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Recette n°8 : Tout en amont

© Cyberarchi 2019

L'environnement coûte cher. Voilà une idée bien répandue, juste contredite de temps en temps par des études disant que le coût attribué à l'environnement est souvent le fruit de craintes et d'a priori injustifiés. Chronique du développement durable de Dominique Bidou.

 
 
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Les progrès trop lents du concept de coût global sont également là pour nous rappeler que le coût réel, celui qui intègre toutes les dépenses occasionnées pour faire face à un besoin donné, pour rendre un service bien défini, est bien différent de celui que l'on accepte de payer au début de l'opération. C'est que le niveau des dépenses à venir se détermine au tout début d'un projet, et que 2 ou 3% des dépenses effectives vont déterminer l'essentiel des dépenses sur quinze ans et même plus. Tout se passe en amont, à la genèse des projets, dans l'analyse même des besoins qui le motivent, du contexte où il est décidé, des politiques menées par ses promoteurs.

Les nombreux programmes décidés au Grenelle de l'Environnement inquiètent nos financiers. Combien de milliards d'euros va-t-il falloir pour faire tous les travaux, TGV, tramway, rénovation des bâtiments, lutte contre les points noirs du bruit, etc.

Dans l'industrie, ça fait longtemps que l'on a compris que la lutte pour l'environnement est bien plus facile, économique et efficace à l'occasion d'une modernisation des process. Plutôt que de traiter une pollution, évitons de la créer. Tout en amont. Ça coûte moins cher, car on fait des économies des ingrédients perdus dans les rejets et en premier lieu l'énergie.

L'environnement a d'ailleurs souvent été une des causes de cette modernisation. Les normes acceptables d'émissions de polluants devenant de plus en plus sévères, les industriels ont préféré transformer leurs modes de production plutôt que de se contenter de mettre un filtre supplémentaire au bout de leurs cheminées, ou une unité supplémentaire de traitement de leurs eaux chargées de métaux lourds et autres ingrédients indésirables. On peut bien sûr aller beaucoup plus loin sur cette voie et des expériences de parcs industriels montrent que l'on peut optimiser non pas un process dans une entreprise mais des combinaisons de process de plusieurs entreprises, pour une plus grande efficacité d'ensemble. Le coût des matières premières et notamment de l'énergie est également à l'origine de beaucoup d'innovations. La maîtrise des rejets et les économies de matières premières ont contribué à la modernisation de l'industrie au moins autant que le marketing et la conquête de nouveaux marchés.

Pour ce que l'on appelle les services publics urbains, tout est plus compliqué. Le traitement des rejets, déchets et eaux usées, ne peut pas se faire en remontant sur le processus de production. Il faut adopter une autre logique, celle des modes de consommation. On entre alors dans la vie des gens et dans la logique de leurs fournisseurs. Les métiers de l'environnement ont bien évolué, en quelques dizaines d'années. Avant, la question des déchets n'était qu'une affaire de transports. Il fallait ramasser les ordures et les apporter dans une décharge, un trou que l'on recouvrait de terre. Aujourd'hui, c'est le volume des déchets produits qui fait souci : comment le réduire, ou au moins le cantonner dans des limites acceptables. Il faut aussi prévoir d'autres débouchés pour ces résidus, une seconde (ou nième) vie pour des matières à recycler, à composter, à valoriser de plusieurs manières différentes selon leur nature et leur mode de collecte. Un métier où se mêlent de la psychologie, de la sociologie, de l'économie, de la technique, bien au-delà de la seule science des transports et de la gestion des files d'attente.

Pour l'eau, la question est différente, car le service public consiste aussi à chercher la ressource, à la traiter et à la distribuer. Il faut en favoriser un bon usage par les ménages, avec la récupération des eaux de pluie et le recyclage des eaux dites grises pour certains usages. Cela permet d'économiser la ressource. Remontons à la source. La période où il suffit de capter des sources, de creuser des puits et de pomper allégrement dans les nappes ou les rivières est bien révolue. Il faut aussi traiter ces eaux, souvent chargées de polluants d'origines variées. C'est compliqué et ça coûte cher. Certaines villes ont pu éviter cette contrainte et cette charge, en se préoccupant de l'amont.

Comment protéger les champs qui filtrent les eaux que nous consommons et cela à grande échelle ? L'exemple de Munich montre qu'il y a à gagner sur tous les tableaux, écologique, social et financier. On est bien dans le développement durable basique. Voilà une agglomération qui distribue à ces 1,3 millions d'habitants une eau non traitée. L'eau vient d'une vallée située à 40km de la ville, mais surtout à une altitude qui permet d'exploiter la gravité tout au long du parcours. Les terrains ont été achetés et boisés par la ville sur 1.600ha, pour réaliser un filtre naturel. Reste de larges secteurs agricoles et à la première alerte sur les taux de nitrate, c'est une politique sur les pratiques agricoles qui a été conduite et non la construction d'unité de traitement. L'agriculture biologique a été fortement encouragée, avec des retombées sur le paysage et la qualité des produits, en plus de l'objectif visé sur la pureté de l'eau. Une action en amont, sur le process de fabrication de l'eau par analogie avec l'industrie. L'usine est, dans le cas présent, constituée de champs et de prairies et c'est dans la manière de les mettre en valeur que l'action a été menée. En plus, ça ne coûte pas cher : un centime d'euro pour un m3 d'eau de qualité eau minérale. Pour se faire une idée du gain, sachez que le coût de la seule dénitrification est estimé en France à environ 30 centimes d'euros/m3. Pour 110 millions de m3 par an, ça compte.

Tout en amont, la recette est simple. Remonter à la source des problèmes. L'environnement ne coûte pas cher, si on suit cette recette. Elle est bonne pour les pays riches et encore plus pour les pauvres qui ne peuvent dégager de moyens dédiés à l'environnement. Et elle fournit une quantité de sous-produits !

Dominique Bidou

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