proche. Le plus facile est fait.

Jean-Philippe Hugron

Lire également notre article 'Reims 2020 : les trois projets' et consulter notre album-photos 'Reims 2020 : un nouveau cycle de développement urbain'.

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