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Recette n° 5 du développement durable : Adaptabilité

© Cyberarchi 2018

Le développement durable commence par la satisfaction des besoins. Ceux d'aujourd'hui et ceux de demain. Deux échéances, immédiate et future, qui peuvent entrer en conflit, et qui demandent alors un arbitrage, qui se révèle souvent mission impossible. Chronique du développement durable de Dominique Bidou.

 
 
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Arbitrer entre les intérêts de nos contemporains, de nos proches, et ceux de nos descendants, dont on imagine mal le genre de vie - le nôtre est tellement différent de celui de la génération qui nous a précédés - est toujours une mission impossible, dont on ne peut s'acquitter convenablement. Il faut donc tout faire pour éviter ce conflit insoluble. Il y a des solutions, pour préserver l'avenir sans appauvrir le présent, comme la recherche de l'efficacité maximum dans l'exploitation des ressources, pour n'en prendre que le strict minimum, ou encore comme la lutte contre toutes les formes de gaspillage, la consommation en pure perte des ressources de demain sans profit pour aujourd'hui. Il y a des recettes à concocter pour le développement durable dans ces pistes de recherche, nous y reviendrons par la suite. Il y a une toute autre manière d'éviter ce conflit entre le présent et le futur, qui donne la recette d'aujourd'hui : l'adaptabilité.

La recette de développement durable commence par créer les conditions techniques et institutionnelles d'une amélioration continue, permanente. Elle exige une vision sur l'avenir, un souci d'anticipation qui appartient plus au politique qu'au technique, mais auquel le concepteur d'un ouvrage ou d'un aménagement doit répondre. Un exemple fameux, à l'échelle d'un équipement, est le lycée de Caudry, dans le Pas de Calais. La Région, maître d'ouvrage, a bien analysé le besoin dans la durée, et a ainsi noté dans le cahier des charges que l'établissement devrait être transformé pour d'autres utilisations dans le futur, compte-tenu de la démographie locale. L'architecte retenu, Lucien Kroll, a proposé un ensemble de bâtiments connectés entre eux plutôt qu'un grand bahut, comme il est fréquent pour ce type d'ouvrage, permettant ainsi d'offrir une plus grande adaptabilité pour des usages non encore définis.

Ce qui est vrai dans les villes l'est aussi dans les campagnes. Il n'y a qu'à voir dans les villages les raccords entre les morceaux de maison, des extensions étant venues progressivement compléter une habitation, quand ce n'est pas un bâtiment agricole qui s'est vu transformé en habitation. Avec les mêmes matériaux, les mêmes volumes, les mêmes techniques constructives pour la structure de base.

Revenons en ville. Ce sont les infrastructures qui posent problème, en général plus que les bâtiments, si ces derniers ont été bien conçus. On le voit avec la taille des rues, les capacités des réseaux, les espaces offerts pour la vie collective. La densité de population, la mixité entre activités et habitat sont dépendantes des possibilités offertes par ces infrastructures de tous genres, y compris numériques aujourd'hui.

C'est sans doute la raison pour laquelle le club Ville Aménagement (1) a choisi délibérément la question de l'adaptabilité comme fil directeur de son atelier "Développement durable et gestion urbaine" tenu à son congrès de Marseille le 31 janvier dernier. L'adaptabilité y est déclinée à tous les stades du projet, à commencer par la programmation, "qui n'est plus linéaire mais évolutive et itérative". On parle alors de "ré-interroger" les projets, on donne des affectation d'attentes à des territoires, avec des fonctions qui seront précisées au fur et à mesure de l'évolution du territoire, comme à Sénart où "des espaces de stationnement très largement dimensionnés sont aménagés sommairement et loués en attendant la montée des valeurs foncières et leur transformation en espace économique". Autre exemple, à Nanterre, sur un projet d'aménagement urbain très structuré, l'établissement public d'aménagement Seine-Arche a privilégié la souplesse de la programmation à l'échelle de chaque bâtiment qui ne reçoit pas d'affectation précise. "La vocation des immeubles laisse des marges d'intervention après la construction en intégrant des solutions techniques de réversibilité dans la construction".

La souplesse, la flexibilité, la capacité d'adaptation, quel que soit le nom qu'on lui donne, pose toutefois la question de l'identité du projet, de son sens général. Comment concilier d'un côté l'adaptabilité et de l'autre la force d'un projet, d'un parti d'aménagement nettement affirmé dans le contexte urbain au sein duquel le projet s'insère ? Une belle contradiction, qui ne peut que stimuler l'esprit de créativité, une des marques du développement durable qui nous conduit à sortir des contradictions "par le haut" ! La réponse se réfère au principe de gouvernance urbaine, à la capacité de travailler ensemble de tous les acteurs d'une société. Les repères, qui structurent l'espace et lui donnent sa personnalité, et de grandes marges de manoeuvre pour que chacun se l'approprie, et que l'ensemble puisse évoluer au fur et à mesure que les besoins et les modes de vie se transformeront.

C'est que développement durable n'est pas un concept figé, il progresse avec les connaissances et les techniques, et intègre les modes de vie et les attentes. L'idée même d'un quartier durable n'a pas grand sens en soi, c'est le mode de vie de ses habitants qui doit être durable. Le dialogue entre le "hard" et le "soft", entre le bâti et les règles de vie, est donc une condition essentielle de la durabilité d'un quartier. Le mot gouvernance n'est donc pas une formule creuse et bien pensante, mais une ardente obligation pour reprendre une expression célèbre, dont les termes ne peuvent être trouvés que dans une pratique exigeante d'échanges et de confiance réciproque entre les acteurs, décideurs politiques, architectes, urbanistes, ingénieurs, et population.

Personne ne sait ce que l'avenir sera, et la modestie, la prudence s'imposent quand on veut décrire les besoins et le mode de vie de nos descendants. Le développement durable, c'est évidemment penser aux générations futures, mais qui peut dire comment elles vivront, quelles seront leurs valeurs de référence ? Il est trop facile de se présenter comme défenseur des générations futures, pour tenter d'imposer sa propre conception du futur.

Deux lignes de conduite peuvent être avancées sans crainte : en premier lieu tout faire pour préserver des ressources pour nos descendants, c'est à dire en consommer le moins possible de manière irréversible tout en répondant aux besoins du présent ; en second lieu, veiller à maintenir des possibilités d'adaptation, de réversibilité éventuelle, pour laisser à la créativité de nos enfants le soin d'accumuler sur le territoire des couches nouvelles de notre histoire commune. Le "durable" n'est pas l'éternel mais l'adaptable. Une recette simple à formuler, et qui exige beaucoup de savoir faire !

Dominique Bidou

(1) Association des maîtres d'ouvrage d'opérations urbaines : www.club-ville-amenagement.asso.fr

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