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Réforme de l'enseignement : les étudiants à la croisée des chemins

Malgré une volonté affichée de poursuivre le mouvement initié en 2003, les étudiants ont du mal à mobiliser contre la réforme LMD et de la Licence d'exercice. Les plus engagés à Paris restent déterminés mais autour d'eux les rangs se vident, en témoigne l'assemblée générale organisée à Paris début avril.

 
 
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Les étudiants en architecture ont-ils encore la 'gniac'? Depuis le printemps 2003, ils protestent - du moins pour une partie d'entre eux - contre la réforme 'Licence-Maîtrise-Doctorat' (dite LMD ou LiMaDo) et, plus récemment, s'inquiètent de la mise en place de la Licence d'exercice prônée par les organisations représentatives de la profession. Un an plus tard, que reste-t-il de leur mobilisation ?

«Les plus engagés d'entre nous sont toujours autant motivés», assure Nabil Hamdouni, membre de la coordination regroupant les étudiants des écoles de Paris-La Villette, Paris-Malaquais, Paris-Belleville et Paris-Val de Seine. Il reconnaît toutefois que les étudiants du second cercle, qui gravitent autour des plus actifs, tendent à se décourager. «Cela s'explique aussi par les vacances qui s'étendent pendant tout le mois d'avril et qui précèdent la période des rendus des projets auprès du jury», poursuit l'étudiant. Il n'empêche, des signes de démobilisation se font jour, comme la fermeture du site Internet 'Archi en colère', censé relayer la contestation.

«Personnellement, j'ai été très déçu», explique un brin dépité Julien Sécheresse, étudiant également à Paris -Belleville, du groupe organisateur. «On a eu du mal à relayer l'information car les directeurs d'établissements de province n'ont pas joué le jeu et la Direction de l'Architecture et du Patrimoine (DAPA) nous considère comme des récalcitrants et des réactionnaires».

Plusieurs raisons expliquent cette déconvenue. En premier lieu, 'l'assemblée générale' (sic) n'a accueilli que 200 à 250 personnes, venues principalement d'Ile-de-France. Certes les écoles de province étaient représentées mais par les étudiants élus au sein du Conseil Supérieur de l'enseignement de l'architecture, organisme rattaché à la DAPA. La journée s'éternisant, la motion finale ne fut plus votée en soirée que par... 75 personnes seulement.

«Nous nous sommes posés la question de notre représentativité lorsque nous avons déposé le texte de cette motion au ministère de la Culture», admet Nabil Hamdouni devant l'évidence. Question d'autant plus fondée que les membres de la coordination n'ont été reçus rue de Valois que par un responsable quelconque, dont personne n'a noté ni le nom ni la fonction précise auprès du ministre. Décourageant !

Deuxième raison, plus cruelle encore : tous les étudiants ne semblent pas hostiles au principe même des réformes, notamment les étudiants de province. Ces derniers ont développé pendant les débats leurs arguments pro-réformes, au grand dam des étudiants Parisiens qui tentaient de les convaincre du contraire. Bref, un fossé s'est creusé, au point de provoquer des discussions «assez tendues», selon Julien Sécheresse. Ce qui a conduit in fine au vote d'une motion longue de 39 points reprenant les arguments de tous, «au point que des revendications dans le texte sont contradictoires», se désole Marion Leclercq.

En conséquence, se pose maintenant la question de la poursuite des opérations. Les membres de la coordination restent convaincus qu'il y aura d'autres actions, sans pouvoir préciser quelles formes elles prendront. Restent que ces réformes s'appliqueront, tôt ou tard. En effet, la Licence d'exercice est soutenue tant par l'UNSFA et le Syndicat de l'Architecture que par le Conseil National de l'Ordre des architectes et la réforme LMD est issue d'une directive européenne à laquelle le gouvernement français devra un jour se conformer. Difficile donc d'y couper. L'argument ne convainc pas Julien Sécheresse : «Les IUT ont bien réussi en négociant à sortir du cadre de la réforme LMD. Pourquoi pas nous

Et de mettre en avant deux revendications sur lequel tout le monde s'est accordé : l'organisation d'un grand débat par les pouvoirs publics et la suspension de l'application des LMD pour septembre 2004. «Les écoles n'ont même pas les capacités financières pour revoir leur organisation en conséquence», estime Julien Sécheresse. Si ce dernier point est sans doute exact, il n'en reste pas moins que ce n'est qu'une question de temps.

Par ailleurs, concernant la licence d'exercice, il ressort de leurs discussions que les étudiants disposent de peu d'information concernant le fond de la réforme et l'état des négociations entre le gouvernement et les syndicats. Un manque de concertation (de relais ?) qui nourrit leur angoisse et leur sentiment d'abandon par les instances professionnelles.

Les syndicats font pourtant profession de leur sincérité. Dans une lettre ouverte publiée en mars 2004 François Pélegrin, président de l'UNSFA, défend le concept d'une Licence d'exercice «de deux ou trois ans» et explique qu'il s'agit d'«un projet ambitieux et généreux» et surtout indispensable «que nous devons mettre au point ensemble : enseignants, étudiants, écoles d'architecture et professionnels». Une volonté confirmée par Patrick Colombier, président du Syndicat de l'Architecture, qui explique que «les étudiants et leurs enseignants n'ont pas compris que la profession se mouille dans cette affaire car nous proposons un véritable engagement avec une prise en charge des étudiants adaptée qui représente un gros poids financier pour nos agences».

Simple malentendu donc ?

Christophe Leray

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